Tour de France : «Ocana à Orcières, c’était le fantasme total», se souvient Madiot

A Orcières-Merlette, où se pose la 4e étape du Tour, Marc Madiot va songer à son idole absolue, l’Espagnol Luis Ocana, auteur d’un exploit monumental en 1971.

 Le 8 juillet 1971, Luis Ocana distance Eddy Merckx de près de neuf minutes à Orcières- Merlette.
Le 8 juillet 1971, Luis Ocana distance Eddy Merckx de près de neuf minutes à Orcières- Merlette.  PRESSE SPORTS

Il y a quarante-neuf ans, le Tour s'était déjà posé à Orcières- Merlette. Ce 8 juillet 1971, l'Espagnol Luis Ocana réalise un des exploits les plus ahurissants du Tour en distançant l'ogre Eddy Merckx de près de neuf minutes. La Grande Boucle lui semble alors promise.

Mais quatre jours plus tard, une terrible chute dans la descente du col de Menté brise ses rêves et son corps. Depuis cette époque, le jeune Marc Madiot, alors âgé de douze ans, décide de vouer un culte à l'Espagnol. Devenu le patron de Thibaut Pinot, il ressent toujours une émotion particulière quand on évoque Ocana et Orcières-Merlette.

Pourquoi idolâtrer autant Luis Ocana ?

MARC MADIOT. C'était une évidence de l'aimer. Quand j'étais gamin, je trouvais que Luis Ocana, c'était un nom qui sonne. Et il avait un beau maillot Bic orange et blanc qui me faisait rêver. C'est pour cela que je tiens à ce que notre maillot soit beau. Je repense au gosse que j'étais et je veux que ceux d'aujourd'hui puissent rêver en regardant nos tenues. A cette époque, Eddy Merckx gagnait tout. Si vous saviez combien je l'ai haï Merckx. Un jour, je lui ai dit, après une soirée un peu arrosée : « Eddy, tu es la personne que j'ai la plus détestée au monde (rires) ! Moi, j'étais pro-Ocana. » Mais depuis, on s'entend super bien.

Que retenez-vous de l'étape d'Orcières-Merlette ?

Ocana à Orcières, c'était le fantasme total. Je n'ai jamais vu Ocana en course sur un vélo et j'ai tout imaginé. J'ai vu Thévenet, Guimard, Merckx ou Poulidor. Mais lui jamais. L'étape d'Orcières, j'avais douze ans et je l'ai suivi à la radio en écoutant les flashs de Jean-Paul Brouchon et Fernand Choisel. Le soir, j'étais persuadé qu'il allait gagner le Tour. Savez-vous quand j'ai vu les images d'Orcières pour la première fois ? Pendant le confinement cette année ! Et en fait, elles ressemblaient à celles que j'avais dans la tête. C'était surréaliste.

Quand l'avez-vous croisé pour la première fois ?

Sur des courses où j'étais aligné mais je n'osais pas l'approcher. Il m'impressionnait tant. La vraie rencontre, c'est après ma seconde victoire sur Paris-Roubaix en 1991. Mon club de supporters m'avait fait la surprise de le faire venir chez moi à Renazé. C'était juste vingt après ce Tour 71. J'étais très ému. C'est un des plus grands souvenirs de ma vie.

Moins que vos succès sur Paris-Roubaix quand même ?

Non. Bien plus ! Cela résume tout. Imaginez que votre idole de jeunesse vienne chez vous pour vous honorer. Quelle force ! Il y a votre victoire mais aussi le souvenir de votre enfance qui vient faire le trait d'union. 71, je rêvais, 91 je gagnais et les deux fois, Ocana était avec moi. Et le plus important, c'est que l'homme était à la hauteur du champion.

Comment avez-vous vécu son suicide, trois ans près, le 19 mai 1994 ?

(Silence) Quand on connaît le mec et son discours, je ne dis pas que cela devait fatalement se finir ainsi mais il était hors-norme. Et il l'est resté jusqu'au bout.

« Luis », c'est d'ailleurs le quatrième prénom de votre fils Mathis ?

Je ne l'avais pas dit à ma femme. On s'était mis d'accord sur trois prénoms. Et au moment de la déclaration à l'Etat civil, j'ai rajouté Luis. Quand ma femme m'a demandé ce que ça signifiait, je lui ai dit : Ben, c'est Ocana ! En fait, je voulais que toute cette histoire soit écrite quelque part.