Droits TV : le football français joue son avenir ce lundi

L’appel d’offres pour la diffusion d’une partie de la Ligue 1 et la Ligue 2 jusqu’en 2024 est lancé ce lundi avec le dépôt des candidatures. Après le fiasco Mediapro, le temps presse. L’affaire pourrait pourtant encore durer.

 Quels seront les repreneurs des lots abandonnés par Mediapro ? Une partie de réponse sera dévoilée ce lundi.
Quels seront les repreneurs des lots abandonnés par Mediapro ? Une partie de réponse sera dévoilée ce lundi. Reuters/Pascal Rossignol

Ce lundi soir, le foot français saura (peut-être) sur quel pied jouer… Les diffuseurs intéressés par l'appel d'offres sur les droits TV jusqu'en 2024 ont de 10 heures à 12 heures pour déposer leurs propositions sur les six lots mis en jeu (quatre pour la L1, deux pour la L2) au siège de la Ligue de football professionnel (LFP). Celles-ci seront immédiatement étudiées par Vincent Labrune, président de la LFP, aidé d'un comité de pilotage constitué de Jean-Michel Aulas (Lyon), Jacques-Henri Eyraud (Marseille), Jean-Pierre Caillot (Reims), Christian Leca (AC Ajaccio) et Philippe Piat (UNFP, syndicat des joueurs). Un Conseil d'Administration aura lieu ensuite à partir de 18 heures.

Car il n'y a plus une minute à perdre. Déjà privés de billetterie et d'hospitalités par le huis clos imposé à cause de la pandémie, les clubs ont été frappés de plein fouet par le fiasco Mediapro. Mais entre soldes d'hiver et poker menteur, la partie s'annonce serrée…

A quoi peut s'attendre la Ligue ?

Il ne faut pas rêver. Les 814 millions promis par Mediapro lors de l'appel d'offres initial en 2018 appartiennent au passé. En pleine période de crise sanitaire, le marché des droits sportifs est en recul partout en Europe. La situation est encore plus désastreuse en France où la LFP, acculée, est obligée d'agir en catastrophe. Ce qui n'est jamais bon pour les affaires et la met en position de faiblesse.

PODCAST. Droits TV du foot français : récit du fiasco Mediapro

L'instance aurait préféré négocier de gré à gré avec Canal +, seul diffuseur ouvertement intéressé, mais la chaîne cryptée a décliné. TF1, M6 ou France Télévisions n'ont pas vocation à entrer dans la danse et SFR ou RMC Sport ont revu leurs priorités. Restent BeIN Sport et Amazon. Le géant américain a déjà fait son entrée dans le sport hexagonal en acquérant un lot de diffusion de Roland-Garros (sessions nocturnes et court Simonne-Mathieu) à partir du printemps prochain. L'ogre de l'e-commerce joue la prudence et la discrétion.

« Les investissements d'Amazon sont rationnels, a expliqué à L'Équipe Alex Green, patron d'Amazon Europe, qui n'a jamais mis plus que 100 millions d'euros par saison pour des événements sportifs sur le continent. La priorité est de trouver le bon lot sur un certain marché, qu'on peut marketer efficacement, et qui fait sens économiquement. » Autrement dit, profiter de la braderie.

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Il existe une réelle possibilité de voir un ou plusieurs lots ne pas atteindre le prix minimal fixé par la LFP, même si celle-ci pourrait faire preuve de souplesse. La consultation serait alors infructueuse. Il faudrait entamer des négociations de gré à gré avec les candidats (à condition d'en avoir) et trouver une solution temporaire pour diffuser les matchs.

À quoi joue Canal + ?

La chaîne du groupe Vivendi, qui a tout du sauveur providentiel, s'est lancée dans un bras de fer avec la LFP sur le terrain juridique. Canal + réclame devant le tribunal de commerce de Paris et l'Autorité de la concurrence que l'appel d'offres soit global, c'est-à-dire sur l'ensemble des lots mis en jeu en 2018. L'entité dirigée par Maxime Saada estime que les 332 millions par an qu'elle débourse pour 20 % des matchs de L1 (samedi 21 heures et dimanche 17 heures) sont totalement « surévalués » dans le marché actuel, où le Covid-19 a appauvri le produit L1.

Dans ce contexte, Canal + va-t-il remettre son dossier ce lundi matin? Maxime Saada a en tout cas fait savoir récemment à la Ligue que ce ne serait pas le cas, quitte à perdre toute chance pour le prime time du dimanche soir. Ce qui n'empêcherait pas Canal de pouvoir sortir vainqueur… a posteriori.

L'audience au tribunal de commerce est prévue le 19 février et la procédure devant l'Autorité de la concurrence peut durer quatre à six mois. L'appel d'offres du 1er février pourrait être invalidé et tous les compteurs remis à zéro.

A l'arrivée, comble de l'ironie, le diffuseur du clasico PSG-Marseille dimanche prochain pourrait être… Mediapro. Sa chaîne Téléfoot doit cesser d'émettre mercredi 3 février au soir lors de la 23e journée de L1. Mais le groupe sino-espagnol, qui a dédommagé la LFP à hauteur de 100 millions après leur divorce, est prêt à jouer les prolongations. D'autres chaînes ont également proposé leurs services de manière transitoire.