Christophe Bouchet, ex-président de l’OM : «Mes gosses ont parfois été pris à partie à l’école»

L’ancien président de l’OM explique à quel point diriger le club phocéen peut être compliqué, voire dangereux pour soi-même et ses proches.

 Christophe Bouchet a dirigé l’OM entre 2002 et 2004. « C’est un rôle qui vous habite » confie-t-il.
Christophe Bouchet a dirigé l’OM entre 2002 et 2004. « C’est un rôle qui vous habite » confie-t-il. LP/Philippe Lavieille
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Christophe Bouchet a été journaliste, chef d'entreprise, homme politique, maire de Tours (2017-2020) mais on ne retient souvent que deux années de sa vie, celles où il a dirigé l'OM entre 2002 et 2004 à la demande de Robert Louis-Dreyfus.

Éloigné des affaires du foot depuis longtemps, il revient sur la particularité de la gestion d'un club comme Marseille et des traces qu'elle peut laisser longtemps après. Avec, en creux, un éclairage sur les difficultés de son lointain successeur Jacques-Henri Eyraud, dont le centre d'entraînement a été saccagé samedi par des supporters en colère.

Présider l'OM est-il un métier comme un autre ?

CHRISTOPHE BOUCHET. C'est d'abord un job exaltant aux confins du sport, de la politique, de l'économie et de la sociologie. Et c'est comme un accélérateur de particules. Mais on est heureux quand on choisit soi-même d'en sortir comme je l'ai fait. Il y a aussi des aspects négatifs dus à des décisions prises il y a des décennies.

Lesquelles ?

Il y a des choses qui ont été concédées aux supporters en termes de pouvoir qui font qu'aujourd'hui encore, la relation entre eux et le club est mal cuite. Je ne jette la faute sur personne mais ils sont un outil de pouvoir. Tapis dans l'ombre si vous m'autorisez cette plaisanterie (sourire), les politiques gardent un œil goguenard et intéressé. Certains les flattent et les instrumentalisent. On prend quelques vérités et on les mélange à du populisme et de la démagogie. Cela encourage certains et peut dériver jusqu'aux événements de samedi dernier.

Comprenez-vous que les supporters marseillais estiment avoir leur mot à dire dans la gestion du club ?

Le problème des supporters est un problème touffu et complexe. Ce ne sont pas des simples clients et croire le contraire est une erreur. Pour beaucoup, l'OM, c'est leur vie. Combien demandent à être inhumés en portant les couleurs du club. C'est profond. J'ai un ami, chef d'entreprise à Tours, grosse situation, grosse bagnole, qui va voir les matchs dans les virages et est presque en dépression en ce moment. Il ne faut pas minimiser cet amour.

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Quels sont les pires moments vécus lors de votre présidence ?

J'ai été raccompagné chez moi quelques fois par des policiers, sur leur initiative, notamment après une défaite en coupe de la Ligue contre le PSG. J'ai aussi été cambriolé quatre fois dont deux fois où cela devait être lié à l'OM vu ce qui avait été dérobé. J'avais aussi mes gosses scolarisés en bas de chez moi qui étaient pris à partie parfois. Et j'ai fini par estimer que le prix à payer était trop lourd.

Est-on marqué à vie quand on a dirigé ce club ?

Pour les autres oui. Un type comme Bernard Tapie qui a fait mille choses dans sa vie est systématiquement ramené à l'OM. Pareil pour Vincent Labrune ou Pape Diouf. Moi, c'est encore mieux, j'ai été maire de Tours et quand je me balade en ville, on me parle encore aujourd'hui plus de l'OM que des affaires municipales ! En fait, on est marqués au fer bleu quand on a dirigé l'OM. C'est un rôle qui vous habite.