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Fédérations : équitation, judo, rugby… avant les élections, tous les coups sont permis

Les campagnes électorales dans les différentes fédérations sportives sont lancées. Et, dans certains sports, il règne un climat nauséabond.

 Dans le rugby, Florian Grill, ici avec Serge Blanco, est candidat à la présidence de la FFR contre Bernard Laporte.
Dans le rugby, Florian Grill, ici avec Serge Blanco, est candidat à la présidence de la FFR contre Bernard Laporte. LP/Jean-Baptiste Quentin

Une petite fille avec des couettes et une légende « Coucou, je suis Sainte-Nitouche. Faites-moi présidente FFE, je ferai ce que vous souhaitez ». Le message a été envoyé (anonymement) à tous les clubs d'équitation. La caricature − particulièrement de mauvais goût au moment où le sport français fait face à des affaires de violence sexuelle touchant des enfants − est censée représenter Anne de Sainte Marie, candidate à la présidence de la Fédération française d'équitation. « Je n'ai pas porté plainte », dit-elle, expliquant que sa stratégie est d'ignorer ce type d'attaques.

Cet été, Marie-Christine Cazier, lancée dans la course à la présidence de la Fédération française d'athlétisme, a, elle, poussé la porte du commissariat et déposé plainte. A la suite d'« appels téléphoniques malveillants », précise-t-elle. « On m'a longtemps pris pour une idiote, poursuit l'ancienne sprinteuse, mais je mène une vraie campagne de terrain. »

Dans beaucoup d'institutions, règne un climat nauséabond. La perspective des Jeux olympiques de 2024, à Paris, n'est sans doute pas étrangère à cette tension, beaucoup de dirigeants rêvant d'être dans les tribunes pour ce qui sera l'événement sportif du siècle en France. « On est parfois loin des valeurs prônées par le judo, estime Stéphane Nomis, candidat à la présidence de la fédération face à Jean-Luc Rougé. Dans certains comités que je visite, les gens refusent d'être pris en photo avec moi par peur des représailles. »

«On court à la catastrophe»

Emilie Andéol souhaitait se présenter en Gironde sur une liste « pro-Nomis ». Sa candidature, hors délais selon la fédération, a été retoquée, malgré la proposition de conciliation du Comité olympique. Ce dernier a encore dû intervenir pour que la fameuse liste girondine soit validée, mais sans la championne olympique. « La vie démocratique n'est garantie et n'a de sens que dans le respect des règles », cingle la fédération.

Un peu partout, les coups sont échangés. Côté handball, trois listes s'opposent, notamment celles du DTN Philippe Bana et d'Olivier Giraud, ex-capitaine des Bleus. Là encore, on pointe les règlements. Une note circule, tentant à démontrer que Bana, de par son statut d'agent d'Etat, ne serait pas autorisé à se présenter à la présidence d'une fédération où il exerce des fonctions. Qu'importe le futur vainqueur, la bataille risque de laisser des traces, d'autant que plusieurs ex-internationaux ont pris parti pour l'une des listes.

Ambiance, aussi, au rugby, où les couteaux sont sortis depuis longtemps déjà. « Si Bernard Laporte manage France 2023 (NDLR : en référence à la prochaine Coupe du monde organisée sur le sol français) comme il le fait depuis quatre ans avec la FFR, on court à la catastrophe », tacle son opposant Florian Grill. En face, Bernard Laporte attaque un à un les soutiens de Grill (notamment Serge Blanco et Jean-Claude Skrela).

«C'est comme une campagne politique»

Gilles Moretton a, lui, baptisé sa liste « ensemble pour un autre tennis. » Une formule qui en dit long sur ce que pense l'ex-tennisman du président actuel, Bernard Giudicelli : « On est dans l'entre-soi et c'est très compliqué de mettre un coup de pied dans la fourmilière. Il y aura des trahisons, des gens achetés à la dernière minute, mais j'ai confiance. »

Le « coup de pied dans la fourmilière », ils sont nombreux à vouloir le donner. « J'ai beaucoup de respect pour ce que Serge Lecomte a fait, mais, aujourd'hui, les centres équestres sont en attente de projets », estime Anne de Sainte Marie. Alors que Florian Grill, en rugby, a fait la « tournée d'été des barbecues », la jeune femme de 36 ans a organisé 110 réunions, et mis en place une campagne de crowdfunding pour les financer. « Une campagne pour la présidence d'une fédération, c'est comme une campagne politique, note-t-elle. Je me suis donné les moyens d'informer les clubs. » Pour la plupart des nouveaux candidats, « il faut occuper le terrain », mais « la prime au sortant est certaine ».

Les soutiens de Grill dénoncent ainsi le fait que le train France 2023 qui « comme par hasard, fait actuellement la promotion de la Coupe du monde en France, un événement qui a lieu dans trois ans, permet aussi de faire la publicité de Laporte ». Ils rappellent aussi que leur candidat n'a pas eu accès au listing des clubs, utile pour faire connaître ses idées. L'équipe sortante aurait aussi l'avantage de choisir la date de l'élection (prévue le 3 octobre), la période de campagne.

Certains présidents briguent un 4e ou un 5e mandat

La réforme de la gouvernance, annoncée depuis des lustres, n'a toujours pas été opérée. Certains présidents briguent un quatrième ou un cinquième mandat et connaissent tous les rouages. Et le mode de scrutin (souvent un système de grands électeurs) tend à verrouiller le système.

« Les présidents en place se lancent le plus tard possible, mais profitent de leurs déplacements lors des assemblées générales des comités (NDLR : où se jouent déjà une partie des élections fédérales), aux frais des fédérations, pour faire campagne, ils distribuent les postes avant même d'expliquer leurs idées », dénonce un postulant.

« On m'a dit que j'étais trop jeune pour me lancer », rit Yohan Penel, candidat au badminton et âgé de 36 ans (NDLR : la moyenne d'âge actuelle des présidents de fédérations olympiques est de 65 ans). « On a une démarche collaborative puisqu'on bâtit le programme et la liste au gré des idées et des profils qui émergent, conclut-il. Il faut faire émerger des nouvelles personnes, casser les codes. Pour le bien du sport. »

«Quelle image sommes-nous en train de montrer ?»

Candidate à sa propre succession à la tête de la Fédération d'escrime, Isabelle Lamour s'agace de son côté des tensions qui règnent pendant la campagne. « Je suis entrée tardivement en campagne, car j'ai estimé que ça aurait été indécent en période de Covid, au moment où les clubs attendent surtout de l'aide. Je parle liste et programme via, notamment, des Facebook Live, adaptés aux conditions sanitaires », explique-t-elle.

« J'ai en face un candidat (NDLR : Bruno Gares, ancien maître d'armes) qui tourne, qui appelle depuis deux ans. C'est légitime de parler programme, mais cette élection prend une mauvaise tournure, juge-t-elle. Je suis candidate par plaisir, mais je suis attaquée sur différents domaines, ce qui m'oblige à me justifier. Non, je ne serai pas candidate au comité olympique. Non, je n'ai pas de voiture de fonction. Non, je n'ai pas d'indemnités cachées. » « A un moment, ça suffit. Mais quelle image sommes-nous en train de montrer du sport alors que les clubs reprennent dans des conditions difficiles ? ajoute Isabelle Lamour. On n'élit pas le président de la République, il faut relativiser les choses ! Ce sont des projets que les licenciés attendent. »