Tour de France : «Gagner sur les Champs, c’est le Graal du sprinter», rêve Bryan Coquard

Le sprinteur français est la plus grosse chance française lors du sprint des Champs-Élysées. Il raconte comment il a souffert pour arriver à disputer sa chance ce dimanche.

 « Humainement, il y a eu des choses énormes sur ce Tour que le grand public n’a pas forcément vu » confie Bryan Coquard.
« Humainement, il y a eu des choses énormes sur ce Tour que le grand public n’a pas forcément vu » confie Bryan Coquard. Reuters/Stéphane Mahe

Le sprinter et leader de l'équipe B&B Hôtels - Vital Concept, invitée sur le Tour, était frustré de ne plus le disputer depuis quatre ans. Bryan Coquard, 28 ans, estime que sa formation a validé sa sélection par son abnégation. Et lui, qui rêve de s'imposer sur les Champs-Élysées ce dimanche, a découvert des vertus de courage et de sacrifice qu'il n'imaginait pas.

Comment définiriez-vous votre Tour de France ?

BRYAN COQUARD. C'est tout simplement le plus dur que j'ai jamais disputé. C'est là où je suis allé le plus loin dans la douleur. Cela n'a pas été que le Tour de la souffrance mais il y en a eu. Au début, cela allait, puis j'ai eu cette malheureuse chute à l'île d'Oléron (10e étape) où j'ai été blessé au genou. Mais la douleur, ça fait aussi la beauté du Tour.

Le Tour est-il une course qui ne s'abandonne pas facilement ?

Oui. Et n'oubliez pas que je ne l'avais plus disputé depuis 2016. Depuis, j'étais frustré et déçu. Alors, je n'allais pas lâcher comme cela. On a eu la chance de recevoir une invitation et je me devais d'aller au bout de moi-même pour l'honorer. Terminer la plus grande course du monde, c'est déjà une fierté.

L'abandon de votre équipier, Jens Debusschere, arrivé hors délai au col de la Loze après avoir tout fait pour vous aider, a marqué les esprits…

Humainement, il y a eu des choses énormes sur ce Tour que le grand public n'a pas forcément vues. Des courses invisibles. Au Grand Colombier, Jens et Kevin Reza m'ont attendu pour m'éviter d'arriver hors délai. On y est arrivés de justesse après une galère de 50 bornes. Et au col de la Loze, Jens, qui grimpe mieux que moi, a pris seul la décision de se sacrifier pour moi. En m'aidant, il laissait ses forces pour finir. Quand j'ai vu ça, j'étais obligé de tout donner pour arriver dans les délais. Je devais rester en vie pour justifier son sacrifice.

Là, on est davantage dans une histoire d'hommes que de sport…

Oui, car l'égoïsme humain aurait pu le pousser à rester planqué dans le Gruppetto au lieu de décrocher. Je suis en dette vis-à-vis de lui. Après avoir soigné mon genou, je suis décidé à pousser ma saison, notamment sur Paris-Roubaix où je n'ai rien à gagner mais où je voudrais me mettre au service de Jens. Il y a quelque chose de fort désormais entre nous.

Que représente une arrivée aux Champs-Élysées pour un sprinteur ?

C'est le plus beau sprint du monde. Il n'y a pas de cadre plus prestigieux et c'est le point final de la plus grande course du monde. C'est sa dernière image. Celle qu'on retient. Aux yeux du grand public, c'est le mythe absolu. On ne peut pas trouver plus beau.

Vous avez fini 2e derrière l'Allemand Greipel en 2015. Que vaut un succès sur les Champs-Élysées ?

Gagner sur les Champs, c'est le Graal du sprinter. Évidemment, tous la veulent. Elle fait rêver. Je vais tout faire pour tenter ma chance. Vendredi, je me suis rassuré sur mon genou. Ce dimanche, je pourrai sprinter sans gêne.

B&B Hôtels - Vital Concept n'a pas la meilleure équipe pour emmener un sprint. Comment pourriez-vous tirer votre épingle du jeu ?

Il n'y a pas de secret : les jambes feront les trois quarts du travail sur les Champs. Il y a la fatigue de trois semaines qui ne permet pas les mêmes tactiques collectives qu'en début de Tour. Il faudra être malin. Je ne suis pas le plus grand spécialiste des Champs-Élysées mais j'aurai Kevin (Reza) qui n'est pas mauvais du tout. On sait comment manœuvrer.

Avez-vous eu l'impression que le Tour de votre équipe est réussi ?

Beaucoup de gens nous le disent en tout cas. On a honoré notre part du contrat moral avec l'organisateur. En début de Tour, on m'avait demandé dans quel état d'esprit on voulait arriver à Paris. J'avais fait une réponse super-bateau en disant en ayant tout donné. Mais c'est vraiment la réalité. Bien sûr, on n'a pas remporté d'étape, mais on nous a vus sur tous les terrains en attaquant à chaque fois pour vraiment tenter quelque chose. Il y a eu du cœur dans notre équipe. Ce n'était pas évident, au début, de rivaliser avec les meilleures équipes du monde. Mais, et on l'a répété dans notre bus, on n'a vraiment pas à rougir de notre bilan. Et il reste encore Paris (sourire) !