Incidents à la Commanderie : les supporters de l’OM craignent un «plan Leproux à la marseillaise»

Le courrier de mise en demeure adressé par la direction du club à six groupes de supporters suscite chez ces derniers une profonde indignation teintée d’inquiétude quant à leur propre avenir. Les fans ont répondu ce mardi soir par un communiqué cinglant.

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 Des associations de supporters de l’OM voient la mise en demeure de la direction comme une «déclaration de guerre».
Des associations de supporters de l’OM voient la mise en demeure de la direction comme une «déclaration de guerre». Icon Sport/Alexandre Dimou
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Un mardi pluvieux aux airs de veillée d'armes. Dans les locaux des groupes de supporters marseillais, l'ambiance oscille entre inquiétude et combativité. « Jacques-Henri Eyraud (NDLR : président de l'OM) veut la guerre. Il l'aura », lance, bravache, un supporter. « C'est vraiment très grave ce qui est en train de nous arriver », soupire un responsable d'une association du virage Sud. Ce capo a demandé que l'on respecte un strict anonymat : « J'ai peur de finir en prison. » Cinq supporters marseillais sont toujours en détention provisoire après les incidents à la Commanderie du 30 janvier. Au total, 18 seront jugés les 24 février et 22 mars.

Une autre menace plane au-dessus des supporters olympiens. Dans une lettre de mise en demeure, le directeur général, Hugues Ouvrard, évoque une possible rupture de la convention qui lie l'OM à ses groupes de supporters. En clair, le club phocéen pourrait expulser du Vélodrome les associations impliquées dans les incidents du 30 janvier. « C'est un plan Leproux à la marseillaise, reprend le leader d'un groupe. Ce sont des gens qui veulent détruire la passion. »

En 2010, le président du PSG, Robin Leproux, et les autorités politiques ont dissous les associations de supporters et instauré un placement aléatoire au Parc des Princes. Un cauchemar pour les ultras marseillais.

« Ce monsieur Eyraud est capable de tout, lance le patron d'un groupe historique du virage Patrice de Peretti. Il a déjà viré les Yankee ! » C'était en juin 2018 et les autres associations n'avaient pas bronché. « Ce n'était pas pareil, les Yankee avaient agi seuls, assure ce pilier du virage Nord. Cette fois, on sera solidaires. Et avec la lame de fond qui est en train de se soulever, Eyraud peut être inquiet aussi. Il ne virera personne. »

« Nous ne vous considérons plus comme dirigeants de l'OM ! »

Il est pourtant écrit noir sur blanc dans la lettre de mise en demeure que l'OM « envisage de prononcer la résiliation de la convention ». Pour le sociologue Nicolas Hourcade, il s'agit « d'une attaque frontale envers les supporters. Il est normal de dénoncer les violences et de mettre les associations face à leurs responsabilités. Mais les remettre en cause globalement, c'est rajouter de l'huile sur le feu ! » Ce spécialiste du supporteurisme estime que la direction olympienne commet « une erreur » avec cette mise en demeure. « C'est une déclaration de guerre, estime même un autre connaisseur du milieu ultra. Leur courrier se termine sur l'idée d'un dialogue, mais c'est clairement une menace qui est brandie. »

D'ailleurs, ce mardi soir, la réaction unanime des supporters a débouché sur un communiqué cinglant. «Vous remettez en cause notre qualité de supporter de l'OM, dit ce texte, signé par tous les principaux groupes d'ultras. en cet état, alors que nous sommes les garants depuis des décennies de l'indentité de notre club, nous ne vous considérons plus, ni vous-même (NDLR : Hugues Ouvrard, directeur général du club à qui est adressé ce courrier), ni celui qui s'exprime à travers vous, Jacques-Henri Eyraud, comme dirigeants de l'OM. Il est désormais inutile de feindre dans les médias une volonté de dialogue. La rupture est consommée. » Le communiqué incite même à l'avenir les fans marseillais à boycotter les produits dérivés estampillés OM.

«Eyraud se voit comme un purificateur»

Pour notre expert, qui a souhaité rester anonyme, « Eyraud se voit comme un purificateur dans un club qui était dysfonctionnel. Il se positionne comme celui qui va nettoyer le club ». Et débarrasser le stade des supporters contestataires ? « Cela fait penser à un plan Leproux, c'est certain », note ce spécialiste.

Pour Nicolas Hourcade, l'OM de 2021 n'est pas le PSG de 2010. « Il venait d'y avoir un mort (NDLR : Yann Lorence, un supporter lynché aux abords du Parc des Princes par des membres d'un groupe rival) et le plan Leproux avait un soutien absolu de l'opinion publique et des politiques. Là, ce n'est pas du tout le cas. » Du Parti communiste aux Républicains, les élus marseillais ont pris la défense des supporters. « C'est au moins un point positif », sourit un membre du noyau des Marseille trop puissant.

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Ces réactions politiques font sourire la direction de l'OM : « Les élections départementales et régionales approchent ! » Dans l'entourage de Jacques-Henri Eyraud, on assure qu'il ne s'agit « pas du tout » d'un plan Leproux : « La preuve, c'est que la direction s'engage à garder des tarifs accessibles en virage. » Mais un salarié entame un subtil rétropédalage : « Le terme de mise en demeure n'était peut-être pas le bon. Il aurait juste fallu dire qu'on leur demandait des explications ! »