Décès de Maradona : le dieu du football avait même sa propre Eglise

Des fans de l’idole argentine ont fondé la Iglesia Maradoniana, qui célèbre le culte du joueur. Pour s’y faire baptiser, il faut marquer des buts… de la main gauche.

 La «Iglesia Maradoniana» revendique entre 80000 et 100000 adeptes dans plus de 60 pays.
La «Iglesia Maradoniana» revendique entre 80000 et 100000 adeptes dans plus de 60 pays. Twitter/Iglesia Maradoniana

Pour les adeptes de Diego Maradona, Noël ne tombe pas le 25 décembre mais le 29 octobre, veille du jour de la naissance de leur idole. Pâques? Pour eux, ça se fête chaque 22 juin, le jour anniversaire qui honore l'action de la « main de Dieu » et ce fameux but marqué contre l'Angleterre en quart de finale du Mondial 1986.

Sur les murs du temple, leur propre cité du Vatican, à Rosario en Argentine, inutile de chercher des Christ en croix. Ils sont remplacés par des statues païennes de leur divinité enrobées de maillots blanc et marine aux couleurs de la sélection argentine. Oui, Diego Maradona était un vrai Dieu car il avait sa propre église, l'Eglise maradonienne, la « Iglesia Maradoniana » en espagnol.

Il s'agit d'un mouvement religieux tout à fait reconnu, officiel et surtout monothéiste tout entier dévoué à l'Argentin. Fondée le 30 octobre 1998, jour du 38e anniversaire de Maradona, l'Eglise revendique entre 80000 et 100 000 adeptes dans plus de 60 pays : « Notre religion est le football et comme toute religion, elle doit avoir un Dieu, affiche la Iglesia Maradoniana dans sa propre Bible. La fonction de l'Eglise est de maintenir la passion et la magie avec lesquelles notre Dieu a joué au football, sans oublier les miracles qu'il a accomplis sur les terrains sous les yeux de tous et le sentiment que les fans se réveillent en nous, jour après jour. Ce Dieu est argentin et son nom est Diego Armando Maradona. »

Pour ses adeptes, nous ne sommes pas en 2020 mais en l'an 60, le calendrier maradonien prenant naissance en 1960, comme lui. « Maradona est Dieu parce qu'il est le seul qu'il y aura sur la planète, sur la Terre, à cause de ce qu'il a fait, il n'y aura pas une autre personne, un autre joueur comme lui. Il y aura beaucoup de joueurs, mais aucun comme lui », confiait lors d'une procession récente Guillermo Rodríguez, converti depuis longtemps à la religion Maradona.

Ici, «Amen» est remplacé par «Diego»

Dans un pays où la foi chrétienne n'est pas à prendre à la légère, l'Eglise maradonienne n'est ni une secte, ni une idée folle d'étudiants potaches en fin de soirée. Tout est très sérieux.

A commencer par le propre « Pater Noster » qui n'est pas tout à fait le même que celui qu'on peut réciter le dimanche matin. Ici, il s'appelle « Diego Nuestro » (« Notre Diego ») et donne à peu près ceci : « Notre Diego — Qui est sur les terrains — Que ton pied gauche soit béni — Que ta magie ouvre nos yeux — Fais-nous souvenir de tes buts — Sur la terre comme au ciel — Donne-nous aujourd'hui notre bonheur quotidien — Pardonne aux Anglais — Comme nous pardonnons à la mafia napolitaine — Ne nous laisse pas abîmer le ballon — Et délivre-nous de Havelange ». Aucune prière ne termine par « Amen » mais par « Diego ».

Comme toutes les autres, l'Eglise organise aussi des mariages. La condition est que les deux époux soient évidemment des adeptes du Dieu de l'endroit. Les autorités argentines ne le reconnaissent cependant pas comme tout à fait légal.

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A la Iglesia Maradoniana, on peut même se faire baptiser. Mais point d'eau bénite en ces lieux : pour être accepté parmi les fidèles, il faut juste… marquer un but de la main gauche, comme Dieu ce fameux 22 juin 1986 contre l'Angleterre (2-1), à Mexico, en quart de finale de la Coupe du monde.