«Les attaquants m’entendent depuis la défense» : le huis clos en Ligue 1, ça change quoi ?

Covid-19 oblige, les matchs se disputent cette saison sans supporters ou presque. Outre la morosité ambiante, ces conditions spécifiques, de silence notamment, ont des répercussions sur le jeu et ses acteurs.

 La tenue de match à huis clos change les habitudes des joueurs depuis le début de la saison, notamment au niveau de la compréhension des consignes.
La tenue de match à huis clos change les habitudes des joueurs depuis le début de la saison, notamment au niveau de la compréhension des consignes.  LP/Frédéric Dugit

« On communique plus facilement, c'est un des rares points positifs de la période actuelle. » L'avis, tranché, sur les matchs à huis clos émane de Daniel Congré, 35 ans, expérimenté défenseur central de Montpellier, un club touché par le Covid-19 à plusieurs reprises et qui a annoncé ce vendredi que 8 joueurs de son effectif étaient positifs, faisant planer un doute sur la tenue du match à Monaco ce dimanche.

« Depuis le début de la saison, je parle plus loin sur le terrain, explique le joueur. De ma ligne défensive, je m'adresse aux attaquants et ils m'entendent, alors que d'ordinaire, ça se cantonne aux joueurs autour de moi. Cela intervient surtout dans les phases de jeu défensives. Il est question de replacement, de pressing à la perte du ballon, etc. Dans le domaine offensif en revanche, si on donnait des indications, celles-ci seraient directement captées par l'adversaire… »

Le coach n'est pas de reste. « Michel Der Zakarian a une voix qui porte beaucoup en temps ordinaire mais on entend mieux les consignes actuellement, c'est une évidence, ajoute Congré. Mais peut-être communique-t-il davantage parce qu'il y a moins de bruit. »

Qu'en est-il est des inévitables accrochages entre joueurs ? « De toute façon, lors d'un duel rapproché, on s'entend avec l'adversaire, même dans un environnement bruyant, précise Congré. Pour les joueurs qui chambrent beaucoup sur le terrain, ils doivent faire plus attention, car tout vient plus facilement aux oreilles de l'arbitre… »

«L'avantage de recevoir est vraiment perdu»

Le coach brestois, Olivier Dall'Oglio, estime ne guère tirer avantage de la situation : « Dans une configuration à 5000, le bruit est assimilable à un stade plein, notamment à Le Blé (NDLR : le stade de Brest). Les joueurs m'entendent un peu plus mais seulement ceux qui évoluent du côté du banc et je ne suis pas un grand adepte du coaching permanent. »

Dall'Oglio préférerait de loin récupérer des supporters : « L'avantage de recevoir est vraiment perdu. On a joué Marseille (NDLR : défaite 3-2, 2e journée) sans notre kop, c'est-à-dire les garçons qui font le plus de bruit. A un moment, on aurait eu besoin d'un petit remontant et ils n'étaient pas là pour nous le donner. Contre Monaco en revanche, où il s'agissait de tenir le résultat (NDLR : victoire 1-0, 6e journée), l'influence du public a été énorme. »

Autre conséquence du Covid-19, les cinq changements instaurés en mai, en vue de ménager les footballeurs au sortir du confinement. « Je souhaite que cette règle perdure, dit Dall'Oglio. Davantage de joueurs se sentent concernés. Le jour du match, chacun sent qu'il a de grandes chances d'entrer en jeu et de faire basculer le match. Mais ça n'est pas si facile à utiliser pour le staff. Parfois, ça nous a servi, parfois desservi comme à Angers (NDLR : défaite 3-2, 5e journée). On a fait entrer trois attaquants à la fin qui n'ont pas trouvé le rythme. On s'est demandé après coup s'il n'aurait pas mieux valu laisser les joueurs en place, lesquels étaient fatigués mais dans le rythme. »

«Le calme favorise des rapports moins houleux avec les arbitres»

Et les arbitres dans tout ça ? « Le calme ambiant favorise des rapports moins houleux avec les arbitres, témoigne Congré. Avec le bruit, il y a parfois des incompréhensions, le joueur s'énerve et les choses s'enveniment… Mais les arbitres sont rodés aux grosses affluences et je ne sens pas de gros changements par rapport à d'habitude. Peut-être sont-ils un peu plus détendus… »

« On n'est pas insensible, on aime tous être au cœur d'une ambiance chaleureuse, confie l'arbitre international Ruddy Buquet. Mais sur le terrain, on a des décisions techniques à prendre, on reste focalisé sur des situations de jeu. Avec ou sans public. La communication entre entraîneurs et joueurs est un peu facilitée, pas tellement entre arbitres, car celle-ci était déjà très performante grâce à notre système de communication. Il n'y a que dans certains stades, lorsque ça bouge vraiment, que les messages sont un peu moins perceptibles entre arbitres. »