Equipe de France : Eduardo Camavinga, 17 ans et déjà tout d’un grand

Révélé au grand public en août 2019 face au PSG, Eduardo Camavinga a confirmé tout son talent lors des mois qui ont suivi. A 17 ans, le voilà aujourd’hui chez les Bleus.

 Les plus grands clubs suivent Eduardo Camavinga, à commencer par le Real Madrid et le PSG.
Les plus grands clubs suivent Eduardo Camavinga, à commencer par le Real Madrid et le PSG.  FFF/Simon Morcel

Même Julien Stéphan s'est laissé déborder. En mai 2019, alors qu'il venait d'offrir sa première titularisation à Eduardo Camavinga en Ligue 1 face à Monaco (2-2, le 1er mai 2019), l'entraîneur du Stade Rennais voulait prendre son temps. « Eduardo est programmé pour être titulaire lors de la seconde partie de la prochaine saison », lâchait-il en privé à ses interlocuteurs à propos de son joueur alors âgé de 16 ans.

Cinq mois plus tard, à la veille du match de Ligue Europa contre l'AS Rome (défaite 1-2, le 3 octobre 2019), Stéphan reconnaissait que son milieu de terrain, déjà titulaire, était le meilleur joueur de son effectif. Ainsi va la vie de Camavinga, talent précoce, convoqué pour la première fois en équipe de France par Didier Deschamps. En cas de sélection face à la Suède (le 5 septembre) ou la Croatie (8 septembre), le Rennais de 17 ans pourrait d'ailleurs devenir le plus jeune joueur de l'après-guerre à porter le maillot bleu devant Maryan Wisnieski en 1955 alors âgé de 18 ans, 2 mois et 2 jours. Il devancerait même son nouveau partenaire, le Parisien Kylian Mbappé, qui avait 18 ans, 3 mois et 5 jours lors de sa première apparition face au Luxembourg (3-1, le 25 mars 2017).

Natif de Miconje en Angola et élevé à Fougères, à une cinquantaine de kilomètres de Rennes, « Cama » a été naturalisé français en décembre dernier. Une cérémonie citoyenne pour laquelle ce fils d'équarisseur n'avait pas hésité à passer un nœud papillon autour de son cou. Aujourd'hui, cette nationalité française lui permet de mettre un pied dans la porte des Bleus. Mais ce sont surtout ses performances répétées lors de la dernière saison – sa première à haut niveau – qui ont convaincu Didier Deschamps de l'appeler.

« Sa personnalité me fait penser à celle de Kylian Mbappé »

Il faut dire que malgré quelques prestations moins abouties, le gaucher a impressionné les observateurs par sa capacité à jouer les patrons du milieu de terrain. « C'est lui qui donne le tempo, qui apporte de l'assurance. On l'a vu après son entrée en jeu à Lille (1-1) lors de la première journée, constate Olivier Létang l'ancien président du Stade Rennais qui lui a offert son premier contrat professionnel à 16 ans. Eduardo est l'architecte du jeu de l'équipe. Il crée, il est disponible, de nombreux ballons passent par lui, et les autres joueurs le cherchent tout de suite. C'est un registre supplémentaire. »

Un leadership qui s'exerce sur, mais aussi en dehors du terrain. Ceux qui le côtoient décrivent un jeune homme plein de spontanéité et de fraîcheur, empreint d'une maturité sidérante. « Le leadership est naturel chez lui. Son sourire illumine quand il entre dans une pièce, et il communique bien, ajoute Létang. Sa personnalité me fait penser à celle de Kylian Mbappé. Il y a des similitudes, dans la tranquillité et la force que les deux dégagent. »

Plus fort physiquement

Comme Mbappé, donc, après son arrivée au PSG en 2017, Camavinga a aussi profité de son passage dans le monde professionnel pour parfaire son physique. « Là où il a le plus surpris, c'est dans la capacité à rester debout dans les duels, à être au niveau physique de la Ligue 1, raconte Benjamin Idrac, journaliste à Ouest-France et suiveur du Stade Rennais. Quand il a débarqué, Eduardo avait cette capacité à bondir dans les pieds de l'adversaire pour défendre en avançant. Mais il fallait tenir dans les duels, et au départ on voyait plutôt une crevette qui giclait quand il prenait un tampon. Aujourd'hui, que ce soit dans les duels aérien ou épaule contre épaule, il est difficile à bouger. »

« Cama » s'est donné les moyens de ses ambitions en multipliant les séances de musculation pendant le confinement, en privilégiant le haut du corps. « Physiquement, ce n'est plus le même joueur, c'est un athlète, commente Benjamin Idrac. Cela se voit sur les pectoraux, les bras, la largeur des épaules et à un degré moindre sur les cuisses. »

Une puissance physique qui n'a en rien entamé ses qualités naturelles. Car si le numéro 10 rennais (son numéro de maillot comme Mbappé chez les Bleus) insiste sur ses progrès défensifs, le staff rennais loue surtout sa capacité à se montrer décisif dans la zone de vérité. « Sa véritable évolution, c'est dans l'aspect offensif, affirme Olivier Létang. Eduardo est plus délié, plus fluide dans la gestuelle et le mouvement. Il fait désormais en professionnel ce qu'il faisait dans les catégories inférieures quand il inscrivait, par exemple, un triplé à 15 ans en National 3. »

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Benjamin Idrac note aussi des progrès significatifs dans les trente derniers mètres. « Camavinga avait une grosse timidité quand il entrait dans cette zone, il réfléchissait trop. Certains pensaient même qu'il avait une mauvaise frappe alors que pas du tout. On sentait qu'il avait un cap à franchir dans ce domaine. Ce qu'il a fait samedi avec son but contre Montpellier (NDLR : victoire 2-1 pour Rennes). »