Droits TV du foot : la LFP se laisse deux jours pour trouver un diffuseur

Après l’échec de son appel d’offres, la Ligue se donne deux jours pour discuter avec les candidats et trouver un nouveau diffuseur. Mais la piste Canal + pourrait revenir en force.

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 La Ligue peut désormais négocier de gré à gré avec différents diffuseurs.
La Ligue peut désormais négocier de gré à gré avec différents diffuseurs.  LP/Arnaud Journois

Ce mardi matin, le football français n'a toujours pas de nouveau diffuseur, mais deux ans après le milliard de son précédent appel d'offres, il sait que son produit Ligue 1 ne fait plus tourner la tête des diffuseurs. La consultation pour ses droits audiovisuels lancée il y a deux semaines par la Ligue de football professionnel et dont les résultats ont été dévoilés ce lundi après-midi a fait flop. Quatre candidats se sont pourtant manifestés. Il s'agit de la plate-forme de streaming 100 % sport DAZN, le géant américain d'e-commerce Amazon, le groupe américain Discovery propriétaire d'Eurosport, et la société Exprim de Jean-Michel Roussier, actuel directeur éditorial de Téléfoot la chaîne.

Ce quatuor - où l'émergence des sociétés US est une nouveauté - a transmis ses offres dans la matinée, mais aucune n'a atteint les prix de réserve fixés par l'instance qui gère le ballon rond pour les 6 lots en concurrence (4 pour la L1 et 2 pour la L2). Confrontés à ces tarifs trop peu élevés, Vincent Labrune le président de la LFP et le comité consultatif qu'il avait nommé pour l'accompagner, ont dû se résoudre à prononcer le caractère infructueux de la consultation.

Quelques instants plus tard, ils en ont informé le conseil d'administration dans une réunion qui n'a pas duré plus de cinq minutes et pendant laquelle l'offre de Jean-Michel Roussier n'a même pas été évoquée, pas plus que dans le communiqué transmis dans la soirée par la LFP. « Réuni ce 1er février 2021, le comité de pilotage de la LFP en charge des deux consultations relatives aux droits d'exploitation audiovisuelle des championnats de Ligue 1 Uber Eats et de Ligue 2 BKT a reçu des offres de trois groupes internationaux majeurs : Amazon, Discovery et DAZN, explique la Ligue. Les prix de réserve n'ayant pas été atteints, les consultations sont déclarées infructueuses. La LFP se laisse désormais 48 heures pour définir les prochaines étapes de la commercialisation de ses droits. »

La LFP peut discuter avec Amazon, DAZN et Discovery

Il faut dire que Jean-Michel Roussier, l'ancien président de l'OM (1995-1999), avait transmis une offre groupée sur l'ensemble des quatre lots de la L1, ce que ne permettait pas le règlement de l'appel d'offres. Celui-ci prévoyait une proposition détaillée et chiffrée pour chacun des lots. Reste que ce n'est pas cette offre mineure qui a fait basculer cette consultation mais bien l'absence, guère surprenante, de Canal +.

Lorsqu'ils étaient venus restituer le lot 3 à 330 millions d'euros par an sous-licencié par beIN Sports (restitution refusée par la LFP), les dirigeants de la chaîne cryptée avaient prévenu qu'ils ne participeraient pas, dans ces conditions, à une consultation partielle. Ils s'y sont tenus. Leur volonté de voir la LFP lancer un appel d'offres global s'est heurtée à l'entêtement des équipes de la Ligue de remettre en concurrence uniquement les droits anciennement détenus par Mediapro, soit 80 % de la L1 et L2. Que peuvent faire maintenant Vincent Labrune et son comité de pilotage auquel participe notamment Jean-Michel Aulas, le président de l'OL ?

La loi les autorise désormais à discuter de gré à gré avec les opérateurs qui se sont manifestés (Amazon, Discovery, et DAZN) et ils ne s'en priveront pas dans les deux prochains jours. Théoriquement, ils peuvent également engager des négociations avec d'autres opérateurs du marché, comme Canal + par exemple. Mais le diffuseur historique du Championnat de France n'entend pas discuter sur un appel d'offres partiel et pour faire valoir ses droits a engagé deux procédures devant le tribunal de commerce de Paris et l'Autorité de la concurrence pour contester la validité de cette consultation.

«La Ligue n'a pas d'autre choix que de passer par Canal +»

Et pour les observateurs, Canal a des arguments à faire valoir. « La chaîne peut soulever le fait que ce nouvel appel d'offres caractérise un dommage financier sérieux et une illégalité manifeste. Il y a une rupture d'égalité entre les candidats par rapport au premier appel d'offres », note Benjamin Ingelaere avocat au barreau de Paris.

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Même tonalité chez Jean-Pascal Gayant, économiste du sport. « Je pense que même s'il ressort quelque chose de cet appel d'offres, le résultat sera attaqué et que la Ligue perdra, décrypte l'intéressé. Il est difficile de penser que la défection de Mediapro ne donne pas le signal que l'économie du marché ne s'est pas dégradée de manière substantielle. Et puis en redécoupant les lots rendus par Mediapro, la Ligue a fait une erreur, voire une faute. Il me semble que la Ligue n'a pas d'autre choix que de passer par Canal +. Parce qu'il est le seul candidat à même de reprendre un championnat dégradé par la pandémie. » En attendant, le clasico OM-PSG de dimanche prochain est toujours programmé sur… Téléfoot, la chaîne de Mediapro à l'origine de cet incroyable imbroglio.