Tour de France : la nouvelle dimension de Guillaume Martin

Meilleur français au classement, le grimpeur de Cofidis figure sur le podium du Tour à la sortie des Pyrénées. A 27 ans, il impressionne autant par ses performances que par son profil atypique.

 Guillaume Martin (Cofidis), ici lors de la 8e étape, pointe désormais à 28 secondes du nouveau maillot jaune, Primoz Roglic.
Guillaume Martin (Cofidis), ici lors de la 8e étape, pointe désormais à 28 secondes du nouveau maillot jaune, Primoz Roglic. Icon Sport/David Stockman

Guillaume Martin n'a pas la tête dans les nuages, mais le regard braqué vers les sommets. Il grimpe. Il avance, suivant le cours d'une trajectoire mûrement réfléchie. Troisième du Tour, à une poignée de secondes de Primoz Roglic et Egan Bernal au terme de la première semaine, après les Pyrénées… Qui l'aurait imaginé? Comme ce dimanche à Laruns où il a terminé sur les talons des grands favoris de la compétition, le leader de Cofidis s'agrippe au temps qui file devant lui, dans le sillage de roues qui tentent de se faire la belle.

« Je ne suis pas prétentieux, je ne me bats pas pour gagner le Tour, pas encore en tout cas, lance-t-il une fois la ligne franchie, la voix calme et assurée de celui qui se connaît bien. Terminer 10-11 secondes derrière des coureurs de cette classe-là, c'est une référence. Il ne me manque pas grand-chose en haut de Marie-Blanque pour basculer avec les meilleurs. J'étais avec Quintana, Porte, Mollema, il n'y a rien de honteux à être à ce niveau-là. »

«Il est capable de faire un Top 5 sur le Tour»

Il est d'ailleurs, à 27 ans, le meilleur tricolore de la bande, devant Bardet, Pinot ou Alaphilippe. Un champion en puissance qui suit une progression linéaire sur la Grande Boucle (23e en 2017, 21e en 2018, 12e en 2019, et il a également fini 3e du Dauphiné cette année). « Il est capable de faire un Top 5 sur le Tour », avançait son manager, Cédric Vasseur, en le recrutant à l'intersaison.

« J'ai rejoint Cofidis pour franchir un cap, ajoutait Guillaume Martin qui venait de passer quatre saisons dans la formation belge Wanty Gobert, mais aussi parce que c'est une équipe internationale. J'aime découvrir d'autres façons de voir. » Voilà son leitmotiv. Le jeune homme s'est construit comme ça, les yeux grands ouverts sur le monde, qu'il soit extérieur ou intérieur. Sous une apparence presque chétive (1,73 m, 55 kg), il a développé une force qui semble aujourd'hui inaltérable.

Guillaume Martin, ici dans son domaine de l’Orne en 2018, reste attaché à ses racines normandes. LP
Guillaume Martin, ici dans son domaine de l’Orne en 2018, reste attaché à ses racines normandes. LP  

Elève brillant, titulaire d'un master de philosophie, il a consacré son mémoire à Nietzsche, jonglé avec Platon et les philosophes grecs au point d'écrire sur eux une pièce de théâtre et un roman. « Contrairement à une idée reçue, je ne suis pas le seul à lire dans le peloton, indique-t-il. C'est un milieu qui est certainement plus ouvert que beaucoup de cercles intellectuels. »

Guillaume Martin s'exprime avec facilité et ses paroles sont rarement convenues. S'il s'évade, s'il voyage sans cesse, d'une course à l'autre, d'un stage à l'autre, le cycliste encyclopédique n'en reste pas moins un terrien enraciné en Normandie, où il a grandi. Il y rejoint ses parents dès qu'il le peut au domaine de La Boderie, douze hectares à quelques kilomètres de Flers dans l'Orne. « J'ai passé le confinement là-bas, raconte-t-il. J'ai eu un avant-goût de mon après-carrière. Et j'ai apprécié cette période. A tous points de vue. J'ai eu du temps avec ma compagne, Emilie, avec ma famille. Je me suis impliqué dans mon projet de rénovation de gîtes et du développement du site. »

«Je me sens plus frais que les autres»

Un temps d'arrêt. Une pause qui explique aussi la nouvelle dimension prise sur ce Tour de France. « J'ai beaucoup moins de jours de compétition que les autres années, précise-t-il. Je me sens plus frais. » Intéressant en perspective d'une dernière semaine montagneuse décisive dans les Alpes… Jusqu'où ira-t-il ? « Un intellectuel assis va moins loin qu'un con qui marche », écrivait le dialoguiste Michel Audiard. Un intellectuel à vélo, ça peut aller loin aussi.