Droits TV : malgré le retour de Canal+, les clubs restent au bord du gouffre financièrement

Les clubs de l’élite vont être privés de 1,3 milliard d’euros de ressources au terme de la saison. Aussi, le football français va-t-il devoir repenser son modèle économique malgré le retour de Canal + au centre du jeu.

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 Jean-Pierre Caillot (à droite), président de Reims, faisait partie du comité de pilotage désigné par Vincent Labrune pour analyser les résultats de l’appel d’offres des droits télé.
Jean-Pierre Caillot (à droite), président de Reims, faisait partie du comité de pilotage désigné par Vincent Labrune pour analyser les résultats de l’appel d’offres des droits télé. AFP/FRANCK FIFE
Ligue 1 Uber Eats

Entre les postes « droits télé », « billetterie » et « transferts », les clubs de Ligue 1 verront leur échapper près d'un 1,3 milliard d'euros de ressources cette saison. Fin janvier, la Ligue (LFP) a présenté aux clubs un document faisant état de 500 millions d'euros de pertes en matière de droits télé, de recettes billetterie amputées de 400 millions d'euros et d'une baisse des revenus des transferts se situant entre 300 et 400 millions d'euros.

« Ces montants sont importants mais ne sont pas surprenants, juge Didier Primault, le directeur du Centre de droit et d'économie du sport de Limoges (CDES). Dans le contexte économique lié à la pandémie, le marché des transferts est impacté de manière très importante et toutes les autres sources de recettes sont affectées. Les droits télé étaient censés servir d'ultime garde-fou à la situation… »

Or, en dépit des 200 millions d'euros débloqués mercredi par Canal + pour parer au plus urgent jusqu'à la fin de la saison, c'est quasiment la moitié des sommes escomptées que les clubs voient s'envoler à la faveur de la crise Mediapro — 650 millions d'euros contre 1,153 milliard.

Droits TV : malgré le retour de Canal+,  les clubs restent au bord du gouffre financièrement

« Il se peut même que la situation soit sous-évaluée, poursuit Primault. Beaucoup d'incertitudes demeurent : quand les matchs à huis clos prendront-ils fin ? Les sponsors vont-ils continuer à suivre ? » Aussi, comment les clubs vont-ils se maintenir à flot ? Les plus fragiles sont-ils menacés de faillite ?

«Les perspectives sont très sombres»

« Le risque est réel, reprend Primault. La Ligue a déjà emprunté de l'argent pour faire face aux échéances impayées par Mediapro. Même si de l'argent rentre, il va falloir rembourser ces prêts. Les perspectives sont très sombres, je me demande jusqu'à quand les clubs peuvent tenir. Cela étant, ces derniers ne sont pas tous affectés à même hauteur parce qu'ils n'ont pas tous exactement le même modèle économique. Un banquier qui voit arriver l'OL, propriétaire de son stade, ne traitera pas ce dernier comme un autre club, qui mise sur son actif joueur et se trouve très dépendant des droits télé, comme c'est le cas des budgets les plus modestes… Dans certains clubs, le ou les actionnaires peuvent aussi accepter de mettre de l'argent au compte courant, le premier problème d'une PME étant un problème de trésorerie. »

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Mais pour nombre de clubs, il semble que le salut ne passe que par une réduction des salaires, la masse salariale accaparant en moyenne 70 % des revenus environ…

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« Le football pourrait très bien vivre avec des revenus inférieurs à ce qu'ils étaient précédemment, mais avec des salaires significativement plus bas, estime Primault. Il y a eu quelques discussions mais rien de spectaculaire jusqu'à présent. 20 % ou 30 % ici ou là, mais rien à même de sortir les clubs de leurs grandes difficultés. C'est avec des salaires réduits de 30 % ou 40 % qu'on arriverait à une industrie équilibrée. Pour les contrats déjà signés, il n'y a rien à faire. Mais à chaque intersaison, les cartes peuvent être rebattues quant aux salaires proposés. Ajuster les dépenses aux recettes réelles du moment demanderait trois ou quatre ans. Je ne sais pas si cela finira comme ça mais si, demain, les salaires baissaient significativement, je ne pense pas que le spectacle serait de moindre qualité. »