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Didier Dinart : «Claude Onesta doit savoir que ses propos sont douteux et irrespectueux»

L’ancien défenseur et sélectionneur s’explique en exclusivité sur la polémique qui l’oppose à son prédécesseur, qui l’avait qualifié d’esclave dans une dédicace accompagnant la sortie de son livre il y a six ans.

 Didier Dinart (à gauche) et Claude Onesta ont longtemps été réunis à la tête de l’équipe de France de handball.
Didier Dinart (à gauche) et Claude Onesta ont longtemps été réunis à la tête de l’équipe de France de handball. Icon Sport/Fred Porcu

« A Didier, l'esclave qui a le plus profité de sa libération… en espérant qu'il ne remette pas les chaînes à ses joueurs. Amitiés Claude. » En 2014, c'est en ces termes que Claude Onesta avait dédicacé son livre, « Le règne des affranchis », à Didier Dinart. Six ans après avoir été écrits, les mots de l'un des coachs les plus titrés de l'histoire sont apparus dans les médias accompagnés d'une polémique sur sa façon de comparer son successeur guadeloupéen à un « esclave ».

« Je ne regrette rien, cela n'engage que lui et moi », a expliqué Onesta, réfutant les accusations de racisme et précisant que « si, à l'époque, ça l'avait affecté, il (NDLR : Dinart) aurait pu m'en parler, j'en aurais été sûrement désolé et je lui aurais dit. » Jusque-là, Didier Dinart, lui, s'était tu. Celui qui a été démis de ses fonctions d'entraîneur de l'équipe de France en janvier dernier, a finalement accepté d'évoquer cette controverse, lors d'un entretien réalisé par écrit et sous le contrôle d'un avocat.

Comment cette dédicace s'est-elle soudainement retrouvée dans les médias antillais et espagnols ? En êtes-vous à l'origine ?

DIDIER DINART. Beaucoup de gens savaient qu'elle existait et c'est l'un des éléments qui figurent dans mon dossier personnel, envoyé au président de la Fédération fin mai 2020.

Pourquoi vous en offusquer aujourd'hui et ne pas l'avoir dénoncée il y a six ans ?

Jusqu'à aujourd'hui, je n'en avais jamais parlé publiquement. Je me devais d'être dans mon rôle, de prioriser le collectif, c'est pourquoi je n'ai pas porté ce sujet au cœur du débat public à l'époque. Sinon, dans ma position, cela m'aurait été reproché. Que ce soit maintenant ou il y a six ans, les mots sont écrits et la pensée perdure. Claude Onesta doit savoir que ses propos sont douteux et irrespectueux.

Votre silence n'était-il pas dû au fait que vous briguiez le poste de sélectionneur ?

Comme je vous l'ai expliqué, c'est d'abord dans l'intérêt du collectif que je n'ai rien dit. Je n'ai jamais caché mes ambitions de devenir sélectionneur, même à l'époque. Mais, sincèrement, si j'avais parlé à l'époque, je prenais directement un carton rouge.

Comment aviez-vous accueilli cette dédicace il y a six ans ?

A votre avis ? Mettez-vous à ma place, je suis noir ! J'ai succédé à Claude Onesta à la tête de l'équipe de France, mais ce n'est pas de son seul fait, j'espère avoir mérité cette fonction de par mon passé de joueur d'une part, d'entraîneur-adjoint d'autre part et enfin par ma formation d'entraîneur. Cela n'a pas été facile pour lui de me lâcher « les rênes », comme il l'écrit de sa belle plume dans sa dédicace, même si les mots utilisés n'auraient pas dû être ceux-là… Ces mots m'ont blessé, ainsi que ma mère, et ont choqué mon entourage. Quand on ose écrire ça et qu'on l'assume encore publiquement aujourd'hui…

Cette histoire a tout l'air d'un règlement de compte…

C'est bien trop facile de voir ça ainsi. Qui règle ses comptes avec qui ? Quand Claude Onesta a encouragé mon éviction en janvier, lui avez-vous posé cette question ? Il ne faut pas masquer le vrai sujet qui est celui de l'écrit douteux réalisé par Claude Onesta à mon égard. Certains voudraient faire mon procès de la sortie publique de cette dédicace, oubliant son auteur.

N'est-ce pas étrange qu'elle sorte au moment des élections où vous soutenez Olivier Girault face à Philippe Bana, DTN à l'origine de votre éviction de l'équipe de France ?

Peu importe que ce soit une période pré-électorale… Claude Onesta ne se présente pas aux élections. Mais si ça apporte au débat démocratique, c'est tant mieux.

La ministre des Sports a dit qu'elle allait vous recevoir. Qu'attendez-vous de cet entretien ?

L'entretien téléphonique avec la ministre a été bref, nous avons convenu de nous rencontrer pour que je lui explique les choses, et nous reviendrons sur cette dédicace bien sûr. J'ai rencontré son directeur de cabinet il y a un mois, sur d'autres sujets aussi sensibles… Entre-temps, j'ai été contacté et reçu par le Crefom (Conseil Représentatif des Français d'Outre-Mer) et je l'en remercie.

De quels autres sujets sensibles voulez-vous parler ?

L'autre sujet sensible, ce sont les conditions de mon départ de la Fédération en janvier dernier. Je ne vais pas m'étendre là-dessus, il ne faut pas tout mélanger.

Attendez-vous une réaction de la Fédération française de handball ?

J'ai pu lire celle du président dans L'Equipe la semaine dernière. Vu comment les choses se sont passées en janvier, je n'attends pas vraiment qu'elle réagisse, d'autant que la période électorale n'arrange pas les choses.

Envisagez-vous de donner des suites judiciaires à cette affaire ?

C'est une injure à caractère racial, mais, de mon côté, toute action est prescrite. En revanche, aujourd'hui, je me place sur un terrain moral.

Croyez-vous franchement Claude Onesta raciste ?

Il appartient à chacun de se faire une opinion, mais je trouve ses propos douteux… Peut-on prendre les individus en les désignant par une identité et faire référence à un passé tragique ? Ces mots sont inexcusables et indéfendables d'autant plus qu'il les assume publiquement. Nous devons laisser les mémoires tranquilles. On ne peut pas renvoyer constamment les gens à leur identité religieuse, ethnique ou culturelle. On ne peut pas tout se permettre sous prétexte qu'on a gagné beaucoup de médailles. Nous avons tous vu, entendu, vécu des choses racistes dans le sport ou la société. C'est l'ensemble de la société qui doit combattre ce fléau. La diversité et la mixité sont la richesse, la force et l'ADN du sport et de la société française.