Le Tour de France : c’est aussi un concentré de technologie

Crise du Covid-19 oblige, l’entreprise japonaise NTT n’a dépêché aucun technicien sur la course mais gère tout à distance. Une vraie performance pour une expérience technologique renouvelée et sans cesse en évolution.

 Poitiers (Vienne), le 9 septembre 2020. Les données collectées par l’entreprise NTT permettent de mieux comprendre la course comme le sprint houleux à Poitiers où Sagan (à l’extrême gauche) a coupé Van Aert (en jaune) dans son élan.
Poitiers (Vienne), le 9 septembre 2020. Les données collectées par l’entreprise NTT permettent de mieux comprendre la course comme le sprint houleux à Poitiers où Sagan (à l’extrême gauche) a coupé Van Aert (en jaune) dans son élan.  REUTERS/Thibault Camus

Le Tour de France est aussi devenu une expérience numérique. Décalée en septembre en raison de la crise sanitaire, la plus grande course cycliste du monde a vu ses suiveurs se réduire au strict minimum à l'instar de l'incontournable caravane publicitaire. Le dispositif technologique ne fait pas exception à cette nouvelle règle et l'entreprise japonaise NTT (ex-Dimension Data) a dû s'adapter. « Nous n'avons plus aucun technicien sur la ligne d'arrivée, nous gérons désormais tout à distance à des milliers de kilomètres de la France avec 50 personnes réparties sur plusieurs continents », indique son vice-président en charge du sport connecté, Peter Gray, qui suivra la course depuis Melbourne en Australie.

Une performance technique et technologique remarquable. D'autant qu'entre 2015, année où les datas se sont invitées pour la première fois sur les écrans de télé de Monsieur et Madame tout le monde et 2020, on a changé d'époque. « En 2015, il s'agissait de donner des informations basiques pour mieux comprendre la course en direct comme la vitesse ou l'écart entre le peloton et un échappé », souligne Peter Gray. Au fil des années, la palette est venue s'enrichir même si l'ambition reste la même, donner des éléments de compréhension sur l'étape.

En 2020, ce sont pas moins de 150 000 données qui sont collectées, transmises et analysées chaque heure. « Il était important pour nous de proposer de nouveaux services car les datas (données) vont être encore plus importantes pour suivre le Tour alors que beaucoup de spectateurs n'ont pas pu se déplacer cette année sur le bord des routes ».

A Poitiers, le vainqueur Ewan allait moins vite que le Van Aert, 3e

Grâce aux datas, le sprint houleux de l'arrivée de la 11e étape à Poitiers prend des allures de partie d'échecs. On remarque, grâce aux relevés fournis, que le vainqueur, l'Australien Caleb Ewan (Lotto-Soudal), n'a pas été le plus rapide et que le Belge Wout Van Aert (Jumbo-Visma) sans le changement de trajectoire de Peter Sagan (Bora) - finalement déclassé pour un coup d' épaule - aurait sans doute fini par coiffer tout le monde.

En cette année 2020, l'innovation numérique touche aussi le race center, ce site Internet dédié qui sert de deuxième écran où sont concentrés données brutes, commentaires sur les réseaux sociaux, analyses… Une carte en 3D permet de suivre en direct l'étape. On peut y choisir les coureurs à suivre et afficher les données souhaitées. « C'est un peu comme si on avait une carte routière de l'étape sous les yeux et qu'on y faisait avancer les coureurs », analyse Peter Gray. Le technicien est persuadé que cette nouvelle manière très digitale de vivre la course attirera un nouveau public. « L'ambition partagée avec ASO est d'avoir encore plus d'engagement sur les réseaux sociaux pour rajeunir le public et en attirer un nouveau vers la discipline traditionnelle qu'est le vélo », assure Gray.

La victoire finale de Bernal pronostiquée

Les outils développés par NTT et basés sur l'intelligence artificielle permettent désormais d'établir des prédictions comme le moment précis où une échappée va être reprise. Mais les pronostics peuvent aller plus loin. La base de données enrichies depuis six ans avec toutes les courses World Tour du calendrier donnent la possibilité de dresser des profils pour chaque coureur avec leur qualité en montagne ou leur puissance en contre-la-montre. La machine alimentée par ces millions d'informations fait elle-même ses pronostics sur la probabilité d'un coureur de remporter d'étape en fonction du profil de la route. « Nos pronostics s'approchent désormais des journalistes experts qui chaque jour participent à un concours en interne organisé par l'organisateur ASO », assure Peter Gray. Et pour la petite histoire, les données ont désigné Egan Bernal, vainqueur sortant, comme maillot jaune potentiel à Paris le 20 septembre.

Un capteur sous la selle
AFP/Anne-Christine Poujoulat

Pour parvenir à collecter les données, un capteur de 70 grammes est fixé sur les rails de la selle comme ici sous celle d’Egan Bernal, le vainqueur de l’édition 2019. Chaque seconde, la position et la vitesse du coureur sont émises. Les informations d’une portée de 5 km sont relayées par les motos, les hélicos et l’avion de l’organisation jusqu’à la ligne d’arrivée où est installé le bus NTT. Les systèmes graphiques de la télévision et les sites web intègrent ensuite ces données.

Mais la technologie peut parfois jouer des tours. Ce mardi à l’arrivée de la dixième étape à l’île de Ré, le transpondeur de la selle du Français Guillaume Martin (Cofidis) a induit tout le monde en erreur. Pris dans une chute, le troisième au classement général avait changé de vélo, l’ancien se trouvant en fait sur le toit de la voiture de son équipe, loin derrière le peloton. En direct à la télévision, l‘information est immédiatement relayée avec un graphique indiquant les dizaines de secondes de retard du cycliste de la Cofidis. Il a fallu que des journalistes à moto indiquent que le coureur avait bien réintégré le peloton pour que la supercherie soit démontée. Son vélo de rechange n’était pas équipé du fameux capteur.