Adil Rami : «Ce serait formidable de revoir Benzema chez les Bleus»

L’ancien défenseur de l’équipe de France championne du monde en 2018, qui évolue actuellement au Portugal, suit toujours l’actualité de l’équipe de France. Et il n’a rien perdu de sa franchise.

 Adil Rami a porté le maillot de l'équipe de France à 36 reprises au cours de sa carrière.
Adil Rami a porté le maillot de l'équipe de France à 36 reprises au cours de sa carrière. LP/ Arnaud Journois

Du Portugal où il évolue désormais sous les couleurs du Boavista, club basé à Porto, Adil Rami, 34 ans, va peut-être croiser les joueurs de l'équipe de France … à leur hôtel à Lisbonne, pour les encourager avant le match face aux coéquipiers de Cristiano Ronaldo samedi soir.

A l'occasion de la sortie de son étonnante confession dans « Autopsie » (éditions Hugo Sport. 19,95 euros, 269 pages), il étale une franchise inhabituelle pour un joueur en activité. Cette conversation sans filtre, Rami a accepté de la poursuivre au cours d'un long entretien où il dévoile des aspects tabous de la vie des footballeurs.

Pourquoi avoir eu envie d'écrire un livre alors que votre carrière n'est pas terminée ?

ADIL RAMI. Parce qu'à une époque, je ne voyais que le côté sombre du foot avec ses hypocrites. Avec ce dégoût, j'ai senti que c'était le moment. Ma vie pourrait faire un film. L'histoire d'un mec parti de rien et qui a touché les étoiles. Ça fait prétentieux et c'est aussi la vérité. Mais ce livre, c'est surtout pour montrer les pièges de ce milieu.

Vous parlez notamment de celui de la prostitution…

Sans mon entourage, j'aurai pu gravement déconner. En vacances, j'ai croisé tellement de nanas ultra-faciles avec autour d'eux des gens avec de la drogue plein les poches. Si j'avais été un peu faible mentalement, j'étais mort.

Les joueurs sont-ils une cible facile ?

Une proie facile, oui ! Le footballeur, athlétiquement, il est beau. Il a de l'argent et est jeune. Cela change certaines filles des gros puants avec qui elles sont… Sans généraliser, il y a quand même beaucoup de filles disons intéressées, ou par ton argent ou par ta célébrité. Car parfois, elles veulent juste gagner des followers sur les réseaux sociaux pour se faire connaître. Ce n'est pas beau.

Quand a éclaté « l'affaire Zahia » en 2010, vous n'êtes donc pas tombé des nues…

Cette fille, je l'avais vue et on ne me l'avait jamais présentée comme une prostituée. Mais la vérité, c'est qu'à ma table en boîte, parfois il y avait des filles dont je ne savais pas si elles étaient juste là pour nous obliger à consommer plus d'alcool ou si c'était des prostituées. A la fin, je virais tout le monde. J'aimais charmer et on me parlait oseille… Je préviens les jeunes : Attention, les gars, vous n'êtes pas tous super beaux. Ces filles, elles vous regardent pour votre pognon et votre nom. L'amour, vous n'allez pas le trouver en boîte ! (rires). Mais moi qui suis allé dans des soirées où il y a beaucoup d'artistes, je peux vous dire que les footeux, ce sont des bisounours à côté de ce que j'ai pu voir.

En équipe de France, Paul Pogba a déclaré que « sans Adil, on n'aurait pas été champion du monde » alors que vous n'avez pas joué une minute en Russie. Qu'a-t-il voulu dire ?

Les haters ( NDLR : les haineux ) et les jaloux disent que j'ai juste mis l'ambiance en Russie. J'ai disputé dix finales dans ma carrière. Et je savais comment on les prépare. Dans le groupe, s'il y a des concurrents à ton poste qui ne rêvent que de piquer ta place, il y aura des ondes négatives. En Russie, il me fallait sourire à tout le monde. J'ai été le seul à m'entraîner deux fois par jour pour être prêt le cas échéant. Mais surtout, je me suis rapproché très fort d'Umtiti, Kimpembe et Varane pour montrer que j'étais derrière eux.

Adil Rami avec le trophée de la Coupe du monde entre les mains. /LP/ Arnaud Journois
Adil Rami avec le trophée de la Coupe du monde entre les mains. /LP/ Arnaud Journois  

Qui est le leader mental des Bleus aujourd'hui ?

Paul (Pogba). Quand il parle, il est écouté car il possède le charisme. Il en impose. Il y en a d'autres qui ont beau essayer de parler, ils n'ont pas le truc. On en rigolait entre nous. Je ne donnerai pas de nom mais quand l'interview sera lue, croyez-moi, tous les Bleus sauront de qui je parle (sourires). Paul a aussi montré qu'il savait se sacrifier. Lui qui aime tant les beaux gestes, il est arrivé en Russie en se rasant la tête pour ne pas qu'on parle de sa coupe de cheveux. Ce n'est pas un détail. Après, il s'est fait mal dans le travail défensif. Cette souffrance qu'il s'est imposée, tout le monde l'a vue.

Kylian Mbappé peut-il devenir un meneur d'hommes ?

J'ai adoré ce mec. Un petit qui se comporte avec respect sans dépasser les limites. Quand il est arrivé, plein de gens se demandaient s'il était hautain. Et on a vu un jeune super, qui se met évidemment des barrières mais qui est bien entouré. Kylian a été pour moi un vrai coup de cœur. Quant à devenir leader, c'est trop tôt. Qu'il profite de sa jeunesse. Il n'a que 21 ans. Leader, c'est chiant aussi car il faut créer les liens et faire attention à tout le monde. Qu'il se concentre sur son immense talent pour l'instant.

Antoine Griezmann a-t-il fait l'erreur de sa carrière en allant à Barcelone ?

Sa situation m'attriste. C'est un type toujours heureux et là, je le vois malheureux en club. Je ne sais pas s'il est victime de jalousies mais j'ai envie de revoir le Griezmann épanoui à l'Atlético de Madrid. Il mérite de retrouver le bonheur.

En quoi, selon vous, Didier Deschamps est-il un bon sélectionneur ?

Sa capacité à associer les joueurs pour faire une meilleure équipe. Et pas uniquement prendre les meilleurs joueurs. Je l'ai beaucoup observé. Il fait attention à la cohésion avant tout. Mais j'ai pourtant envie de dire un truc.

Allez-y…

C'est tellement frustrant de ne pas avoir Benzema dans cette équipe. Dire cela, ce n'est pas être contre Olivier Giroud. On a aussi besoin de Giroud car c'est un buteur. Mais s'il y avait une réconciliation avec le sélectionneur, ce serait formidable de revoir Benzema en Bleu. Il est important pour Karim de faire une grande compétition. C'est trop bête cette histoire. S'il faut en passer par des excuses publiques ou un pas en avant avec le coach, eh bien fais-le Karim. Pense aux Bleus !

Les Bleus peuvent-ils gagner l'Euro 2021 ?

Oui s'ils n'oublient pas les erreurs du premier match du Mondial 2018 contre l'Australie où on avait joué en oubliant l'engagement et l'esprit d'équipe. Ensuite, on avait réglé nos comptes en interne. Si les mecs s'en souviennent, ils seront champions d'Europe. J'ai tellement aimé cette équipe que, pour son rassemblement avant Portugal-France, j'aimerai aller les voir à l'hôtel à Lisbonne pour leur dire qu'ils me manquent.

/DR
/DR  

« Autopsie » (éditions Hugo Sport. 19,95 euros, 269 pages)