Tour de France 2020 : Covid-19, huis clos... c’est parti pour une drôle d’édition

La Grande Boucle s’élance de Nice ce samedi dans un contexte pesant, où le public est tenu à distance en raison de la propagation du virus. Avec la crainte de ne pas atteindre Paris dans trois semaines.

 La présentation des coureurs qui vont prendre le départ du Tour 2020 s’est faite masquée et face à un public clairsemé.
La présentation des coureurs qui vont prendre le départ du Tour 2020 s’est faite masquée et face à un public clairsemé. LP/Philippe de Poulpiquet

On chuchote, on tend l'oreille. On se dévisage de loin et on s'évite. Le tumulte s'est transformé en murmure. Si bruyant, si flamboyant habituellement, le Tour de France se cache cette année. Ayant quitté sa chaleur habituelle de juillet, il s'ébroue en catimini, masqué sur les bords de la Méditerranée, et s'élance de Nice ce samedi sur la pointe des pieds, laissant seulement l'œil froid des caméras le filmer à distance. Comme s'il ne voulait voir personne. Il joue déjà sa survie alors qu'il n'est pas encore parti.

Le maillot jaune, le vert, le blanc, ce sera pour plus tard. Pour le moment, on ne parle que de rouge. La couleur imposée au département des Alpes-Maritimes alors que le virus y circule activement. « Vivement que l'on parte de Nice », entend-on de-ci, de-là, de l'intérieur de la bulle dans laquelle sont plongés les coureurs.

Sera-t-elle suffisamment résistante? « J'espère que l'on pourra aller jusqu'à Paris, a glissé Egan Bernal, le Colombien d'Ineos, tenant du titre, qui rêve d'un nouveau bouquet final en or sur les Champs-Elysées. C'est important pour le sport en général, pas seulement pour le cyclisme. » « Personne ne peut le savoir, a répondu son manager Dave Brailsford. En tout cas, nous allons faire comme si c'était un Tour normal, on ne changera rien à notre stratégie. »

Un Tour normal? Une course en septembre, des enfants de retour à l'école, des parents au travail, des touristes étrangers restés chez eux… Et des silhouettes éparses au bord des routes , des cols aérés, vidés du long serpent humain, hurlant et coloré, qui les décore d'habitude…

Un Tour normal? Difficile d'y croire. Un Tour unique, oui. Et c'est peut-être là sa force. Si le peloton parvient à s'échapper, file à travers les territoires, absorbe tous les reliefs, du Massif central au Jura, en passant par les Pyrénées et les Alpes, se dore à l'île de Ré et finit par briller dans la capitale, dimanche 20 septembre, alors tous les espoirs sont permis. Même les rêves les plus fous, comme Thibaut Pinot, premier vainqueur tricolore depuis Bernard Hinault en 1985, ou de nouveaux numéros de Julian Alaphilippe. De quoi donner des frissons derrière son poste de télévision.