France-Ukraine 2013, le match fondateur des Bleus de Deschamps

A l’heure de retrouver l’Ukraine, ce mercredi, la rencontre de novembre 2013, décisive en barrage retour du Mondial 2014, avait façonné l’état d’esprit des Bleus. Plusieurs acteurs du match se souviennent.

 Auteur d’un doublé, Mamadou Sakho avait guidé les Bleus sur la voie de l’exploit en barrage retour du Mondial 2014.
Auteur d’un doublé, Mamadou Sakho avait guidé les Bleus sur la voie de l’exploit en barrage retour du Mondial 2014. LP/Jean-Baptiste Quentin

A la seule évocation de l'Ukraine, le premier adversaire des tricolores durant ce triptyque automnal pour les Bleus, des souvenirs resurgissent dans la mémoire collective. Il y a près de sept ans, en ce 19 novembre 2013, la France, dépassée à Kiev quatre jours plus tôt (2-0), est au bord du précipice. Les statistiques n'augurent rien de bon. Aucune équipe n'a, en effet, réussi à se qualifier après avoir perdu 2-0 en barrage aller.

L'élimination promise n'aurait, à l'évidence, pas pour seule conséquence de lui fermer les portes du Mondial 2014 au Brésil. Elle interromprait prématurément le mandat de Didier Deschamps entamé un an plus tôt, en août 2012. La suite s'inscrit désormais à l'encre indélébile dans les livres d'histoire. Un doublé de Mamadou Sakho rehaussé par un but de Karim Benzema valident la rédemption des Bleus. « Tout aurait pu s'arrêter, convient le technicien basque. C'est un moment charnière pour nous. Il a conditionné la suite. »

Parmi les 24 joueurs retenus pour les trois rencontres d'octobre, ils ne sont plus que quatre à avoir vécu de l'intérieur ce fait d'armes, véritable catalyseur des succès de l'ère Deschamps : Hugo Lloris, Raphaël Varane, Paul Pogba et Olivier Giroud, sans oublier le staff technique. « Cette rencontre nous a donné un élan pour la suite au Brésil, à l'Euro 2016 et en Russie (NDLR : Mondial 2018). Je crois qu'il y a toujours un point de départ dans une histoire et ce match-là a servi de référence », confiait, voici quelques mois, le gardien des Bleus Hugo Lloris.

Guy Stephan, l'adjoint de Deschamps, abonde : « Il s'agit, un peu, de l'acte fondateur de cette équipe. S'il n'y a pas ça, il n'y a pas le reste derrière. Sans ce succès, de nombreux changements seraient intervenus et nous ne serions pas là en train d'en parler… » « La dynamique positive a été lancée en 2013 avec les barrages contre l'Ukraine, quand on était dos au mur, acquiesce Raphaël Varane. C'est un peu une de nos caractéristiques. Dans les moments chauds, on sait se serrer les coudes, répondre présent. » Au-delà du résultat, tous retiennent aussi l'incroyable ferveur ayant, alors, escorté les pas des Bleus. Cette rencontre est d'abord un flamboyant succès collectif achevé par un incroyable moment de partage avec le public.

Le billet pour le Brésil en poche, les Bleus, sous l'impulsion de Giroud, réunis en cercle, ont même ensuite entonné l'hymne national, repris en écho par les 80 000 spectateurs du Stade de France. Cette osmose entre les joueurs et leurs fans a épousé les formes d'une réconciliation nationale.

«Un tournant dans notre reconquête du public»

« Cette soirée était vraiment spéciale. On a senti les supporters à fond derrière nous dès le début du match, ça nous a galvanisés et, à la fin de la rencontre, il y a eu une belle communion avec les fans, se rappelle le buteur de Chelsea. Ce match a clairement été un tournant dans notre reconquête du public. A partir de là, l'amour et le soutien pour le maillot bleu ne se sont jamais démentis. »

Tous les acteurs de ce retournement de situation s'accordent, enfin, à souligner le rôle fondamental tenu par Didier Deschamps. Cet exploit s'est aussi nourri du discours du sélectionneur. Notamment au lendemain de la déroute de Kiev, puis dans l'après-midi précédant le second acte. Il a rappelé à ses hommes ce qui les attendait et ce que lui avait perçu le matin lors de la balade du côté d'Enghien-les-Bains (Val-d'Oise). « Le public est là, il est prêt, lui. Alors, dès la première seconde, faites-le descendre sur la pelouse, mettez le paquet ! » Avant de saisir tout le monde par l'émotion : « Soyez à la hauteur de la responsabilité que vous avez. C'est une chance. » Le message avait été entendu…