Le fervent adieu de l’Argentine à Maradona

Le pays s’est mobilisé en masse ce jeudi pour défiler à Buenos Aires devant la dépouille de l’icône avant son enterrement en soirée. Quelques incidents ont éclaté.

 Des fans argentins se sont pressés toute la journée de jeudi dans la chapelle ardente — installée dans le palais de la présidence à Buenos Aires — où repose le cercueil de leur idole.
Des fans argentins se sont pressés toute la journée de jeudi dans la chapelle ardente — installée dans le palais de la présidence à Buenos Aires — où repose le cercueil de leur idole. AFP/Présidence argentine

La file d'attente, mouchetée de bleu et de blanc — les drapeaux argentins que de nombreux supporters ont jetés sur leurs épaules — s'étend sur plusieurs centaines de mètres. Il est tôt ce premier matin sans Diego, et le soleil plane déjà haut, et fort. Sa lumière aplatit les ombres et tape sur les visages tristes.

Natalia avance vers la Casa Rosada, le palais présidentiel où se tient, hommage suprême, la veillée funèbre de Maradona. Son cercueil allait ensuite partir au cœur de la journée pour le cimetière Jardin de Paz en périphérie de Buenos Aires où reposent les parents de l'icône.

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« Toute cette joie qu'il nous a donnée, cette émotion… on ne va plus jamais la retrouver », pleure la quadragénaire en agrippant une rose couleur carmin. Elle comptait la laisser sur le cercueil de son idole, recouvert notamment du drapeau national. Cette mordue de foot se rappelle de la joie familiale lors de la Coupe du monde de 1986. « Il y a une petite partie de nous qui part avec lui, une petite partie de l'Argentine », lâche dans les larmes cette institutrice, venue avec ses filles à qui elle transmet le culte du Pibe de Oro, le gamin en or.

Le calme est parfois ciselé par des chants qui s'arrêtent en chemin : « Mara-do, Mara-do » scandent des supporters sans aller jusqu'au bout du nom de leur légende.

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Parmi ce public qui patiente, beaucoup ont fait le trajet depuis les banlieues populaires de Buenos Aires. « Maradona, c'est l'argentinité, c'est se sacrifier et aller jusqu'au bout de tout pour son pays », estime Franco, 20 ans. Son adoration révèle que l'héritage de « Diego » s'est transmis aux plus jeunes aussi.

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Partout, les vendeurs ambulants proposent des affiches à l'effigie du joueur : embrassant la Coupe du monde, rayonnant; en pleine action avec la chemise de son club de cœur Boca Juniors; bien planté le regard altier avec le maillot de l'Albiceleste.

Leonardo, 36 ans a la voix qui se brise. Il s'identifie à cette figure populaire, accessible, érigée en modèle par ceux qui partagent ses origines modestes. « Maradona, c'est le peuple, il nous a montré qu'on pouvait être dans la boue et s'en sortir quand même en se battant face aux puissants », avance le trentenaire, affligé. D'un geste de la main, il embrasse la foule : « Là, on est tous des travailleurs, c'est ça que génère Maradona » s'enorgueillit celui qui décrit « l'impression d'avoir perdu un proche, le vide, la tristesse immense ». « Le football est mort », lâche-t-il.

Un peu plus loin, des militants d'organisations de gauche distribuent de l'eau. Le soleil écrase l'attente. Des supporters défilent en déployant un large drapeau argentin revisité : « Oh, jurons de mourir avec gloire », s'étale en vertical en face d'une représentation du numéro 10 fonçant droit devant, la balle au pied. Les supporters se penchent, déchiffrent, et font naître ensemble de longs applaudissements.

Les forces de l’ordre ont dû disperser la foule, venue trop nombreuse pour rendre hommage à Maradona. /REUTERS/Ricardo Moraes
Les forces de l’ordre ont dû disperser la foule, venue trop nombreuse pour rendre hommage à Maradona. /REUTERS/Ricardo Moraes  

La foule, de plus en plus en plus dense, conduit les autorités à décider de rallonger la durée de la veillée, qui devait à l'origine se conclure vers 16 heures locales. Des incidents finissent par éclater entre les fans amassés et des forces de l'ordre sur le qui-vive. Du gaz lacrymogène est utilisé pour repousser la foule. Depuis le balcon de la Casa Rosada, le président Alberto Fernandez assiste à la scène, selon des images fournies par la chaîne argentine Telefe. D'autres débordements survenus à l'intérieur du palais présidentiel argentin obligent à retirer le cercueil de Maradona installé dans une chapelle ardente pour le transférer dans un autre salon. La Casa Rosada ferme ses portes. La ferveur, le tumulte, accompagnent Maradona jusqu'au bout.

Des chants, des saluts incessants au passage du cortège tout au long des 47 km séparant le palais du cimetière de Bellavista où la famille, la trentaine d'intimes au total, sont réunies pour le tout dernier adieu. Dans l'intimité mondiale des images retransmises via des drones.