Incidents à l’OM : qui sont les supporters casseurs qui ont pénétré dans La Commanderie ?

Après les dégradations perpétrées samedi au centre d’entraînement de l’Olympique de Marseille, huit des quatorze prévenus ont été placés, ce lundi, en détention provisoire.

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 300 supporters l’OM avaient pris d’assaut La Commanderie samedi, en marge du match entre Marseille et Rennes.
300 supporters l’OM avaient pris d’assaut La Commanderie samedi, en marge du match entre Marseille et Rennes. Icon Sport/Anthony Dibon

« Détention provisoire. » En entendant ces mots, Julien s'effondre en larmes. Ce gars costaud, qui commence à perdre ses cheveux, sanglote silencieusement. Il fixe le mur et on peut lire, dans ses yeux, qu'il est terrorisé à l'idée de se retrouver en prison. Sa femme l'attend, à Aix-en-Provence. Ce boulanger-pâtissier, âgé de 27 ans, lui avait promis qu'il lui enverrait un selfie devant la Commanderie. Il sera incarcéré aux Baumettes jusqu'au 24 février, date à laquelle le procès a été renvoyé.

Au total, huit des quatorze prévenus sont placés en détention provisoire après les dégradations perpétrées samedi au centre d'entraînement de l'Olympique de Marseille. Les six autres sont placés sous contrôle judiciaire, avec, notamment, une interdiction de manifester sur la voie publique. Ils encourent jusqu'à cinq ans de prison et 75 000 euros d'amende. Ces supporters, qui ont entre 19 et 37 ans, semblent taillés dans le même moule.

Ils sont intérimaire, saisonnier, cariste, électricien, livreur ou caviste. Ces jeunes hommes portent, pour la plupart, les cheveux courts, sans excentricité. Vêtus de noir, souvent en survêtements, certains affichent le logo du Commando Ultra 84, un des groupes en première ligne du mouvement de contestation contre Jacques-Henri Eyraud, le président olympien. L'un d'eux a le nez cassé, un autre s'appuie sur des béquilles. Ils viennent de toute la France : Saint-Dizier, Montceau-les-Mines, Manosque, Aix ou Mâcon.

«Quand on les voit individuellement, on se dit que ce sont des gamins»

Une majorité affiche un casier judiciaire vierge. L'un d'eux a été condamné à de la prison avec sursis pour un vol avec effraction. Quelques autres ont déjà été interdits de stade pour avoir utilisé des fumigènes ou envahi un terrain. Un, enfin, a été sanctionné pour avoir collé les stickers d'un groupe de supporters sur un panneau. Pourquoi étaient-ils à La Commanderie samedi? « Car j'aime mon club et il est mal géré, répond l'un d'eux. Mon moral est au plus bas. » Un autre prévenu, Thierry, affiche un regard triste. Ses proches ont expliqué aux enquêteurs qu'il « se rend au stade pour être heureux, c'est le seul moment où il se sent bien. »

« Quand on les voit individuellement, on se dit que ce sont des gamins, reconnaît le procureur André Ribes. Mais je ne suis pas sûr que les stadiers de l'OM ont pensé ça quand ils prenaient des coups, samedi. » Un seul des prévenus a reconnu des violences : Romain, 19 ans, avoue s'être « acharné sur un véhicule banalisé de la police », comme le relate le procès-verbal.

Eviter une nouvelle mobilisation des Ultras

Avec la pandémie de Covid-19, « les derniers temps ont été difficiles pour Romain, qui a peu de contacts », a expliqué sa mère aux policiers. Cet « enfant du huitième arrondissement » de Marseille, qui suit un BTS immobilier en alternance, fait des maraudes pour aider les SDF. En garde à vue, il a fait des aveux détaillés aux policiers et s'est demandé pourquoi il a fait en groupe ce qu'il serait incapable de faire seul. Son avocat, Me Christophe Pinel, explique : « Le cumul des cerveaux peut entraîneur une paupérisation de l'intelligence. »

Ces 14 hommes ne semblent pas être des leaders des groupes de supporters. Me Julien Gautier, le défenseur d'un des prévenus, se demande si les policiers ont arrêté « ceux qui courent le moins vite. » Peu importe : à quelques jours de la réception du PSG, le tribunal veut montrer l'exemple et éviter une nouvelle mobilisation des Ultras. « On les garde en détention car il y a ce match, peste Me Nicolas Besset, l'avocat d'un autre supporter. Sachant qu'ils étaient 300, cela veut dire qu'il y en a encore 286 dans la nature! Et les têtes dirigeantes, celles qu'on cherche encore, ce ne sont pas eux! »