Droits TV du foot : qui se cache derrière DAZN, la plate-forme qui a répondu à l’appel d’offres ?

Avec Amazon et Discovery, la plate-forme de streaming britannique est l’un des trois candidats à s’être déclaré lors de l’appel d’offres de la Ligue lundi. DAZN est déjà bien implanté en Allemagne.

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 La plate-forme DAZN n’est accessible en France que depuis le 1er décembre pour 1,99 euro par mois avec une offre basée essentiellement sur la boxe.
La plate-forme DAZN n’est accessible en France que depuis le 1er décembre pour 1,99 euro par mois avec une offre basée essentiellement sur la boxe. LP/Arnaud Journois
Ligue 1 Uber Eats

Un sigle « DAZN » (prononcez Da Zone) qui interroge, un milliardaire anglo-américain d'origine ukrainienne à sa tête et une expansion mondiale en cours malgré des dettes colossales… L'irruption du site sur le marché français des droits télé du sport interroge d'autant que l'épisode Mediapro, inconnu sur le marché hexagonal il y a quelques saisons et finalement incapable d'honorer son contrat, est encore dans toutes les mémoires.

Si la candidature d'Amazon était attendue et que Discovery via Eurosport a longtemps diffusé le championnat de Ligue 2, la plate-forme de streaming DAZN, apparaît comme la nouveauté de l'appel d'offres pour les droits TV du foot français. Un nouvel acteur à l'instar d'Amazon qui est issu du monde numérique et non plus de la télé. S'il s'invite dans la bataille, il pourrait bien à terme bouleverser notre manière de regarder le sport.

« C'est le Netflix du Sport », résume Arnaud Simon, président et Fondateur d'IN & OUT STORIES et ancien DG d'Eurosport. Car à la différence de Netflix, Disney + ou Amazon Prime, DAZN créée Angleterre en 2016 via la société Perform (production de contenus sportifs) par Len Blavatnik, actionnaire de Warner Music ou Deezer, ne diffuse que du sport.

Diffuseur de la Bundesliga et de la Ligue des champions

En France, la plate-forme n'est accessible que depuis le 1er décembre dernier pour un prix, pour le moment modique (1, 99 euro par mois) avec une offre limitée (essentiellement de la boxe). Mais elle est déjà bien implantée dans plusieurs pays comme les Etats-Unis, l'Allemagne, l'Italie, le Canada ou le Japon. Outre-Rhin, elle diffuse de la Bundesliga (droits jusqu'en 2025), de la Ligue des champions, et en Italie, deux matchs de Serie A par semaine.

« Ils ont acheté de la Bundesliga, de la Serie A où ils sont positionnés sur le nouvel appel d'offres, de la Ligue Japonaise de foot, de la MotoGP en Espagne, détaille Arnaud Simon. Ils ont aussi investi plus de 1 milliard de dollars aux Etats-Unis dans l'offre boxe. » Avec à la clé une offre très diverse quitte à donner l'impression d'une stratégie pas toujours claire.

« Ils sont capables de faire un peu de tout, poursuit Arnaud Simon. Aux Etats-Unis par exemple, DAZN propose une offre de sports de combat mais cela ne l'empêche pas de monter des partenariats sur du pay per view (NDLR : paiement à la séance) pour certains grands combats. Ils sont aussi beaucoup dans une logique d'échange. Par exemple, vous achetez un combat à 70 dollars sur Comcast, vous avez une offre de 4 mois gratuits à DAZN. Ils vont éditer aussi une chaîne de Formule 1 en Espagne, ils distribuent les chaînes Eurosport dans les pays germanophones, en Allemagne, en Italie… »

«Ils sont allés dans cet appel d'offres pour tâter le terrain»

DAZN n'est donc pas qu'une simple plate-forme de streaming. Dans son développement, elle ne renie pas l'utilisation de l'ancien modèle comme en Allemagne où elle a demandé une licence pour créer deux chaînes de télévision. Sa stratégie de s'allier avec d'autres distributeurs pour mettre en avant ses propres contenus ou chaînes thématiques, fonctionne dans d'autres pays. A terme, DAZN espère poursuivre son implantation à travers le monde, en passant de 10 à 200 pays.

« Sur le foot français, le lot 2 (7 matchs par journée) peut les intéresser car ils sont capables de créer un feuilleton, poursuit Arnaud Simon. Ces médias globaux peuvent être opportunistes, mais ils n'aiment pas être pressés ni les contextes juridiques pas très clairs. Je pense qu'ils sont allés dans cet appel d'offres juste pour voir, tâter un peu le terrain sans plonger complètement… En plus ils ont aussi connu des soucis de cash avec le Covid. »

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Malgré ses ambitions dévorantes, DAZN reste en effet « une société fragile » selon plusieurs spécialistes du secteur. Le confinement et l'arrêt des compétitions, ont fragilisé son modèle économique. Le Daily Telegraph évoquait plus d'un milliard de pertes (1,6 milliard d'euros exactement) en 2019. Mais son richissime propriétaire a toujours bouché les trous.