Omniprésence de Guy Roux, passé glorieux : à Auxerre, «tu vis avec des fantômes», explique Furlan

L’homme qui affiche quatre montées en Ligue 1 essaie de faire revivre son glorieux passé à Auxerre. Mais il décrit un club où la nostalgie et le poids de Guy Roux peuvent être un frein.

AbonnésCet article est réservé aux abonnés.
 Jean-Marc Furlan sur le banc de l’AJ Auxerre lors d’une rencontre contre le Paris FC Paris au stade Charléty en novembre 2019.
Jean-Marc Furlan sur le banc de l’AJ Auxerre lors d’une rencontre contre le Paris FC Paris au stade Charléty en novembre 2019. LP/Aude Alcover/Icon Sport
Ligue 1 Uber Eats

Il nous accueille dans la salle à droite de l'entrée principale du stade de l'Abbé-Deschamps. Au centre, trône une immense photo de Jean-Claude Hamel, le président historique décédé. En nous attendant, Jean-Marc Furlan est en train de relire un livre patiné par le temps et qu'il emporte souvent avec lui. « Football et Humanisme », d'André Ménaut, un ex-coach de Bordeaux qu'il considère comme son mentor. « J'aime penser le foot », nous explique le 8 e coach d'Auxerre depuis la relégation en L 2 en 2012. Au-delà de la parenthèse de la Coupe de France et de la réception de l'OM ce mercredi, celui qui à 63 ans compte quatre accessions en L 1 (3 avec Troyes, 1 avec Brest), explique pourquoi Auxerre reste un club à part.

Y a-t-il une recette pour remonter en L1 ?

JEAN-MARC FURLAN. Le foot c'est aussi complexe que la vie. En L 2, il faut d'abord créer des groupes humains solidaires. Cela n'a rien à voir avec la L 1. Il faut réfléchir à une identité, ce que font par exemple nos concurrents Troyes ou Clermont-Ferrand qui s'appuient sur une fluidité bâtie sur du long terme. A Brest, quand on est monté, c'est que six ou sept joueurs avaient « le logiciel Furlan » car ils me connaissaient depuis Troyes.

Auxerre a-t-il le temps de patienter ?

Comme disait le sociologue Pierre Bourdieu, « en foot, tout le monde a l'impression de tenir des propos intelligents ». La réalité est plus nuancée. Auxerre vient de passer plusieurs années à jouer le maintien. Cela veut dire qu'il y a un énorme déficit qui ne se comble pas en quelques mois. Ne soyons pas obsédés par la montée.

Y a-t-il néanmoins ici une exigence de L1 plus importante qu'ailleurs ?

Il ne faut pas poser cette question (sourire)! Évidemment, ici, c'est impressionnant. Par rapport à l'histoire de ce club, le public nous la réclame tout le temps. C'est un poids colossal. Un collègue m'a dit Tu vis avec des fantômes. Ici, il y a des photos des exploits de l'AJA dans tout le stade. C'est trop. Cela peut inhiber les joueurs. Sans compter le poids de Monsieur Guy Roux.

Justement, vous aide-t-il ?

Il m'aime bien mais il a une influence surdimensionnée dans la ville et la région. Guy Roux est un héros et une star. Quelque part, cela peut nous pénaliser. Je crois qu'il n'en a pas conscience. Il ne vient plus aux matchs car il a très peur du Covid. Mais il vient parfois à l'entraînement pour m'expliquer la vie (sourire).

Newsletter PSG express
Nos informations sur le club de la capitale
Toutes les newsletters

Politiquement, est-ce important de ne pas être fâché avec lui ici ?

Oui car il parle avec beaucoup de gens. Si on se fâche avec Guy Roux, cela peut devenir compliqué. Mais il m'apprécie. Parfois, il me téléphone pour des conseils. Auxerre, c'est toute sa vie vous savez.

Auxerre est-il encore un grand club ?

Il doit se moderniser. Les infrastructures sont là mais le fonctionnement doit changer. Tout a évolué. Faire remonter l'AJA, c'est plus dur que pour d'autres clubs.

Le match de Coupe de France contre l'OM est-il important ?

Oui car il me permet de concerner tout mon vestiaire. On n'a que deux compétitions cette année. On ne va pas en laisser filer une. J'ai dit aux joueurs : je veux gagner la Coupe (rires).

Y a-t-il encore un avenir dans le foot moderne pour un club comme l'AJA ?

(Silence) Excellente question. Le foot a été au départ pour des liens sociaux et identitaires. Aujourd'hui, il devient capitaliste et rassemble surtout des financiers. Le foot ne disparaîtra pas mais le foot par essence fait pour le peuple peut disparaître. Il y aura le foot des riches et celui des pauvres. Mais là-dedans, Auxerre peut avoir une vie. On a un financier, Monsieur Zhou (l'actionnaire chinois majoritaire du club), qui a les moyens de nous faire vivre. Il reste une âme à Auxerre : j'ai connu 14 clubs. C'est le seul où on croise des supporters qui ne vivent pas dans la région. C'est fascinant.

Vous êtes surtout catalogué comme un bon coach de L2. Est-ce frustrant ?

A mon âge, j'ai dépassé cette frustration. J'en ai souffert car c'est complètement stupide. Aujourd'hui, j'ai un autre sens à ma passion : le regard des joueurs. Quand des gars me disent Vous avez été un des meilleurs coachs de ma carrière, cela me suffit largement.