«Il défie le temps» : Trezeguet, Totti, Koeman… ils sont tous fans de Zlatan Ibrahimovic

A plus de 39 ans, l’ancienne star du PSG connaît une seconde jeunesse à l’AC Milan. Aucun des interlocuteurs interrogés à son sujet n’est surpris par l’incroyable longévité de ce champion hors norme.

AbonnésCet article est réservé aux abonnés.
 A 39 ans, Zlatan Ibrahimovic règne sur la Serie A où son sens du but affole les statistiques avec 14 réalisations en 11 matchs de championnat.
A 39 ans, Zlatan Ibrahimovic règne sur la Serie A où son sens du but affole les statistiques avec 14 réalisations en 11 matchs de championnat. AFP/Miguel Medina

Quand le PSG s'apprête à en découdre, dans quelques jours, avec le Barça, une ancienne étoile des deux clubs brille au firmament et ravive de doux souvenirs chez les inconditionnels parisiens et catalans. A 39 ans sonnés, Zlatan Ibrahimovic n'a jamais eu besoin de personne pour assurer son service après-vente. Depuis son retour à l'AC Milan en janvier 2020, où ses émoluments sont estimés à 6 millions d'euros annuels nets sans compter les différents bonus, il écrit, avec une application sans faille, le dernier chapitre de sa somptueuse carrière.

Altier et dominateur, il fait la pluie et le beau temps. Souffle le chaud et le froid. Tel le dieu romain Janus, il jette parfois en pâture sa face sombre pour mieux la dissimuler, ensuite, derrière un visage rayonnant. Sa vive altercation, front contre front avec Lukaku, le 26 janvier dernier, sur une parcelle de pelouse de San Siro aux faux airs d'octogone a ainsi suscité un emballement sur les réseaux sociaux et participé à sa réputation de joueur clivant, au caractère éruptif.

« Il se nourrit de l'adversité, confirme Romain Alessandrini, son ancien coéquipier au Los Angeles Galaxy. Il aime être sifflé par les supporters adverses, se délecte des rapports de force sur le terrain avec les défenseurs mais pas seulement. Il se complaît dans cette atmosphère. »

A un âge où d'aucuns s'assoient sur un banc afin de dispenser leurs lumières à d'impudents cadets, voire embrassent une reconversion de consultant, l'ombrageux Suédois règne sur la Serie A où son sens du but intact affole les statistiques : 14 réalisations en 11 matchs de championnat avant de se déplacer, ce samedi soir, à La Spezia. Ses premiers mois en Lombardie en 2020, traduits par 11 buts, toutes compétitions confondues, avaient posé les bases d'un incroyable come-back. Le meilleur était à venir.

«Provoquer et prendre des coups, cela le rendait plus fort»

A la faveur d'un doublé face à Crotone, le 7 février, il a même franchi le mur des 500 buts en clubs (501). « Il défie le temps. Il fait partie des joueurs avec Zidane ou Del Piero qui m'ont impressionné techniquement. Surtout quand on considère sa morphologie, souligne admiratif David Trezeguet, son partenaire à la Juventus de 2004 à 2006. A l'époque, il était plus un attaquant de soutien, ce n'est qu'après qu'il a développé ce profil de finisseur. Provoquer et prendre des coups, cela le rendait plus fort, il aimait déjà ça. Il marque l'histoire partout où il passe. A Paris, il y a quelques années. Aujourd'hui à Milan. En temps normal, quand on paie un billet pour voir un match, on paie pour Ibrahimovic. »

Leader de la Serie A, l’AC Milan n’avait plus fréquenté les allées du pouvoir depuis le début des années 2010 quand Zlatan sévissait déjà dans ses rangs.REUTERS/Alessandro Garofalo
Leader de la Serie A, l’AC Milan n’avait plus fréquenté les allées du pouvoir depuis le début des années 2010 quand Zlatan sévissait déjà dans ses rangs.REUTERS/Alessandro Garofalo  

Partout où il est passé, après ses débuts à Malmö (18 buts), son club formateur, Zlatan s'est, il est vrai, révélé prolifique : il a notamment frappé 48 fois pour l'Ajax Amsterdam, 26 pour la Juventus, 66 pour l'Inter, 22 pour le FC Barcelone, 83 pour l'AC Milan, 156 pour le PSG et 29 pour Manchester United. Sans oublier ses 62 buts en 116 sélections pour la Suède dont il a envisagé, à l'automne 2020, de porter à nouveau le maillot plus de quatre ans après sa dernière apparition le 22 juin 2016 face à la Belgique.

« Je ne suis pas sûr qu'il revienne, mais j'espère que ce sera le cas, analyse Petra Thorén, reporter au journal suédois Aftonbladet. Pour l'instant, il dit que l'équipe nationale lui manque et pas qu'il a envie de revenir. Ce sont deux choses assez différentes. Mais on peut interpréter ses propos comme une envie de revenir une dernière fois, l'été prochain pour l'Euro. »

«La tête fait la différence, peu importe l'âge si vous êtes en bonne santé»

Nullement embourgeoisé par son exil doré au Los Angeles Galaxy, où il a inscrit 53 buts en 58 matchs, Ibrahimovic raffole des challenges. Quand beaucoup d'observateurs se préparent à rédiger son épitaphe sportive, il prend tout le monde à contre-pied en décidant, voici un peu plus d'un an, de tourner le dos aux plages de Malibu et de renouer avec l'environnement bien plus austère de la plaine du Pô. Le pari est de taille. Ses contempteurs lui promettent la saison de trop. On mesure mieux aujourd'hui l'inanité de leurs propos.

Newsletter PSG express
Nos informations sur le club de la capitale
Toutes les newsletters

Leader de la Serie A, l'AC Milan n'avait plus fréquenté les allées du pouvoir depuis le début des années 2010 quand Zlatan sévissait déjà dans ses rangs. A Barcelone, Ronald Koeman, le technicien néerlandais tresse des louanges à son ancien protégé. « Je ne suis pas du tout surpris par le rendement d'Ibra. J'ai eu la chance de le diriger à l'Ajax lors de ses premières années (NDLR : de 2001 à 2004). On voyait déjà que ça allait être un grand, se rappelle-t-il. Techniquement, mais surtout mentalement. Il savait où il voulait aller. Même à près de 40 ans, il reste un avant-centre de très haut niveau dans un championnat compliqué comme le Calcio. La tête fait la différence, peu importe l'âge si vous êtes en bonne santé. Il impose le respect à ses partenaires et à ses adversaires. »

Zlatan Ibrahimovic a joué quatre ans à Paris. Christophe Jallet se souvient d’un joueur qui était très à l’écoute de son corps. LP/Arnaud Dumontier
Zlatan Ibrahimovic a joué quatre ans à Paris. Christophe Jallet se souvient d’un joueur qui était très à l’écoute de son corps. LP/Arnaud Dumontier  

Alessandrini abonde. « Malgré le niveau de la MLS, il a su demeurer lui-même. Ce formidable compétiteur. Il a en lui cet appétit de succès même à l'entraînement. Il n'y a pas lieu de s'étonner de sa réussite actuelle, insiste-t-il. Je n'avais nulle réserve à son sujet. Il connaît parfaitement son corps, planifie ses semaines et gère ses entraînements. Il ne laisse rien au hasard. Il a su surmonter une grave blessure à Manchester (NDLR : sept mois d'indisponibilité en 2017 pour une rupture des ligaments croisés). Des joueurs comme lui attirent toujours de bonnes ondes. »

Contrairement à la Ligue 1 où, à l'exception notable de l'inusable Montpelliérain Vitorino Hilton (43 ans), on regarde avec une certaine défiance les joueurs âgés de plus de 35 ans, la Serie A voue une tendresse particulière à ces « vétérans ». La plus fine gâchette du championnat, Cristiano Ronaldo (16) a ainsi soufflé 36 bougies le 5 février quand le Laziale Ciro Immobile (14) court vers ses 31 printemps.

« Le championnat italien permet, par sa rigueur et sa culture tactique, à des trentenaires de continuer à s'exprimer. J'en veux pour preuve les exemples récents de Totti ou Javier Zanetti (NDLR : ils ont joué jusqu'à 40 ans passés), rappelle Christophe Jallet équipier d'Ibrahimovic de 2012 à 2014 au PSG. A partir du moment où il est retourné à Milan avec l'idée d'être le meilleur, il va mettre tout en œuvre pour l'être. C'est son mode de fonctionnement. C'est un grand pro. Assez casanier, il surveille son alimentation. A Paris, il faisait le nécessaire pour se prévenir des blessures au travers d'un travail régulier avec les physios. Le rapport à l'âge est différent en France. Dans un football où le trading est devenu essentiel on préfère, chez nous, miser sur les jeunes à forte valeur marchande. »

«Zlatan pourrait jouer sur une jambe et aller jusqu'à 50 ans à ce niveau»

Quant à savoir où placer Zlatan dans l'histoire de l'AC Milan, il appartient à Carlo Pellegatti, la voix du club lombard pendant près de 35 ans notamment pour Milan Channel, puis pour Mediaset Premium, de convoquer sa mémoire et d'endosser l'habit de l'expert. « Je le classe dans le top 5. Devant, je mets juste Van Basten. Il est au niveau d'un Filippo Inzaghi, d'Andreï Chevtchenko ou de son compatriote Gunnar Nordahl l'autre gloire suédoise de l'AC Milan (NDLR : 221 buts en 257 matchs). »

Zlatan « fait toujours la différence car il est très intelligent », juge Francesco Totti. REUTERS/Alessandro Garofalo
Zlatan « fait toujours la différence car il est très intelligent », juge Francesco Totti. REUTERS/Alessandro Garofalo  

Du haut de ses 24 ans, Jerémy Boga, l'attaquant de Sassuolo, ne cache pas, non plus, son admiration pour son aîné. « Il n'y a pas de secret. On s'aperçoit vite que c'est un énorme bosseur. Le travail paye toujours. C'est un régal de le voir évoluer à ce niveau chaque semaine, s'enthousiasme l'international ivoirien. Il existe beaucoup d'éléments de grande classe en Serie A capables de claquer 15 à 20 buts par saison. Mais si on considère la carrière et l'histoire, Cristiano et lui sont clairement au-dessus des autres. »

Jeunes et moins jeunes, ils se lèvent tous pour Zlatan véritable trait d'union générationnel. L'une des légendes du Calcio, Francesco Totti, l'emblème de l'AS Roma où il a tiré ses derniers feux en mai 2017 à près de 41 ans, nous confie : « C'est un grand champion. Il est bien physiquement. Il fait toujours la différence car il est très intelligent. Il y a d'autres bons éléments au Milan, mais le vrai plus c'est lui. Il demeure un joueur hors norme. Je ne peux qu'être séduit. Zlatan pourrait jouer sur une jambe et aller jusqu'à 50 ans à ce niveau. Quel plaisir de le regarder. »

«Je continuerai aussi longtemps que je pourrai faire ce que je fais maintenant»

Qui sait, au fond, si dans un petit coin de sa tête, ce féru de chasse ne caresse pas l'objectif de se rapprocher de Marco Ballotta. Le gardien de Parme est le joueur le plus âgé ayant jamais évolué sur un terrain de Serie A, à 44 ans et 38 jours, au début des années 1990. Interrogé fin décembre sur son avenir, Zlatan tenait ce discours.

« Beaucoup de gens m'interrogent. Je réponds que je continuerai aussi longtemps que je pourrai faire ce que je fais maintenant. Je me sens bien à Milan, tout fonctionne. Je ne déciderai pas seul : ma famille est plus importante que tout. Ils me manquent beaucoup, mais Pioli (NDLR : le coach de l'AC Milan) m'a dit que si j'ai deux enfants en Suède, ici à Milanello, j'en ai 25 autres qui ont besoin de moi. » Du Zlatan dans le texte. Insensible à la patine du temps, il s'est d'ailleurs, à l'été 2020, comparé à Benjamin Button, un personnage de fiction rajeunissant au fil des années incarné au cinéma par Brad Pitt !