Baisse des salaires : «Il n’est pas incompatible d’être footballeur et citoyen responsable»

Jean-Pierre Caillot, le président du Stade de Reims, dit sa reconnaissance aux joueurs et encadrants rémois, qui ont tous consenti à une « baisse significative » de leur salaire et primes pour les six premiers mois de l’année.

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 « Ces baisses de salaire jusqu’à la fin de la saison équivalent à un mois de trésorerie, soit entre 2,7 et 3 millions d’euros », annonce Jean-Pierre Caillot.
« Ces baisses de salaire jusqu’à la fin de la saison équivalent à un mois de trésorerie, soit entre 2,7 et 3 millions d’euros », annonce Jean-Pierre Caillot. AFP/Thomas Bregardis
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Face à la crise sanitaire et économique, les joueurs du Stade de Reims et l'encadrement technique ont annoncé lundi la baisse de leur salaire jusqu'en juin 2021. Le président rémois Jean-Pierre Caillot nous explique les dessous d'une décision qui intervient après celle de Strasbourg, Lens ou encore Montpellier. Mais ces gestes pourraient ne pas être suffisants : la Ligue vient en effet ce mardi de solliciter l'Etat pour une aide d'urgence. Les pertes du football français s'élèveraient à plus d'un milliard d'euros selon le gendarme financier.

Comment avez-vous procédé pour proposer une baisse de salaire aux joueurs ?

JEAN-PIERRE CAILLOT. La première démarche, avec deux trois collègues, a été d'aller au-devant de l'UNFP (NDLR : le syndicat des footballeurs professionnels), en vue de trouver un accord de branche. J'ai provoqué cette réunion mi-janvier parce que je voulais qu'on ait une vision de ce qui allait se passer sur le plan des droits télé. Même si ça n'était pas réglé à l'époque, on savait que nos problèmes ne seraient pas résolus. Un accord de branche n'étant pas juridiquement possible à mettre en place, on a convenu qu'on mènerait des démarches club par club.

Comment avez-vous parlé aux salariés de votre club ?

J'ai réuni tous les joueurs ainsi que tout le staff sportif et médical, auxquels j'ai présenté la situation globale du football français : 1,3 milliard de pertes, liées certes à la défaillance de Mediapro mais également au Covid, au fait qu'on n'a plus ni billetterie, ni hospitalités face à des charges constantes. Fort de ce constat, j'ai fait savoir qu'il était souhaitable que les joueurs aient une action sur leur salaire, même si ça ne résout pas tous nos problèmes.

Quel accueil avez-vous reçu ?

Mes interlocuteurs étaient conscients de la situation. Je pense qu'il n'est pas incompatible d'être un footballeur et un citoyen responsable. J'ai conclu mon intervention en disant qu'il s'agissait d'un rendez-vous avec l'histoire. J'ai eu le plaisir de rencontrer l'adhésion de l'ensemble du groupe. C'était symbolique pour moi, je ne souhaitais pas qu'il y en ait un ou deux qui ne fassent pas l'effort. A la différence d'autres clubs, on n'a pas fait de cas par cas. On a demandé le même pourcentage à chacun, le même pour les rémunérations et les primes (NDLR : M. Caillot n'a pas souhaité préciser le montant du pourcentage). Cela a été accepté par tous, sans même discuter, ni demander de contrepartie. Dans certains clubs, des joueurs ont demandé à récupérer plus tard ce qu'ils abandonnaient ou une année de contrat supplémentaire. Pas un ne s'est plaint. Ils ont tous été hyper positifs. A ma grande surprise, un certain nombre d'entre eux ont signé l'avenant à leur contrat, sans même en référer à leur conseiller.

Cet effort des joueurs, à combien se chiffre-t-il ?

Ces baisses de salaire jusqu'à la fin de la saison équivalent à un mois de trésorerie, soit entre 2,7 et 3 millions d'euros. En tant que dirigeant, ça motive encore davantage à relever les manches et à chercher des solutions en vue de sortir de la crise.

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A combien évaluez-vous la chute des ressources du club cette saison ?

Le Stade de Reims va perdre 20 millions d'euros de droits télé par rapport à ce qui était attendu, plus 10 millions du fait de l'absence de billetterie et d'hospitalités.

Comment allez-vous compenser ces pertes ?

Nous avons eu l'opportunité ou la chance de bien travailler cet été au mercato. Nous compenserons une partie de ces pertes par le fait d'avoir vendu des joueurs cet été, ainsi que par des fonds propres. Et probablement par un transfert qui n'a pas eu lieu cet hiver mais interviendra à l'été.

Y a-t-il une fierté à être parvenu à un tel accord ?

On a l'habitude de faire ce qu'on dit. On explique depuis des années que des valeurs humaines existent dans le football, que des clubs comme le nôtre sont forts, avec des racines familiales. C'est dans ces moments-là qu'on peut mesurer l'attachement de nos collaborateurs. Ça fait chaud au cœur. Les joueurs peuvent être fiers de l'image qu'ils renvoient, aux antipodes du footballeur nanti, qui ne pense qu'à lui.