Cyclisme : Stéphane Javalet, l’incontournable manager de l’équipe Auber

Le manager de Saint Michel-Auber 93 dirige son équipe professionnelle depuis 1994. Une longévité rare qu’il doit aussi à sa ténacité pour surmonter le manque de moyens financiers. Portrait.

 « Il aime le vélo et les hommes »… Stéphane Javalet est l’un des plus anciens patrons d’une équipe française de cyclisme.
« Il aime le vélo et les hommes »… Stéphane Javalet est l’un des plus anciens patrons d’une équipe française de cyclisme. Thomas Maheux

Dimanche, Stéphane Javalet, à la tête de la structure professionnelle d'Aubervilliers depuis 1994, a entamé sa 28e année dans le peloton lors du GP La Marseillaise. Plus ancien manager d'une équipe française derrière Vincent Lavenu (qui avait créé Chazal en 1992), il a pourtant abordé cette rentrée « avec comme toujours l'excitation d'un écolier ». Originaire de la Manche, ancien coureur amateur et ancien professeur de matières techniques en lycée agricole, il était arrivé comme éducateur à Aubervilliers en 1984.

« À un moment dans l'équipe amateur, je faisais tout, coureur, directeur sportif masseur, mécano », poursuit Javalet, âgé aujourd'hui de 60 ans, qui avait donc eu l'opportunité de se lancer dans l'aventure professionnelle avec son club du CM Aubervilliers. « Ce qu'il a construit est une belle réussite, considère Marc Madiot, le patron de la Groupama-FDJ. Je ne sais pas si j'aurais pu tenir aussi longtemps que lui avec aussi peu de moyens. Il est engagé, toujours volontaire dans le combat. Je suis admiratif, grand respect à lui ! Il a la fibre club, son équipe joue un rôle essentiel. C'est un monsieur indispensable au vélo. »

« Sa force, c'est de ne jamais rien lâcher »

« Tenir aussi longtemps, c'est beau, appuie Thierry Gouvenou, le directeur technique du Tour qui a passé six ans à BigMat. Jaja est d'abord un éducateur, il défend un vrai projet global de formation, de l'école de vélo aux pros. Faire vivre une équipe dans la périphérie parisienne ne semblait pas le lieu le mieux adapté, mais si ça dure, c'est qu'il y a du travail derrière. C'est une belle petite équipe pro qui a toute sa place. »

Avec Aubervilliers, seul ou associé à des sponsors (BigMat, HP-BTP et Saint Michel désormais), il a connu des sommets. Les posters géants dans son bureau de la victoire de Cyril Saugrain lors de la quatrième étape du Tour de France 1996 ou du titre de champion de France de Christophe Capelle en 2000, en attestent. Mais après cinq participations au Tour (1996, 1997, 1998, 1999, 2001), Aubervilliers évolue à un niveau plus modeste depuis 2004, la 3e division professionnelle.

« La seule fois où je l'ai vu découragé, c'est quand BigMat nous a lâchés en 2003, raconte Stéphan Gaudry, directeur sportif à ses côtés depuis plus de 20 ans. Mais sa force, c'est de ne jamais rien lâcher. Son côté un peu rock and roll où la passion passe parfois avant l'organisation ne passe pas forcément avec tout le monde. Mais Auber, c'est lui, c'est sa vie, des années de travail. Il donne le tempo. Il n'a jamais été dans le confort, il n'a jamais eu de partenaires qui ont signé de gros chèques pour être tranquilles plusieurs saisons. Chaque année, il doit aller au charbon pour boucler le budget. »

Un combat contre la mucoviscidose de son fils

Ce père de trois enfants (âgés de 32, 28, 24 ans) tire aussi sa force dans ses épreuves personnelles. À six mois, son plus jeune fils, Ronan est atteint par la mucoviscidose. « C'est une lutte quotidienne, nous expliquait-il. C'est pour cela, que quand les résultats d'Auber ne suivent pas ou que tout va mal au bureau, il est difficile de se plaindre. » Aujourd'hui Ronan, est étudiant en école de kiné et est même venu faire des stages dans l'équipe. Stéphane Javalet est lui toujours très impliqué dans « L'association vaincre la mucoviscidose », pour qui il reverse chaque année, les bénéfices de la traditionnelle « balade des petits gars d'Auber », une cyclo mélangeant pros et supporters de l'équipe, un concept qu'il a été le premier à mettre en place.

Javalet reconnaît « s'être lui-même un peu esquinté la santé avec ce boulot passion, très impactant où (tu) ne t'ennuies jamais ». « Même si ça n'a jamais été facile financièrement, j'ai toujours respecté mes engagements et j'en suis fier », poursuit-il. Ses proches mettent en avant son côté hyperactif. « Il ne peut pas rester cinq minutes sans rien faire, explique sa compagne Marie Spalma. Quand il lit un bouquin, il le termine en trois jours. Il est sans arrêt au téléphone. Le vélo envahit forcément le privé. En 19 ans, je crois qu'on a passé une seule semaine de vacances pendant laquelle il avait mis un message d'absence sur son téléphone. S'arrêter, il ne sait pas faire. »

Son autre passion, c'est la mer. Il possède deux bateaux, l'un dans sa région natale à Créances (Manche), l'autre dans son port d'adoption à Hyères (Var). « On va souvent aux îles Porquerolles, il aime pêcher, plonger. Il aimerait prendre des cours de skysurf mais il n'a pas encore trouvé le temps dans ses milles activités », poursuit sa compagne.

Une PME « qui correspond à mes valeurs »

Dans son équipe, Javalet met en avant la convivialité. : « Vivre l'humain, c'est important dans le sport. Certes, on peut penser que c'est un peu moins glorieux quand on a connu le Tour de France, mais je ne me sens pas frustré de diriger une petite PME à l'échelle humaine qui correspond à mes valeurs. »

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Être un petit qui se bat face aux grands lui permet aussi de « vivre des événements à forte charge émotionnelle » comme le titre de champion de France de Steven Tronet en 2015 alors qu'Auber n'avait plus de sponsor titre.

En 2015, Stéphane Javalet au milieu de ses coureurs fête le titre de champion de France de Steven Tronet.Mathilde L’Azou
En 2015, Stéphane Javalet au milieu de ses coureurs fête le titre de champion de France de Steven Tronet.Mathilde L’Azou  

« Il aime le vélo et les hommes, résume l'ancien maillot jaune, Romain Feillu qui a fini sa carrière à Auber. Il n'est pas attiré comme certains autres managers par ce qui brille et n'est pas prêt à tout pour avoir des performances. Il défend un côté familial, éthique et pour ça, ils se sont bien trouvés avec St Michel. Je ne l'ai jamais vu prendre un spectateur ou en enfant de haut. Il est souvent révolté par le côté dédaigneux de certaines grosses équipes. C'est un homme qui a du cœur, je vis un divorce compliqué et il est toujours là pour me soutenir, alors que j'ai quitté l'équipe depuis plus d'un an. »

Javalet, lui, ne se voit pas lever le pied. « Ce n'est pas fini! Quand j'ai débarqué avec mon équipe en 1994, je ne connaissais rien au milieu pro. J'ai dû apprendre, me renouveler et m'adapter aux évolutions technologiques, aux langages des jeunes. Je ne rêve pas forcément de refaire le Tour de France mais j'ai encore plein de projets comme développer l'équipe féminine. » Tout en enfilant son costume de commercial pour partir, inlassablement, à la recherche de partenaires.