«Je ne mettrais pas ma main au feu que tout le peloton est propre», confie Guillaume Martin

Le grimpeur de Cofidis, meilleur Français du Tour de France (11e), refuse de douter du vainqueur, Tadej Pogacar, mais n’est pas naïf devant certaines pratiques.

 Guillaume Martin, qui pose devant le siège du Parisien - Aujourd’hui en France, ce lundi, a réussi son meilleur Tour de France pour sa quatrième participation.
Guillaume Martin, qui pose devant le siège du Parisien - Aujourd’hui en France, ce lundi, a réussi son meilleur Tour de France pour sa quatrième participation. LP/Jean-Baptiste Quentin

Il est arrivé au siège du Parisien - Aujourd'hui en France, boulevard de Grenelle, en traînant sa lourde valise derrière lui. Moins aérien avec son bagage que sur certaines pentes, le grimpeur de Cofidis, 27 ans, meilleur Français du Tour (11e), n'a pourtant éludé aucune question. Surtout pas celle du dopage.

Quel bilan dressez-vous de votre quatrième Tour de France ?

GUILLAUME MARTIN. Il est plutôt satisfaisant. Je passe tout près du top 10 et d'une victoire d'étape à Orcières-Merlette. Mais, sur la manière, ce Tour marque une vraie progression qui ne se voit pas au classement. J'ai été la moitié du Tour sur le podium, à 9 secondes du Maillot jaune. J'ai attaqué. J'étais un acteur dans un Tour de très haut niveau.

Justement, comment expliquez-vous ce niveau général très haut ?

Je ne peux parler que de mon cas. Le confinement m'a permis de me régénérer. Je l'ai senti dans mon corps et mes valeurs biologiques. Je suis plus frais et j'ai fait deux stages en altitude. Cette fois, on a vu un Tour avec une quinzaine de coureurs dans leur meilleure forme. Regardez l'écart qu'il y a ensuite. Le 16e est à 55 minutes.

Avez-vous aimé ce Tour hors-norme ?

Je ne m'y suis pas ennuyé alors que cela m'est arrivé dans le passé. De l'intérieur, il n'y a pas eu d'étape tranquille. Peut-être que le tempo assommant des Jumbo-Visma n'a pas rendu la course télégénique mais, dans le peloton, on était bien occupé.

Et l'absence de public ?

Je me suis posé des questions à Nice. Il n'y avait personne à la présentation des équipes et, quand je suis arrivé, l'électricité a sauté. C'était le silence total. J'ai cru qu'on était sur une course amateur. Mais, finalement, on a retrouvé parfois des ambiances dignes du Tour. Il y a eu aussi des incohérences. A Lyon, la montée de la Croix-Rousse était noire de monde, trop d'ailleurs. Trois kilomètres après, il n'y avait plus personne. Pareil à Paris où l'on passe de plein de gens à rien. Cela ne voulait rien dire.

Peut-on espérer à l'avenir voir un Français jouer le podium ?

Je ne veux pas être péremptoire. L'an dernier, on était les plus beaux avec Alaphilippe et Pinot. Là, on est les plus nuls du monde. Ma génération a encore de belles années. Et peut-être que la jeune génération arrive au top très tôt et je ne sais pas si elle a une marge de progression. En 2019, on nous a dit que Bernal était parti pour gagner huit tours. Et Pogacar va avoir la pression de confirmer. Ce sera différent pour lui. Et peut-être que le futur vainqueur français est russe si Pavel Sivakov change, comme il l'a laissé entendre, de nationalité.

Comprenez-vous les doutes entourant la performance de Pogacar ?

Tous les ans, le vainqueur du Tour est suspect. C'est le prix du passé trouble. On doit vivre avec. Moi, je ne peux me permettre d'avoir des doutes et me dire : « Je suis 11e mais lui ou lui sont suspects. » Sinon je me décourage. Même si je ne suis pas naïf : je ne mettrais pas ma main au feu que tout le peloton est propre. Après, je vois sur les réseaux sociaux que certains doutent aussi de moi alors que je sais exactement comment je travaille. Je ne peux rien contre les doutes. Si Pogacar est propre, c'est terrible d'être ainsi accusé.

Mais dans son équipe, certains ont un passé sulfureux. N'est-ce pas offrir un angle d'attaque aux détracteurs ?

Je vous rejoins. Un des problèmes de notre sport est qu'une grande partie de ses dirigeants étaient aux manettes dans les moments sombres. C'est gênant pour la crédibilité. Mais, en même temps, la seconde chance existe. On a le droit de changer et de ne pas être condamné à vie.

Pourriez-vous travailler avec de telles personnes ?

Il n'y a pas de réponse éthique toute tranchée. Si je sens la sincérité du repenti, je peux dire oui. Mais c'est une question de ressenti.

Le Tour se remettrait-il d'une nouvelle affaire de dopage ?

Le Tour se remet de tout. Il s'est remis du Covid alors qu'on avait dit qu'il n'aurait pas lieu. Je crois en l'optimisme humain. Même un nouveau sale coup ne l'abattra pas.