Tour de France : Alaphilippe perd... mais gagne sa liberté

Après avoir tenté de s’accrocher pour reconquérir le Maillot jaune, le Français a préféré perdre beaucoup de temps lors de cette première étape pyrénéenne afin de pouvoir dorénavant participer aux échappées.

 L’ex-maillot jaune Julian Alaphilippe, qui s’est ménagé ce samedi, mise désormais sur des victoires d’étapes. Et pourquoi pas dès ce dimanche.
L’ex-maillot jaune Julian Alaphilippe, qui s’est ménagé ce samedi, mise désormais sur des victoires d’étapes. Et pourquoi pas dès ce dimanche. Reuters/Stéphane Mahé

Il a tenté. Même s'il savait que ses chances étaient minces. Accroché aux basques des favoris comme un pou sur un crâne chauve, il a d'abord glissé. Quelques centimètres, puis quelques mètres. Au sommet du Port de Balès, Julian Alaphilippe a semblé un peu juste. Le soleil venait de disparaître derrière une brume inquiétante, son rêve en or prêt à s'évaporer sur des cimes trop hautes pour lui.

On a craint un de ces jours blancs en montagne. Un trou noir pour lui. Le matin même, l'ancien maillot jaune, qu'il a porté trois jours depuis le début du Tour et qu'il a perdu pour un bidon pris trop tard, avait lancé : « Cela va être difficile mais je suis très motivé, on va voir comment sont les jambes. Hier ( NDLR : vendredi ), elles allaient très bien. Tout va dépendre du Port de Balès, qui est très dur. »

Le coureur de Deceuninck - Quick Step, débarrassé de toute pression depuis sa victoire à Nice, dimanche dernier et son retour en fanfare sur une épreuve qui l'avait sacré héros national en 2019 (14 jours en jaune et 2 victoires d'étapes), s'est alors pris pour un cador des tripots, un as du poker. Dès les premières rampes de Peyresourde, dernière difficulté du jour, il a faussé compagnie aux favoris, comme s'il partait reconquérir son tricot.

Le bluff n'a pas duré longtemps. Quelques mètres seulement. Rattrapé par la meute aux dents longues, mentons écrasés sur leur potence qui vissaient, vissaient, pour prendre de l'altitude, le trublion s'est rangé. Garé sur le côté. En panne ? Non. Seulement conscient que ses combats sont désormais d'un autre ordre. Dans le vélo, c'est comme ça, il faut parfois perdre du temps si l'on veut en gagner. Si l'on veut gagner tout court surtout. Trente-huitième à Loudenvielle et désormais à plus de onze minutes du maillot jaune Adam Yates, le voilà libre aujourd'hui. Libre de fleurir cet été finissant de nouveaux bouquets.

A l'attaque du Béarn

Car Alaphilippe a du jus. Il ne s'est pas effondré sur les premiers contreforts pyrénéens, il s'est juste offert un bon bol d'oxygène pour les jours à venir. Dès ce dimanche, entre Pau et Laruns? Le profil semble taillé pour lui. Le col de Marie-Blanque, dont le sommet trône à dix-huit kilomètres du but, est court. Son final, c'est un peu le Mur de Huy - célèbre dernière bosse de la Flèche Wallonne dont il est spécialiste (2 victoires en 2018 et 2019) - en deux fois plus long. Et il n'y a pas meilleur que lui en descente ensuite pour rallier la bourgade béarnaise.

S'il se glisse dans l'échappée, Alaphilippe sera dur à battre. D'ailleurs, son demi-tour après l'arrivée à Loudenvielle, en équilibre sur son vélo, un demi sourire aux lèvres, laisse entrevoir une drôle de lumière derrière la grisaille passagère.