Equipe de France : les Bleus, ça se soigne

Alors que plusieurs joueurs de l’équipe de France sont arrivés blessés à Clairefontaine, le suivi physique et physiologique des internationaux interroge. Explications.

 «L’objectif est de protéger les joueurs», a rappelé Didier Deschamps en conférence de presse.
«L’objectif est de protéger les joueurs», a rappelé Didier Deschamps en conférence de presse. AFP/Franck Fife

« Il n'y a pas de conflit à avoir avec qui que ce soit. » Didier Deschamps maîtrise l'art de la diplomatie à la perfection. Surtout lorsqu'il s'agit du sujet délicat de la santé d'un de ses joueurs majeurs. La convocation en équipe de France de Kylian Mbappé, absent des deux derniers matchs du PSG en raison d'une douleur à la cuisse droite, a quelque peu agacé au sein du club parisien. Mais comme pour Neymar, parti rejoindre la sélection du Brésil, l'employeur d'un joueur ne peut pas s'opposer à la convocation d'un international. Quitte à ce que ce dernier voyage uniquement pour faire constater sa blessure auprès du médecin de son pays.

Pareil cas de figure n'arrive, cependant, quasiment plus jamais, notamment grâce à une collaboration entre les différents staffs médicaux, la plupart du temps, assez fluide. En amont, les échanges d'informations et d'images (radios et IRM) sont fréquents. Ils permettent de confirmer les diagnostics et de lever les ambiguïtés. De quoi tempérer les rapports de force dans un bras de fer où chacun défend des intérêts contradictoires. « Kylian est entre les mains du staff médical qui a déjà prouvé sa compétence », a rappelé Deschamps lundi comme pour siffler la fin des débats et rappeler qu'il était le maître à bord.

Car si le club parisien a communiqué cette semaine sur le fait que Kylian Mbappé « poursuivra ses soins et entraînements individuels avec l'équipe de France en étroite collaboration avec le staff médical du PSG », c'est bien l'encadrement tricolore qui prend intégralement en main le travail des joueurs une fois le portail de Clairefontaine franchi. Selon une méthode désormais bien rodée depuis 2012 et l'arrivée de Deschamps à la tête des Bleus.

«Nous sommes suffisamment responsables»

Contrairement à la préparation d'une grande compétition qui débute systématiquement par une large vague de tests physiques et physiologiques pour évaluer l'état des joueurs et programmer un suivi individuel, un rassemblement ordinaire ne comporte pas d'examens spécifiques. Le premier jour permet ainsi seulement à Deschamps d'échanger avec ses joueurs — « Ce qui est le plus important » selon le sélectionneur — et de discuter de la nature des séances avec son adjoint Guy Stéphan et Cyril Moine, le préparateur physique des Bleus depuis 2019.

Equipe de France  : les Bleus, ça se soigne

L'entraînement du lundi est ainsi particulièrement poussé pour les joueurs n'ayant pas ou peu joué le week-end. Pour ces derniers, les clubs peuvent parfois transmettre des indications sur le contenu ou l'intensité des dernières séances. Sans toutefois fournir de données spécifiques collectées en club notamment grâce aux GPS que les joueurs portent désormais en permanence. Ces chiffres, l'équipe de France les collecte de son côté via sa cellule vidéo qui utilise un logiciel professionnel décortiquant tous les matchs des internationaux. A cette base de données chiffrée (temps de jeu, distances parcourues, nombre de passes, de tirs…), s'ajoute une dimension plus empirique basée sur l'observation. Deschamps, Guy Stéphan et Franck Raviot l'entraîneur des gardiens, supervisent ainsi l'ensemble des matchs de la cinquantaine de joueurs susceptibles de composer l'équipe de France.

Un travail habituellement réalisé en partie dans les stades mais que la pandémie de Covid-19 limite désormais aux écrans de télévision. Avec le dialogue — Deschamps n'hésite pas à contacter ses joueurs et notamment ses cadres — cette analyse « à l'œil » est particulièrement prise en compte au moment de définir les temps de jeu de chacun, y compris les détails observés lors des séances qui précèdent les matchs. Des choix que le sélectionneur prend en son âme et conscience. Car si DD reconnaît « des échanges » avec les clubs sur le sujet, ils sont dans les faits très limités, les contraintes des entraîneurs de club étant par essence souvent contradictoires avec celles de la sélection. « L'objectif est de protéger les joueurs, rappelle Deschamps. Nous sommes suffisamment responsables. »

Le format de ce deuxième rassemblement de suite à trois matchs pousse d'ailleurs particulièrement à la vigilance quand les joueurs reconnaissent déjà tirer la langue à sept semaines de la trêve. Le staff des Bleus s'interdit donc de faire jouer intégralement les trois rencontres au même joueur. L'occasion de les ménager tout en donnant du temps de jeu à l'ensemble du groupe.