Tour de France : faut-il croire en Tadej Pogacar ?

L’histoire du Slovène, vainqueur du Tour de France pour sa première participation à 21 ans, semble belle. Mais depuis samedi, beaucoup émettent des doutes autour de ses performances.

 Le succès de Tadej Pogacar sur les pentes de la Planche des Belles Filles a fait l’objet de plusieurs interrogations au sein du peloton.
Le succès de Tadej Pogacar sur les pentes de la Planche des Belles Filles a fait l’objet de plusieurs interrogations au sein du peloton. REUTERS/Christophe Ena

Ce Tour de France pas comme les autres s'achève dans un climat de suspicion. Alors qu' une enquête préliminaire a été ouverte ce lundi visant des membres de la formation d'Arkéa-Samsic, la victoire de Tadej Pogacar suscite de nombreuses interrogations.

Une performance «extraordinaire» sur le chrono

Le coup de force du jeune Slovène sur le chrono de la Planche des Belles Filles en a laissé beaucoup dubitatifs. A commencer par son dauphin à l'arrivée, Tom Dumoulin. « Mes données étaient similaires à celles de mon titre de champion du monde, explique le coéquipier de Roglic chez Jumbo. C'est pourquoi j'ai été d'autant plus surpris que Pogacar soit 1'21'' plus rapide. Je ne ferai jamais ça. Je peux toujours gagner 1 % quelque part mais pas 5 %. »

Sous couvert d'anonymat, cet autre coureur du peloton s'interroge également : « Ce n'est pas qu'il batte Dumoulin qui m'étonne le plus, mais qu'il explose Carapaz sur la seule montée de la Planche alors que l'Equatorien ne jouait que les points de la montagne et n'avait pas puisé dans ses forces avant l'ascension. »

Directeur de la performance chez Groupama-FDJ, Frédéric Grappe a analysé les données du contre-la-montre. « Ce qu'a déclaré Dumoulin est très important, estime Grappe. Ça signifie déjà qu'on ne peut pas s'appuyer sur le fait que les autres étaient fatigués. Sur la portion roulante, Pogacar roule aussi vite que Dumoulin. Il ne perd qu'une seconde. Mais il lui reprend 1'22'' dans la montée ! Alors que Dumoulin ne coince pas. Certains disent que Roglic a eu un jour sans. Non, c'est un jour entre 90 et 96 % de son potentiel. Donc Pogacar a fait un truc extraordinaire. »

Souvent très critique, Cyrille Guimard, va cette fois à contre-courant. « Je ne doute pas, sa progression tout au long du contre-la-montre est linéaire. Au pied de la bosse, il savait qu'il jouait le Tour. Cela booste. Arrêtons avec l'histoire de son meilleur temps sur Dumoulin. Lui et Wout Van Aert ont roulé 2 000 bornes en tête depuis le début de la course. Pogacar zéro! En France, il y a ce côté si tu es étranger, tu es chargé. Si tu es Français t'es victime. La vérité, c'est que Pogacar est resté planqué presque tout le Tour. »

Un entourage qui interpelle

Un patron (Mauro Gianetti) et un manager (Joxean Matxin Fernandez) au sein du Team UAE-Emirates qui traînent quelques casseroles dans plusieurs affaires de dopage, un mentor et directeur sportif (Andrej Hauptam) interdit de départ sur le Tour 2000 pour un taux d'hématocrite trop élevé… Dans son entourage, Tadej Pocagar s'appuie sur quelques personnages au passé sulfureux… « Que des personnes comme ça (Gianetti), ou comme d'autres, soient encore dans le cyclisme aujourd'hui, c'est impensable, s'est insurgé Stéphane Heulot dans Ouest-France. On ne pourra jamais changer le système si l'on ne change pas les hommes! »

Romain Feillu, également ancien maillot jaune, est lui aussi monté au créneau. « Je n'ai rien contre Pogacar, j'aimerais croire en lui mais il y a quand même des éléments qui nous donnent le droit d'être sceptiques, estime l'ancien sprinteur. Pogacar, il n'a pas de chance, il vient de Slovénie, le pays au cœur du trafic Aderläss ( NDLR : scandale de dopage ). Et il y a son manager en qui je ne crois pas du tout. » Président du MPCC (Mouvement Pour un Cycliste Crédible) auxquels UAE-Emirates ou Jumbo ne sont pas adhérents, Roger Legeay reconnaît que « douze ans après l'affaire Saunier-Duval (équipe exclue sur le Tour 2008), c'est moyen que Mauro Gianetti en soit là… »

Des pistes pour éviter les suspicions

Frédéric Grappe regrette néanmoins ce climat de suspicion : « Je me mets à la place de Pogacar. Je serais lui, j'aimerais qu'une commission dise : voilà, c'est validé et on n'en parle plus. » Le scientifique propose une méthode : « J'espère que l'UCI, ou une agence, monte un observatoire des performances et qu'à un moment donné on prenne en compte trois données : le suivi longitudinal biologique, la mesure réelle des performances grâce aux capteurs de puissance et des modèles de simulation de la performance. En mêlant les trois, avec les saisons et l'âge du coureur, on pourra enfin aller beaucoup plus loin dans l'analyse. Mais on n'avance pas alors qu'on a tous les outils. Et il y en a marre ! »

Roger Legeay souhaite, lui, « un engagement sérieux des managers pour aller plus loin que ce qu'imposent les règlements. « Dire on fait x contrôles par an et on n'est jamais positifs, ça ne suffit pas, ajoute le patron du MPCC. Quand vous ne le faites pas, il n'y a que le passé qui reste et on vous le relance tout le temps dans la figure. »