Finale de la Coupe du monde des clubs : Gignac, le bonheur est dans l’exil

Véritable icône des supporters du club mexicain des Tigres de Monterrey, le Français tentera de déjouer les pronostics et de remporter ce jeudi la compétition intercontinentale face au Bayern Munich, champion d’Europe en titre.

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 Troisième de la Coupe du monde des clubs lors de la précédente édition, les Tigres de Monterrey, emmenés par André-Pierre Gignac, ont déjà fait mieux avec une accession à la finale.
Troisième de la Coupe du monde des clubs lors de la précédente édition, les Tigres de Monterrey, emmenés par André-Pierre Gignac, ont déjà fait mieux avec une accession à la finale. AFP/Karim Jaafar

Dans un pays où le football ressemble à une religion, il est devenu une idole, une icône. Pour les supporters du club mexicain des Tigres de Monterrey, il a même tout d'un dieu vivant… A 35 ans — un anniversaire fêté en décembre quelques jours avant le sacre historique en Ligue des champions Concacaf — André-Pierre Gignac est plus épanoui et performant que jamais.

Le buteur peut même hisser son club au sommet du football mondial ce jeudi (19 heures), au Qatar, à l'occasion de la finale de la Coupe du monde des clubs contre le puissant Bayern Munich, champion d'Europe en titre. Troisième de l'épreuve lors de la dernière édition, Gignac, déjà auteur de trois buts dans ce mini-tournoi, est cette fois bien décidé à ramener la coupe à la maison. « Nous sommes venus ici pour écrire l'histoire », a annoncé celui qui a déjà soulevé 8 trophées avec Monterrey. Car l'histoire est déjà belle.

« Il a le jeu pour s'imposer partout, c'est un compétiteur »

Alors que de nombreux observateurs s'étaient étonnés de voir l'international français (36 sélections) s'envoler en 2015 vers l'obscur championnat mexicain alors qu'il venait de finir une saison à 21 buts sous les couleurs de l'OM, le natif de Martigues a fait taire ses détracteurs et montré à beaucoup quelles étaient les couleurs du club de Monterrey. « Je ne sais pas ce que pouvaient bien penser les gens, que c'était un départ vers la préretraite. Mais, imaginer cela, c'était mal le connaître, affirme Alain Casanova, qui a entraîné Gignac à Toulouse et est resté proche du joueur. Le Mexique est un championnat exigeant, s'il voulait gagner plus d'argent et tranquillement, il serait parti ailleurs. »

Un exil réussi qui peut rappeler — même si le contexte et l'époque sont différents — celui d'Eric Cantona à Manchester en Angleterre. Un championnat qui l'avait sacré « King Eric ». Moqué pour sa prise de poids et affublé du surnom d'André-Pierre « Big Mac » en France, il est devenu « magique Gignac » au Mexique. Un pays où son talent et sa personnalité font l'unanimité.

Invité par son ancien joueur et présent au début de l'aventure au Mexique, Casanova a rapidement été convaincu que ce championnat, à 9000 km de l'Hexagone, était fait pour Gignac. Et inversement. « J'avais senti qu'il se plaisait et qu'il avait tout pour réussir. Il a le jeu pour s'imposer partout, c'est un compétiteur. Quand il se lance dans une nouvelle aventure, c'est pour réussir. »

Les compliments de Kaka

Elie Baup, qui fut son entraîneur à Toulouse puis à Marseille, ne dit pas autre chose. « Il est tombé dans le club parfait pour lui, assure le consultant BeIN Sports. Il a fait découvrir ce championnat aux Français, c'est l'ambassadeur. Dans ce pays, on adore les buteurs, l'exigence, le spectacle, la convivialité. Il se rend disponible pour les supporters. C'est un pays de passionnés qui lui correspond. C'est parfait pour son tempérament. Je crois qu'il a trouvé le bonheur et l'équilibre au Mexique. C'est agréable de le voir réussir. Il a même été en lice pour le plus beau but de l'année, il est performant et spectaculaire. Même s'il adore la France, où il a de la famille et ses amis, je pense qu'il finira là-bas. »

« El Bomboro », son surnom, a d'ailleurs obtenu la nationalité mexicaine en 2019. Meilleur buteur de l'histoire des Tigres (149 réalisations), Gignac ne laisse personne indifférent. Même pas un ancien Ballon d'Or. « Il est incontournable chez les Tigres, confie, élogieux, le Brésilien Kaka. C'est lui qui dicte le rythme du match. Techniquement, je l'aime beaucoup, il dirige l'équipe. Il dit quand accélérer le jeu ou quand temporiser. » Le chef d'orchestre espère maintenant poursuivre son récital face au champion d'Europe. « Le Bayern est favori mais je le vois bien marquer un but », pronostique Elie Baup.