Elections à la LFP : un nouveau président pour un changement de cap

Sauf rebondissement de dernière minute, Michel Denisot devrait être élu président de la LFP (Ligue de football professionnel) ce jeudi.

 Michel Denisot (75 ans) fait figure de grand favori.
Michel Denisot (75 ans) fait figure de grand favori.  PRESSE SPORTS/MARTIN RICHARD

Le triste spectacle de désunion et de cacophonie offert par le football français lors de la crise du coronavirus a mis en relief la faiblesse de la LFP (Ligue de football professionnel) vis-à-vis de la FFF (Fédération française de football). C'est Noël Le Graët, le président de la FFF, qui a mené le jeu. A la Ligue, la direction bicéphale entre Nathalie Boy de la Tour (présidente) et Didier Quillot (directeur général) a montré ses limites. Les clubs veulent changer ce modèle de gouvernance.

La première étape sera franchie ce jeudi avec l'élection d'un nouveau président pour quatre ans, Nathalie Boy de la Tour ne se représentant pas. Après le retrait lundi de François Morinière, ex-directeur général de l'Equipe, qui était pourtant poussé par Nasser Al-Khelaïfi et les gros clubs, Michel Denisot (75 ans) fait désormais figure de grand favori. Ancien président du PSG (de 1991 à 1998), de Châteauroux (de 1989 à 1991 puis de 2002 à 2008), homme de médias, ancien directeur des sports de Canal +, déjà présent au conseil d'administration de la LFP, sa candidature semble cocher toutes les cases.

Denisot soutenu par Le Graët

« Il a été président de club, il connaît notre milieu, ce qu'on a un peu reproché à Thiriez, Boy de la Tour et Quillot », estime un dirigeant de club. Les seuls bémols de la candidature de Denisot, aux yeux de certains présidents, serait d'être soutenu par Noël Le Graët et également son âge avancé. Au moment où la Ligue cherche justement à accroître son autonomie et son pouvoir vis-à-vis de la FFF, il peut apparaître comme « trop marqué Fédération ». Son élection pourrait ainsi signifier une nouvelle mainmise de Le Graët sur les dossiers de la Ligue.

Mais une surprise de dernière minute, comme ce fut le cas il y a quatre ans, n'est pas à exclure, surtout dans cet univers aux jeux d'influence fluctuants. Parmi les autres candidats, Vincent Labrune, l'ex-président de l'OM (2011 à 2016), et Gervais Martel, ex-président de Lens (1988 à 2012 puis 2013 à 2017), sont davantage présentés comme des recours en cas de blocage. Ils ne manquent pourtant pas de soutiens. Le premier est, ainsi, poussé à se présenter par plusieurs clubs de L1 notamment, mais il n'est vraiment pas chaud pour y aller.

Martel, très ami avec Aulas, a un côté rassembleur, mais il avait déclaré ne pas être candidat à la présidence au moment de son cooptage pour siéger chez les indépendants. « Il pourrait changer d'avis», croit, toutefois, savoir, un habitué des arcanes de la LFP. Quant à Alain Guerrini (président de Panini France), ses chances sont nulles.

Vers un nouveau directeur général

La nomination d'un nouveau président, quel qu'il soit, devrait en tout cas sonner la fin de l'ère Quillot dès les prochaines semaines. En CDI depuis mars 2016, le directeur général exécutif ne devrait pas être conservé. « L'expérience passée a montré que ça ne fonctionnait pas, qu'on ne pouvait pas avoir deux personnalités en concurrence, explique un président de club. Il ne s'agit pas de recommencer avec les mêmes antagonismes. Quand on a choisi Nathalie Boy de la Tour, on ne voulait pas forcément d'un président à forte personnalité. Là, c'est l'inverse. On a besoin de quelqu'un qui soit un vrai patron. »

S'il est élu, Denisot n'aurait d'ailleurs pas l'intention de cohabiter avec Didier Quillot. C'est davantage un profil moins médiatique, davantage d'homme de dossiers qui serait privilégié. Les noms de deux salariés actuels de la LFP, Mathieu Ficot (directeur des droits médias) et Arnaud Rouger (directeur des activités sportives) ont été cités.

Dans les semaines suivant l'élection du nouveau président de la LFP, les clubs devront se mettre d'accord sur un nouveau modèle de gouvernance qui devrait aboutir à une modification des statuts. L'objectif est de simplifier l'organisation actuelle où plusieurs instances (deux syndicats de clubs, collèges de L1 et L2, conseils d'administration, assemblée générale) interviennent et compliquent les circuits de décision. Le passage de 25 à 17 membres au conseil d'administration pourrait être une première étape.

Les gros clubs veulent désormais s'appuyer sur un exécutif fort et militent pour la création d'une société commerciale pour gérer leurs revenus et s'inspirer de ce qui est fait en Angleterre avec la Premier League. Philippe Piat (coprésident du syndicat des joueurs français) s'en est ému et estime que quelques grands clubs cherchent à s'accaparer la LFP. La première mission du nouveau président sera donc de rapprocher tous les acteurs et de gérer le dossier chaud de la création de cette société commerciale.

LFP : élections mode d’emploi

C’est le conseil d’administration de la LFP qui vote pour le président. Il est composé de 25 membres : 8 dirigeants de clubs de L1 (collège de L1) ; 2 dirigeants de clubs de L2 (collège de L2) ; le président du syndicat Première Ligue ; le président de l’UCPF ; un représentant de la FFF désigné par son Comex ; 5 membres indépendants (d’où sera issu le nouveau président) ; 7 représentants des syndicats des « familles » (deux pour les joueurs, deux pour les éducateurs, un pour les arbitres, un pour les personnels administratifs, un pour les médecins).

La journée d’élection se déroulera en plusieurs actes ce jeudi. Le matin, les collèges de L1 (11 candidats pour 8 places) et de L2 se réuniront pour élire leurs représentants. En début d’après-midi, l’assemblée générale de la LFP validera l’élection de ces deux collèges. Puis le nouveau conseil d’administration de LFP fraîchement élu votera pour son nouveau président. Un vote qui sera validé par l’assemblée générale.