France-Finlande : chômeur en 2013, Ruben Aguilar voit désormais la vie en Bleu

Après avoir connu une période de chômage puis évolué en CFA, au 4e niveau national voici six ans, le défenseur monégasque côtoie aujourd’hui à Clairefontaine les champions du monde. Un sacré parcours !

 Auteur d’un très bon début de saison avec Monaco, Aguilar vient renforcer l’équipe de France à un poste où Benjamin Pavard n’est pas totalement remis de la blessure.
Auteur d’un très bon début de saison avec Monaco, Aguilar vient renforcer l’équipe de France à un poste où Benjamin Pavard n’est pas totalement remis de la blessure. AFP/Valéry Hache

La sélection bolivienne aurait aimé s'appuyer sur Ruben Aguilar pour affronter l'Equateur, ce jeudi, lors d'un match de qualification pour la Coupe du monde 2022. Mais le latéral droit de l'AS Monaco, appelé lundi par Didier Deschamps en raison de la gêne ressentie par Benjamin Pavard à une cuisse, pourrait honorer sa première cape sous le maillot tricolore ce mercredi contre la Finlande en amical. En 2017, le joueur de 27 ans avait, en effet, été appelé par le sélectionneur de la Bolivie à cause d'une erreur sur sa prétendue double nationalité dans le jeu vidéo Football Manager.

Le technicien avait aussi confondu la ville d'origine du père de Ruben, Santa Cruz de Tenerife (Espagne) avec Santa Cruz de la Sierra (Bolivie). « Si j'avais eu du sang bolivien, je pense que j'aurais accepté volontiers la sélection, mais ce n'est pas le cas, confiait Aguilar dans une émission sur RMC en 2019. En Bolivie, ils ne parlaient que de moi. J'ai même dû faire un communiqué pour dire que mon père n'était pas Bolivien. »

«Il a un comportement et une attitude irréprochable»

Pour arriver à ouvrir les portes de la sélection tricolore, il a dû emprunter un chemin semé d'embûches. A 12 ans, le natif de Grenoble (Isère) rejoint le club de foot local. « C'était un très bon défenseur capable d'apporter le surnombre, se rappelle Olivier Saragaglia, ancien coach de la réserve puis de l'équipe fanion de Grenoble. Très jeune, Ruben était déjà un sacré compétiteur, il pouvait même se mettre à pleurer après des jeux à l'entraînement. »

Après le dépôt de bilan de Grenoble, il rejoint le centre de formation de Saint-Etienne où il ne sera pas conservé au bout de deux ans. Retour à la case Grenoble. « Après Saint-Etienne, il n'avait aucun club et touchait le chômage, indique Saragaglia. Au départ, il voulait s'entraîner, puis il m'a demandé de signer avec nous car rien ne bougeait pour lui. Ce n'était pas mon titulaire, mais il est rapidement devenu indispensable. » Fort d'une saison pleine, le latéral droit est repéré par l'entraîneur Jean-Luc Vannuchi.

« En 2013, j'étais à Martigues et il m'avait sauté aux yeux lors d'un match d'observation entre Hyères et la réserve de Saint-Etienne, mais son coach m'avait annoncé qu'il devait signer à Angers, se souvient Vannuchi. Un an après, je me retrouve sur le banc d'Auxerre et je vais voir deux joueurs de Grenoble lors d'un match de championnat. Ruben a alors, à nouveau, attiré mon attention. Je lui ai donc offert son premier contrat pro. Il s'est imposé immédiatement en réalisant une grosse saison. » Aguilar participe à l'épopée de l'AJA (L2) finaliste de la Coupe de France 2015 contre le PSG (défaite 1-0). « Il a un comportement et une attitude irréprochable, appuie Vannuchi. Il a beaucoup travaillé ses qualités de centre. Offensivement, il apportait énormément même s'il avait parfois des soucis dans le repli défensif. »

«Ce n'est pas un choix par défaut»

En 2017, il s'engage avec Montpellier où il découvre la Ligue 1. « C'est un joueur généreux, j'ai eu beaucoup de plaisir à travailler avec lui, il a toujours la banane, loue son ancien entraîneur Michel Der Zakarian. Ruben faisait les choses à fond tout le temps et c'est pour ça qu'il a progressé très vite. Il possède un gros mental. C'est un garçon intelligent. Il avait soif de réussir. » Arrivée sur le Rocher deux ans plus tard, son adaptation se révèle d'abord difficile. « Ce n'est pas simple de passer d'un système de 5 à 4 défenseurs, plaide Vannuchi. Il faut un temps d'adaptation. »

Cette année, il rayonne sur le flanc droit monégasque et écarte la concurrence incarnée par le champion du monde Djibril Sidibé. Sa régularité dans les performances et son profil de contre-attaquant à un poste où il n'y a pas de grande richesse en France séduisent le staff des Bleus qui le suit depuis trois ans. « Ce n'est pas un choix par défaut mais je voulais avoir un autre latéral avec Dubois, explique Didier Deschamps. Aguilar est bon dans l'aspect défensif. Il a beaucoup d'énergie et un gros volume. Il possède une bonne marge de progression et aura l'occasion de découvrir les Bleus et peut-être du temps de jeu. »