Equipe de France féminine : Oriane Jean-François, de la Guyane aux Bleues

A 19 ans, la milieu de terrain du Paris FC est l’une des promesses du foot féminin en France. Vendredi, elle a connu sa première sélection sous le maillot des Bleues avec qui elle affronte l’Autriche ce mardi (21h) dans le cadre des éliminatoires de l’Euro 2022.

 Oriane Jean-François est la première Guyanaise à porter le maillot de l’équipe de France féminine.
Oriane Jean-François est la première Guyanaise à porter le maillot de l’équipe de France féminine. Icon Sport/Matthieu Mirville

Du côté de Saint-Laurent-du-Maroni en Guyane, Serge Jean-François n'a pas pu cacher son émotion quand il a vu sa fille Oriane entrer sur le terrain à la 79e minute de jeu contre la Macédoine du Nord (11-0 ), vendredi dernier. La milieu de terrain de 19 ans du Paris FC, benjamine du groupe lors de ce rassemblement de l'équipe de France, a honoré sa première sélection en A. « Je me retrouve avec des grandes joueuses que je voyais à la télé il y a encore un mois », sourit la jeune fille, titulaire d'un bac scientifique et étudiante en 1re année de kinésithérapie.

Elle était d'ailleurs en cours, le jeudi 15 octobre, quand elle a appris sa convocation dans la liste de Corinne Diacre. « J'étais émue et j'ai dû m'isoler pour ne pas pleurer devant tout le monde », sourit Oriane qui a tout de suite appelé sa famille en Guyane. « Au début, mon papa croyait que je lui faisais une blague. Je lui ai répondu : raccroche et regarde Internet. Quand il m'a rappelé, il pleurait… » « Oui, j'ai lâché ma petite larme, reconnaît Serge Jean-François. C'est certes une fierté pour notre famille, mais aussi pour toutes les mères et femmes guyanaises. Oriane est la première Guyanaise à être sélectionnée en équipe de France. Elle est très déterminée mais aussi très humble. Quand on parle, elle dit toujours : nos objectifs, pas mes objectif s. »

«A 12-13 ans, je m'étais déjà préparée à partir en métropole»

Oriane est très attachée à sa famille et à la Guyane qu'elle a quittée en 2016 pour venir en métropole. « La Ligue de Guyane me soutient beaucoup et veut faire de moi l'ambassadrice du foot en Guyane. Ça fait bizarre car je n'ai que 19 ans ça me donne des responsabilités, je dois me montrer exemplaire. En Guyane, on peut se sentir un peu délaissés car on est loin. Chez nous, le foot féminin a pris beaucoup de retard, il n'y avait pas d'équipes pour les jeunes filles, on jouait dans des équipes mixtes. Mais mon parcours montre qu'il faut toujours croire en ses rêves, persévérer et que tout et possible si on s'en donne les moyens. »

La milieu de terrain, qui a également pratiqué de la boxe et du taekwondo, a commencé le foot à l'âge de 6 ans au Cosma Foot de Saint-Laurent-du-Maroni avec ses oncles. « On est une famille de passionnés, mon père était aussi vice-président d'un club, raconte-t-il. Très tôt, on m'a dit que j'avais des aptitudes. A l'âge de 12-13 ans, je m'étais déjà préparée à partir en métropole. J'avais déjà été remarquée dans des tournois internationaux en Bretagne. C'était un choix difficile, je laissais tout mais je n'avais pas le choix. Ma famille m'a encouragé. Au départ, ça a été très dur. Mais cette sélection montre que j'ai quand même fait un bon petit chemin en 4 ans. »

Une grosse force de caractère

Autonome - elle vit seule dans un studio depuis l'âge de 18 ans -, Oriane dégage une grande maturité. Après avoir intégré le pôle espoir de Tours et le club de Juvisy (devenu le Paris FC), elle a dû surmonter un gros coup d'arrêt lors de sa 2e année avec une rupture des ligaments croisés. Mais elle a montré une grosse force de caractère. En juillet 2019, dans la foulée de ses premiers pas en D1 féminine alors qu'elle n'avait que 17 ans, elle a décroché le titre de championne d'Europe U 19 avec l'équipe de France.

« Tout est allé très vite, reconnaît celle qui a signé un premier contrat pro de 3 ans en octobre 2019. Au Paris FC, tout le monde m'a bien aidé. Je suis encore un bébé ( rires ). Gaëtane Thiney m'a pris sous son aile. Côtoyer des grandes joueuses, ça aide à progresser plus vite. Etre en équipe de France A était un rêve d'enfant qui va me donner encore plus d'expérience. Je vais tout faire pour y rester. Mais je n'oublie pas la Coupe du monde U 20 en janvier (au Costa Rica et au Panama) si elle est maintenue, c'était mon grand objectif de la saison. » Même si aujourd'hui, elle peut désormais rêver plus grand.