Tour de France : Pogacar-Roglic, ça rappelle Lemond-Fignon en 1989

Le duel des Slovènes a tourné ce samedi à l’avantage de Pogacar, qui a renversé le maillot Roglic dans le chrono de la planche des Belles-Filles. Un incroyable dénouement qui rappelle la « défaite », pour 8 secondes, du Français sur l’Américain Greg Lemond il y a 31 ans.

 Laurent Fignon et Greg Lemond sur le Tour en 1989, lors de la montée de l’Alpe d’Huez.
Laurent Fignon et Greg Lemond sur le Tour en 1989, lors de la montée de l’Alpe d’Huez.  Icon Sport/Collection Bancet

L'incroyable victoire de Tadej Pogacar ce samedi à la Planche des Belles Filles n'est pas sans rappeler un autre incroyable retournement dans l'histoire du Tour de France. Et les 59 secondes d'avance entre le jeune Slovène et son compatriote Primoz Roglic n'effaceront pas les fameuses huit secondes, perdues ce fameux 23 juillet 1989 par Laurent Fignon sur l'Américain Greg Lemond.

Avant de s'élancer de Versailles pour la dernière étape, le Parisien est dans les cœurs français le digne successeur de Bernard Hinault. Le coureur de l'équipe Renault a déjà remporté les Tours 1983 et 1984, et rien ne peut l'empêcher de faire le triplé. Greg Lemond, gueule d'ange et presque aussi aimé que son adversaire, a 50 secondes de retard. Impossible donc à rattraper sur les 24,5 kilomètres du chrono. L'impossible va pourtant se réaliser.

L'objectif pour Laurent Fignon est simple : ne pas perdre plus de deux secondes au kilomètre. C'est pourtant ce qui arrive dès le premier ! Mauvais signe… L'Américain, qui a opté pour un vélo révolutionnaire avec un guidon de triathlète, ne se pose pas de question. Il file comme une fusée Apollo vers son destin et grappille seconde par seconde. À 3 kilomètres de l'arrivée, Fignon, qui souffre d'une blessure à l'entrejambe, n'en possède plus… qu'une. Son long sprint sur les pavés de la plus célèbre avenue du monde est digne d'un drame cinématographique en mondiovision.

«C'est incroyable, un des meilleurs Tours que j'ai vu !»

La voix de Patrick Chêne, narrateur en direct de l'étape de légende, résonne encore chez les supporters de Laurent Fignon. « Ce sont les secondes les plus importantes de l'histoire du Tour de France », devine déjà, malgré l'émotion, le commentateur d'Antenne 2. Pour Fignon, ces 8 secondes symbolisent le néant, la cruauté de la défaite impossible à admettre.

Les Champs-Elysées résonnent à la gloire de Lemond, qui remportera la Grande Boucle l'année suivante avec 2 minutes et 16 secondes d'avance sur l'Italien Chiappucci. Fignon, lui, partira dans une équipe italienne et mettra un terme à sa carrière en 1993, à 33 ans.

« Maintenant je comprends pourquoi tout le monde était excité de voir cette course. Là c'est incroyable, un des meilleurs Tours que j'ai vu ! a confié Greg Lemond ce samedi. Et Pogacar, quel talent, très, très grand talent ! Il faut avoir un chrono comme ça au moins tous les cinq ans, c'est incroyable. Je ne pensais pas qu'il pouvait reprendre 57'' (sur Primoz Roglic). Je pense que Roglic a paniqué, on a vu dans la montée qu'à un moment les jambes ne tournaient plus. »