Cyclisme : « le parcours n’est pas pour moi », assure Thibaut Pinot, qui renonce au Tour de France

Thibaut Pinot ne disputera pas la Grande Boucle cette année, une épreuve qui l’a souvent malmené. Mais cette décision provient aussi d’un changement de stratégie de son équipe.

 En renonçant au Tour de France l’été prochain, Thibaut Pinot laisse la voie libre pour David Gaudu et Arnaud Démare et pourra se consacrer au Tour d’Italie.
En renonçant au Tour de France l’été prochain, Thibaut Pinot laisse la voie libre pour David Gaudu et Arnaud Démare et pourra se consacrer au Tour d’Italie. David Stockman/Icon Sport

Le 8 juillet 2012, Thibaut Pinot, belle gueule, franc-parler et tatouage « Solo la vittoria e bella » sur l'avant-bras droit, avait éclaté aux yeux de la France du cyclisme en remportant la 8e étape du Tour de France à Porrentruy (Suisse). Le début de son histoire d'amour contrariée avec une épreuve qui l'a souvent laissé au bord de la route, les bagages remplis de désillusions. Certes, il a connu des sommets comme en 2014 (3e et maillot blanc), en 2015 (vainqueur à l'Alpe-d'Huez) ou en 2019 (vainqueur au Tourmalet). Mais il a aussi connu quatre abandons (2013, 2016, 2017, 2019). Le plus cruel a forcément été le dernier quand il a été terrassé par une blessure musculaire lors de la 19e étape alors qu'il pouvait rêver du podium, voir mieux…

Lors de l'édition 2020 décalée en septembre, une chute dès la première étape à Nice a mis en lambeau son dos et ses espoirs. S'il s'est accroché (29e général), certainement car l'avant-dernière étape passait chez lui à Mélisey, Pinot l'a ensuite payé physiquement et mentalement. Usé par ses échecs, le coureur de 30 ans a donc décidé, avec son entourage, de renoncer au Tour de France 2021 au profil moins montagneux. Il avait déjà fait l'impasse en 2018.

« C'est une décision mûrement réfléchie, je pense que c'est le moment pour moi de revenir sur le Tour d'Italie, a confié le Français ce mardi lors d'une visioconférence de l'équipe Groupama-FDJ. Et en voyant le parcours du Tour, j'ai vu que ce n'était pas pour moi cette année. J'espère revenir sur le Tour en 2022, c'est l'objectif. Je ne l'ai raté qu'une seule fois dans ma carrière. Si ça me permet de revenir à 100% sur le Tour, ce sera du bonus pour tout le monde. »

Gaudu et Démare, deux belles cartes

Chez Groupama-FDJ, la réflexion d'un changement de stratégie, a aussi trouvé sa genèse lors du très bon Tour d'Espagne réalisé par David Gaudu. Huitième du général et vainqueur de deux étapes, le grimpeur breton de 24 ans, amené à jouer un rôle important dans les années futures, a montré qu'il avait passé un cap et désormais les épaules pour endosser le costume de leader.

Après deux ans d'absence, Arnaud Démare brillant au Tour d'Italie (4 étapes, maillot du classement par points) ne cachait, lui, pas ses envies de revenir sur la Grande Boucle. Compte tenu de leurs besoins spécifiques en équipiers, il semblait compliqué pour Marc Madiot de faire cohabiter le grimpeur Pinot et le sprinteur Démare.

« Ce type de décision n'est pas une immense surprise, analyse Cyrille Guimard, consultant RMC et candidat à la présidence de la FFC. Elle est évidemment collective, ce genre de choses ne se décide pas tel un dictateur. Je suis persuadé qu'il y a eu une évolution et une réflexion longues au sein de l'équipe. A un moment, Arnaud, on ne va pas toujours l'essayer sur des courses secondaires. Il méritait de refaire le Tour surtout après ce qu'il a montré au Giro. Et un gars de la trempe de Thibaut, tu ne vas pas lui dire, on va mettre 4 mecs avec Arnaud pour l'aider à gagner des étapes et toi tu te débrouilles avec 2 types simplement… Ce n'est pas concevable. »

Avec l'espoir Gaudu (13e en 2019) et Démare (2 victoires d'étapes sur le Tour dans sa carrière), l'équipe pourra miser sur deux belles cartes, même sans Pinot.

Il visera un podium au Tour d'Italie

Le Franc-Comtois, va donc, lui, retrouver les routes du tour d'Italie. Une épreuve et un pays qu'il affectionne particulièrement. Il y a remporté l'un de ses plus beaux succès lors du Tour de Lombardie en 2018. Sur le Giro, il a brillé en 2017 (4e et vainqueur d'une étape) et l'année suivante où il pointait à la 3e place du général avant d'être victime d'une grave infection pulmonaire lors de l'avant-dernier jour. Loin de la pression du Tour de France qui l'étouffe parfois et des températures caniculaires de juillet qu'il craint, il visera un podium au Tour d'Italie.

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« Même si on dirait qu'il y a de l'eau dans le gaz dans l'histoire d'amour entre Thibaut et le Tour (rires), le bon sens l'a emporté, conclut Guimard. Pour moi, le Giro lui convient mieux. Le parcours est souvent montagneux avec des cols à courts pourcentages. Il y aura toujours moins de pression médiatique et populaire en Italie par rapport à la France pour quelqu'un comme lui et c'est important. Tout ça plaidait pour qu'il tente vraiment sa chance sur le Giro. »