Droits TV : «Le côté positif, c’est qu’Amazon et DAZN ont montré un intérêt»

Arnaud Simon, expert sur les questions de droits de retransmission du football, décrypte l’appel d’offres infructueux de la LFP ce lundi, mais où les deux plates-formes de streaming ont candidaté.

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 L’appel d’offres n’ayant pas répondu aux espérances de la Ligue de football professionnel, le problème des droits télé du foot français reste entier.
L’appel d’offres n’ayant pas répondu aux espérances de la Ligue de football professionnel, le problème des droits télé du foot français reste entier. LP/Arnaud Journois
Ligue 1 Uber Eats

Président et Fondateur d'IN & OUT STORIES et ancien DG d'Eurosport, Arnaud Simon est un expert des questions de droits TV. Il décrypte cette journée particulière pour le foot français où les enveloppes contenant les appels d'offres n'ont pas atteint les attentes de la Ligue.

Le prix de réserve n'a pas été franchi. Était-ce prévisible selon vous ?

ARNAUD SIMON. Je pense que la Ligue s'est précipitée. Elle a pris un énorme risque en lançant une consultation flash avec une épée de Damoclès juridique habilement brandie par Canal +. Mais il aurait été plutôt judicieux de relancer un appel d'offres dans les 6 à 8 semaines qui aurait pris effet la saison prochaine. Cela aurait permis d'aplanir le terrain juridique, d'intégrer le lot 3 (2 matchs de Ligue 1 par journée), d'avoir le temps de préparer le terrain correctement avec de nouveaux arrivants comme Amazon et des DAZN ( NDLR : prononcez dazone ), de réfléchir à avoir des clauses de nouveaux modes de consommation, une plate-forme OTT ( NDLR : application et site Internet ), le pay-per-view… On peut comprendre qu'elle soit prise à la gorge avec la pression des clubs. Mais finalement, je crains que si on part dans une discussion de gré à gré, ça prenne autant de temps, sinon plus, dans un contexte qui n'aura pas été pacifié, en particulier avec Canal et BeIN.

Que va-t-il se passer maintenant ?

On va repartir de zéro. Il va y avoir des discussions de gré à gré, y compris avec des opérateurs qui n'ont pas candidaté. Canal et BeIN peuvent revenir dans la course. Il y aura aussi le jugement du tribunal de commerce le 19 février. On est reparti pour plusieurs semaines pour tout rediscuter. Le problème, c'est que la Ligue est entrée dans une spirale de l'échec, de l'entêtement, voire de la panique. Il va falloir qu'elle reprenne son sang-froid rapidement.

Estimez-vous que cette journée d'appel d'offres n'a servi à rien ?

C'est un coup pour rien dans le sens qu'il n'y a pas de solution trouvée à court terme pour subvenir aux besoins urgents de trésorerie des clubs. Mais avec l'apparition d'Amazon et DAZN, le retour de Discovery, c'est un lien qui se crée quand même. Ce n'est pas inintéressant. Le côté positif, c'est qu'Amazon et DAZN ont montré un intérêt.

Qu'est ce qui intéresse Amazon selon vous ?

Amazon, fait des acquisitions de droits pour recruter des abonnés à son service Prime qui est un immense supermarché de services. En Angleterre, ils ont acheté en décembre un lot sur-mesure avec 20 matchs du Boxing day pour une somme de 100 à 120 millions d'euros. C'était un packaging très limité dans un mois capital pour eux, celui de Noël. Cela leur a permis de tester le taux de conversion entre leurs abonnées foot à leur offre prime.

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Et alors ?

Les chiffres ont été satisfaisants car grâce au foot et au rugby, 50 % de leurs nouveaux abonnés sont devenus des clients complets sur leur plateforme Amazon Prime, soit 635 000 personnes. On comprend la mécanique, ce n'est pas acheter du contenu pour du contenu, mais créer un produit d'appel, une vitrine. C'est l'esprit de l'acquisition des sessions du soir à Roland-Garros, des mercredis de Ligue de Champions en Italie ou des 10 matchs du jeudi en football américain. Les lots tels qu'ils étaient faits ne pouvaient pas les satisfaire. Je ne les voyais pas investir plusieurs centaines de milliers d'euros dans le foot français.

La plateforme DAZN est moins connue en France.

C'est une sorte de Netflix du sport. Ils ont investi plus de 1 milliard de dollars aux Etats-Unis dans l'offre box. Ils ont acheté de la Bundesliga, de la Serie A, de la Ligue japonaise, de la MotoGP… Ils sont capables d'acquérir un lot 2 pour créer un feuilleton. Mais ils sont aussi positionnés sur l'appel d'offres de la Serie A en Italie, donc je pense que ce n'était pas très malin de le faire coïncider avec l'appel d'offres flash de Ligue 1… Ils ont aussi connu des soucis de cash avec le Covid. Ces médias globaux peuvent être des opportunités, mais ils n'aiment pas être pressés ni les contextes juridiques pas très clairs. Je pense qu'ils sont allés dans cet appel d'offres juste pour voir, tâter peu le terrain sans plonger complètement…

En tant qu'ancien directeur général d'Eurosport, que pensez-vous du retour de Discovery ?

Je ne serais pas surpris que son offre soit sur la Ligue 2, comme il y a quelques années. Quant à l'offre de Jean-Michel Roussier, elle permettrait de récupérer l'outil Téléfoot, sauverait une partie de ses équipes, donc pourquoi pas ? Mais je ne pense pas qu'elle soit très solide.