Cyclisme : «Si on se retrouve avec un mercato dans le vélo, on est morts», s’alarme Marc Madiot

Le patron de Thibaut Pinot et Arnaud Démare ne veut pas de l’arrivée d’agents issus du foot dans le vélo. ll pense aussi que son sport sait désormais courir malgré le Covid-19 alors que débute ce mercredi l’Étoile de Bessèges.

AbonnésCet article est réservé aux abonnés.
 Marc Madiot, manager de la formation Groupama-FDJ, le martèle : «Nous savons comment faire du vélo en pleine pandémie.»
Marc Madiot, manager de la formation Groupama-FDJ, le martèle : «Nous savons comment faire du vélo en pleine pandémie.» LP/Matthieu de Martignac

Le patron de l'équipe Groupama-FDJ se veut combatif et serein à l'aube de la nouvelle saison cycliste. Alors que sa formation prend part du 3 au 7 février à l'Etoile de Bessèges, première course à étapes de la saison, il se dit optimiste pour le cyclisme français, mais tire la sonnette d'alarme sur l'arrivée de certaines pratiques issues du football.

Faut-il être inquiet pour le cyclisme en ce début de saison 2021 ?

MARC MADIOT. Je suis à la fois convaincu de notre savoir-faire dans cette pandémie et conscient que nous sommes à la merci d'une dégradation de la situation sanitaire. Nous avons montré en 2020 qu'on savait gérer un bulle sanitaire. Nous n'avons créé aucun cluster. Savez-vous combien nous avons réalisé de test dans l'équipe? Plus de 1800! Nous avons quelques cas positifs, jamais en compétition et on a su gérer les problèmes. Je le répète, mais nous savons comment faire du vélo en pleine pandémie.

Mais le calendrier du début de saison peut-il être chamboulé ?

Tous les organisateurs sont volontaires pour continuer dans le respect de la bulle et du huis clos. Regardez Paris-Nice, le fleuron du début de saison. Il peut repartir sur les modèles de l'an dernier sans aucune difficulté. Je n'ai aucune appréhension sur cela. En juin 2020, nous étions dans le doute. Aujourd'hui, on sait maîtriser. Le message aux pouvoirs publics est simple : faites-nous confiance !

Les équipes françaises ont-elles mieux résisté à la crise que d'autres ?

Oui. Déjà parce que l'Etat nous a aidés avec le chômage partiel, notamment pour les encadrants. Et nous avons pu bâtir un calendrier en seconde partie de saison. L'essentiel a été assuré en 2020. Sans cela, la situation aurait été grave pour certaines équipes.

Le bilan 2020 de Groupama-FDJ est-il en trompe-l'œil si on ne regarde que le Tour de France ?

Newsletter L'essentiel du matin
Un tour de l'actualité pour commencer la journée
Toutes les newsletters

Ben oui. Le coureur qui a le plus gagné l'an dernier, il est chez nous et s'appelle Arnaud Démare (14 succès). Nous comptons 21 succès, ce qui fait de nous la quatrième équipe au classement. Pas mal pour des gens qui n'ont rien gagné (sourire). Après, la chute collective lors de la première étape du Tour a tué notre Tour de France qui n'a pas été à la hauteur de nos ambitions.

En 2021, allez-vous miser autant sur le Tour ?

L'objectif sera d'être compétitif sur les trois grands Tours et sur l'ensemble du calendrier. On ne se focalisera pas sur quelques épreuves ou certains coureurs, mais on aura une démarche plus collective. On ne raisonnera pas en fonction d'un leader, mais de l'équipe.

L'agent de footballeurs, Jorge Mendes, qui gère notamment Cristiano Ronaldo, débarque dans le cyclisme avec deux coureurs portugais. Cela vous gêne-t-il ?

Je ne connais pas ce monsieur, mais je lui souhaite de continuer sa réussite dans le foot. Pas dans notre sport. Les agents du foot ont pour objectif de faire tourner leurs joueurs dans un maximum de clubs pour faire de l'argent. Je ne veux pas me retrouver avec un mec sous contrat pour deux ou trois ans qui, au bout de six mois veut se barrer ailleurs. Si on se retrouve avec un système de mercato dans le vélo, on est morts. Regardez l'état du foot aujourd'hui. Il ne fait pas envie. Cela fait peut-être vieux sportif du XXe siècle, mais j'assume. Non aux méthodes du foot chez nous.

Pourquoi avoir lâché la présidence de la Ligue de cyclisme après douze ans ?

Parce que j'avais fait mon temps et que je voulais me recentrer sur mon équipe. J'aime bien l'idée qu'il y ait de la démocratie et des candidats. Par exemple, c'est bien que Cyrille Guimard se présente à la Fédération. D'ailleurs, deux candidats seulement, ce n'est pas assez. On a besoin d'idées dans une campagne électorale.

Tadej Pogacar s'est fait vacciner contre le Covid par son équipe et pas les Français. Cela vous gêne-t-il ?

Non. Il a eu cette possibilité, tant mieux pour lui. Si chez nous demain, les sportifs sont mis en avant dans une campagne de vaccination, je serai ravi. Mais je ne réclame rien. A titre personnel, j'espère être vacciné le plus vite possible ( NDLR : il a 61 ans ). Le jour où on me dit d'y aller, je tends mon épaule.

La nouvelle génération (Pogacar, Van Aert, Van der Poel), a-t-elle déjà creusé un écart irrémédiable avec ses devancières ?

Regardez l'histoire du vélo. Rien n'est jamais irréversible. La roue tourne vite. On a assisté à une belle envolée de jeunes moineaux mais les vieux rapaces n'ont pas dit leur dernier mot !