Ligue 1 : comment l’OM a perdu le nord

Depuis le Trophée des Champions perdu face au PSG, le 13 janvier, l’Olympique de Marseille s’enfonce dans la crise. Récit.

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Vingt jours en enfer. Il ne s'agit pas du nouvel opus d'un blockbuster américain, mais plus prosaïquement d'un résumé, assez fidèle, des dernières semaines traversées par Marseille. Flash-back.

Le 13 janvier, l'OM se rend à Lens, l'espoir chevillé au corps, pour défier Paris dans le cadre du Trophée des champions. Galvanisé par son succès au Parc quatre mois plus tôt (1-0), le club phocéen rêve plus grand. Sans démériter, Mandanda et ses partenaires sont rattrapés par la dure loi du terrain et de leurs insuffisances (2-1). A l'issue de la rencontre, André Villas-Boas marque sa différence avec une analyse très personnelle et quelque peu déroutante. « On peut être la meilleure équipe et perdre des matchs ».

Décidément les lendemains de clasico déchantent souvent pour l'OM. En septembre, le coup d'éclat à Paris, synonyme d'une première victoire depuis novembre 2011, n'avait pas été suivi d'effet, Saint-Etienne venant doucher les Olympiens quatre jours plus tard à l'Orange Vélodrome (2-0).

Après OM-Nîmes, Villas-Boas avait déjà proposé de s'en aller

Au cœur de l'hiver, il appartient à la lanterne rouge nîmoise de bafouer, cette fois, la hiérarchie supposée et de plonger son hôte dans un abîme de perplexité le 16 janvier (1-2). Cet échec à domicile fait mal aux têtes et instille le doute. Il donne lieu à un changement de ton chez AVB. « Je veux dire pardon aux supporters. On ne peut pas passer d'un bon match contre Paris à un match misérable comme aujourd'hui. »

Colère, amertume… et sentiment de trahison habitent alors le technicien lusitanien. Il proposera même sa démission à sa direction à l'issue de ce camouflet. « J'ai mis ma place à disposition de la direction. C'est une précision importante », confiera-t-il par la suite. Le président Jacques Henri Eyraud sortira même de sa réserve pour pousser un tonitruant et inhabituel coup de gueule face à ses joueurs le 17 janvier!

Courroucé, le boss de l'OM pointe notamment du doigt la mentalité de l'équipe. « Il nous a dit que notre match était pathétique, qu'on était pourris gâtés et qu'on s'est fait marcher dessus par le dernier de Ligue 1, qu'on avait aucune envie », expliquera, même, un joueur sous couvert d'anonymat.

Payet-Thauvin, rien ne va plus

Un coup d'épée dans l'eau. Le 20 janvier, Lens débarque au Vélodrome et rafle la mise (1-0). Pas du genre à fuir ses responsabilités, Steve Mandanda, le champion du monde met des mots sur les maux. « On a énormément crié, il y a eu pas mal de choses de dites dans le vestiaire, mais pas une grosse réaction. Il y a, je pense, beaucoup de choses à changer au sein du club ».

Au sein du groupe, l'ambiance est viciée. Le désamour entre Payet et Thauvin affleure à la surface. « Ils ne partiront pas en vacances ensemble », concède, fataliste, AVB. Concrètement le premier reproche à son cadet de jouer un peu trop pour sa gueule et les stats, quand le second a d'autres griefs à l'adresse du Réunionnais.

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Il n'a clairement pas apprécié que Payet aille négocier avec le président dans le dos de ses partenaires pour baisser son salaire. « J'ai pris ça comme une trahison », lâche même Thauvin devant le groupe. En juin, Payet avait accepté de baisser ses émoluments au moment de signer une prolongation jusqu'en 2024, avec la promesse écrite d'une reconversion au club en tant que directeur sportif. Bonjour l'ambiance.

Ulcérés par cette crise de résultats, les supporteurs y vont alors de messages sans ambiguïté. « Vous êtes dégueulasses », peut-on, notamment, lire dans une tribune du Vélodrome le soir de la venue de Lens. D'autres banderoles, toutes aussi explicites, sont aussi déployées aux abords de l'enceinte à l'encontre d'Eyraud. La colère dans les rangs des fans de l'OM monte.

Contagieuse, elle gonfle encore après la défaite à Monaco le 23 janvier (3-1), la 3 e de rang en L 1 une première depuis 2015 et incite la faction la plus extrémiste à entrer en action. Le point de non-retour est alors atteint dans les heures qui précèdent la réception de Rennes, le 30 janvier ( le match sera reporté ). On assiste même à une scène quasi insurrectionnelle, puisqu'une partie des 300 fans venus manifester leur mécontentement force les portes du centre d'entraînement marseillais et commet de nombreuses déprédations.

Une photo prise au centre d’entraînement Robert-Louis-Dreyfus après les déprédations commises par les supporters de l’OM en colère, le week-end dernier./AFP/Nicolas Tucat
Une photo prise au centre d’entraînement Robert-Louis-Dreyfus après les déprédations commises par les supporters de l’OM en colère, le week-end dernier./AFP/Nicolas Tucat  

La veille, sans avoir eu vent de ces exactions, André Villas Boas, en fin de contrat en juin, n'avait pas fait mystère de ses desseins. « Je pense que oui, ça va être la fin. Je ne pense pas que ça soit possible ( NDLR : une prolongation ). Le chemin à prendre, je pense qu'on est tous d'accord. Comme je vous l'avais dit, la prochaine année, ça sera l'année zéro pour le club. Ça va être le nettoyage total. » Visiblement pressé de tourner la page, le Portugais, reconverti en maître des horloges, a annoncé, ce mardi, avoir présenté sa démission à sa direction, qui l'a acceptée avant de le mettre à pied dans la foulée. Parmi ses joueurs, seul Mandanda avait été mis dans la confidence.

Dans ce contexte délétère à tous les étages, le déplacement à Lens, ce mercredi, puis surtout la venue du PSG, le 7 février, ne participent guère à ramener un peu de sérénité dans des rangs de plus en plus dispersés. A Marseille, ces temps-ci on joue un remake de « courage fuyons ».

VIDÉO. OM : Villas-Boas annonce qu'il a présenté sa démission