Escrime : dans les coulisses de l’équipe de France de fleuret, privée de compétition depuis un an

En attendant la confirmation de la seule épreuve qualificative pour les Jeux de Tokyo, sans doute fin mars à Doha, les Bleus restent appliqués.

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 «On a tous ce besoin viscéral de compétition», nous confie Maxime Pauty, ici avec ses coéquipiers de l’équipe de France.
«On a tous ce besoin viscéral de compétition», nous confie Maxime Pauty, ici avec ses coéquipiers de l’équipe de France. LP/Christophe Lacaze-Eslous

Il aurait bien aimé enfiler sa combinaison tricolore, mais un ulcère à l'œil gauche l'a rendu à moitié aveugle depuis déjà quatre jours. Maxime Pauty est désolé, mais il a pourtant honoré son rendez-vous à l'Insep ce lundi, afin de raconter ce que le fleurettiste de l'équipe de France vit au quotidien avec ses coéquipiers.

Comme ces derniers, l'athlète de 27 ans n'a pas officiellement tiré depuis… le 23 février 2020. Un véritable calvaire pour ce compétiteur-né, qui prend son mal en patience. Et il va en avoir besoin, la date et le lieu de la seule épreuve qualificative pour les Jeux de Tokyo n'étant toujours pas connus. Initialement prévue à Budapest, elle devrait selon toute vraisemblance se dérouler à Doha à la fin mars.

Les fleurettistes masculins du groupe France à l’entraînement./LP/Christophe Lacaze-Eslous
Les fleurettistes masculins du groupe France à l’entraînement./LP/Christophe Lacaze-Eslous  

« La FIE (NDLR : fédération internationale) a assuré qu'elle aurait lieu, se persuade le vice-champion d'Europe 2019 en individuel. C'est indispensable car même si notre équipe est déjà qualifiée, on ne sait pas encore qui ira là-bas. On a tous ce besoin viscéral de compétition. Gagner des titres, satisfaire mes proches, c'est ce qui me transporte. Je suis l'un des seuls qui a un lâcher-prise plus important en compétition qu'à l'entraînement. Ce n'est pas la peur de la défaite qui m'anime, mais le plaisir de la victoire. »

En mars dernier, le Grand Prix d'Anaheim, dans la banlieue de Los Angeles, avait été annulé à cause du virus, tandis que tous les escrimeurs étaient déjà présents. Trois jours plus tard, la France emboîtait le pas de ses voisins et se confinait. « On a tous appris à anticiper chaque report qui tombe depuis le premier déconfinement, explique Maxime Pauty. Depuis Anaheim, je me dis que tout peut arriver. Je ne me fixe plus d'objectif de date. »

«On est tous ensemble dans ce bourbier»

« Quand on regarde l'évolution des courbes de la maladie, on se dit que c'est très compliqué, estime le Melunais Wallerand Roger, 22 ans, qui toque à la porte des grands. Personnellement, cette année est passée vite. J'ai fait des choses qui m'auraient pris plus de temps, comme passer mon permis de conduire. J'ai aussi plus recherché le plaisir de l'entraînement. L'ambiance est meilleure dans le groupe. On est tous ensemble dans ce bourbier. »

«L’ambiance est meilleure dans le groupe», juge Wallerand Roger./LP/Christophe Lacaze-Eslous
«L’ambiance est meilleure dans le groupe», juge Wallerand Roger./LP/Christophe Lacaze-Eslous  

Du positif. Julien Mertine, 32 ans, garde lui aussi le moral : « C'était très dur avant l'été dernier, explique le sociétaire de Rueil. Nous ne savions rien et nous ne pouvions rien faire. Heureusement, nous avons la chance de pouvoir nous entraîner et d'être un groupe de 12 sportifs de haut niveau. A part l'Italie, je crois que la France est la seule nation à avoir cette chance. Et chacun a progressé et reste motivé grâce à nos entraîneurs. »

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Ce lundi, ils sont huit pour une séance de duels. Enzo Lefort, le champion du monde en titre, est resté à la maison en septaine. Maxime Pauty, lui, passe entre les mains du kiné : « Je reste très concentré sur ma tâche quotidienne. Grâce à mon club d'Issy et à l'Armée des Champions (NDLR : où il est gendarme), j'ai la chance de pouvoir mettre de la nourriture dans le frigo. La situation nous apprend à rester dans le présent et à être le plus appliqué possible. Avec le Covid, j'ai pris conscience de l'essentiel. J'ai l'impression d'avoir évolué en tant qu'individu. »