Droits TV : Canal+ va-t-il répondre à l’appel d’offres de la Ligue de football ?

Des responsables de la chaîne cryptée affirment en privé qu’elle ne participera pas à la consultation de marché lancée par la Ligue de football professionnel. Position sans retour ou simple coup de bluff ?

 Canal + a décidé lundi d’attaquer en justice la LFP  après l’appel d’offres lancé sur les anciens lots de Mediapro pour 2020-2024.
Canal + a décidé lundi d’attaquer en justice la LFP après l’appel d’offres lancé sur les anciens lots de Mediapro pour 2020-2024. LP/Arnaud Journois
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La position de Canal +, qui a choisi lundi 25 janvier d' attaquer la Ligue de football professionnel (LFP) en justice, suit la ligne annoncée par la chaîne cryptée. Lors d'une rencontre avec les dirigeants de l'instance, la semaine précédente, ses responsables avaient prévenu qu'ils n'hésiteraient pas à saisir le tribunal de commerce de Paris pour contester l'appel d'offres lancé par la LFP. Ce qui a donc été fait.

La filiale de Vivendi conteste en effet que la Ligue ait le droit de lancer une consultation de marché uniquement sur les lots anciennement détenus par Mediapro pour la période 2020-2024 (80 % des droits). Elle exige un appel d'offres global avec les deux matchs du samedi à 21 heures et du dimanche à 17 heures qu'elle détient et qui lui coûte 332 millions d'euros par an. Un tarif qu'elle juge déconnecté de la réalité du marché et totalement prohibitif alors que la pandémie de Covid-19 a bouleversé le spectacle de la Ligue 1.

Cette posture implique-t-elle que la chaîne à péage se retire nécessairement de l'appel d'offres, dont la clôture est fixée au 1er février? C'est en tout cas ce que Maxime Saada, président du directoire de Canal + et bras droit de Vincent Bolloré, a récemment fait savoir aux dirigeants de la LFP. Et jusqu'ici, on peut raisonnablement affirmer que le diffuseur historique du championnat s'en est tenu à ce qu'il a dit.

Un bras de fer et plusieurs scénarios

La défection de la chaîne cryptée serait un coup dur pour la Ligue. En effet, celle-ci n'a pas aujourd'hui d'autre opérateur sérieux avec qui discuter. Canal est le seul interlocuteur avec lequel la Ligue avait réellement entamé des discussions de gré à gré lors de sa prospection auprès des potentiels diffuseurs à l'automne dernier. Une situation qui pourrait se reproduire si l'appel d'offres, par manque de candidats ou d'offres sérieuses, se révèle infructueux. Mais si Canal décide de ne pas répondre à cette consultation express de la Ligue – ce qui est loin d'être acquis à cette heure – il prend le risque de voir un concurrent tel Amazon lui ravir un des deux lots les plus intéressants, voire les 2, remis sur le marché par la Ligue. Là encore, il faudra que cet éventuel acheteur atteigne le prix de réserve, et soit en mesure de présenter une garantie bancaire ou des références établies par une agence de notation.

La chaîne cryptée peut aussi se porter acquéreur et, si elle gagne, renoncer à sa plainte. C'est l'autre scénario imaginé par les observateurs de ce drôle de bras de fer. En attendant, les offres doivent être déposées lundi entre 10 heures et 12 heures à la LFP avant d'être étudiées dans l'après-midi. Pour un dévoilement du ou des nouveaux diffuseurs – s'il y en a – vraisemblablement en fin de journée.

La Ligue elle se réserve le droit de relancer un candidat pour lui demander d'augmenter sa mise. Mais pour cela, il faudrait qu'il existe une réelle concurrence. Nouveau (x) diffuseur(s) ou pas, le tribunal de commerce de Paris a fixé son audience au 19 février. En attendant, les clubs sont au bord de l'asphyxie et en Ligue 2, Caen vient d'annoncer la suppression d'une vingtaine de postes au sein de son personnel.