Cyclisme : pourquoi Julian Alaphilippe est aussi populaire

Simple, authentique et proche du public, le nouveau champion du monde a su conquérir le cœur des Français.

 Julian Alaphilippe a été sacré champion du monde à Imola (Italie), ce dimanche.
Julian Alaphilippe a été sacré champion du monde à Imola (Italie), ce dimanche. Reuters/Luca Bettini

« J'ai rarement vu un champion qui faisait autant l'unanimité. Il y a comme un aimant entre lui et le public. » Speaker emblématique des courses françaises depuis près de 50 ans, Daniel Mangeas est bien placé pour mesurer la popularité de Julian Alaphilippe. Authentique, abordable, revendiquant ses racines populaires, le nouveau champion du monde, sacré dimanche à Imola (Italie), a su conquérir le cœur des Français. Alors que de plus en plus de coureurs ont tendance à s'enfermer dans le bus de leur formation, Alaphilippe aime venir spontanément discuter avec les gens. Même si cela rogne un peu sur sa récupération comme lors du Tour de France 2019 où il a porté le maillot jaune pendant 14 jours.

Au-delà de ses victoires, des moments d'émotions qu'il partage lorsqu'il évoque son père ou sa famille, il s'est aussi démarqué par quelques gestes touchants et inhabituels. Comme quand il retire le maillot jaune qu'il venait d'endosser pour le mettre sur le dos d'un petit garçon, trempé, frigorifié et grelottant, après la 18e étape du Tour de France 2019 à Valloire. Son échange, désarmant de naturel avec Emmanuel Macron, de passage sur l'épreuve, a qui il avait demandé si « le champagne serait offert » en cas de victoire finale, est aussi resté dans les mémoires.

PODCAST. Julian Alaphilippe, un Tour au nom du père

« Il ne joue jamais un rôle, il reste toujours le même, poursuit Mangeas. Il ne triche pas, il est spontané, toujours enjoué, il aime profondément les gens et le public ressent cette sincérité. Julian donne du plaisir et cela lui procure un profond bonheur. Poulidor était comme ça aussi. Julian croque la vie à pleines dents et il est toujours heureux de te voir. Il aurait pu rester mécanicien vélo, il serait resté le même. La gloire, l'argent n'ont pas influencé sur son caractère et les valeurs qui l'ont construit. »

«Il ressemble aux Français»

Grand amateur de cyclisme, Michel Drucker a invité le coureur sur le divan de son émission « Vivement Dimanche » et échange régulièrement avec lui. « Alaphilippe, c'est un type populaire et qui n'a pas oublié ses racines, nous expliquait l'animateur de France Télévisions en début de Tour de France. En plus, c'est un battant comme Bernard Hinault. C'est ce type de champion que les gens aiment. Il ressemble aux Français. Sa peine, quand il a dédié sa victoire à son papa, décédé le jour où le Tour aurait dû partir en juin, était touchante. On voit que c'est un hypersensible. Les gens voient qu'il est heureux avec Marion Rousse. C'est un joli couple discret. »

Comme Richard Virenque à l'époque, sa popularité a désormais dépassé le cadre des passionnés de cyclisme. « J'aime bien le Tour mais, avant tout, je suis fan de Julian, avouait Géraldine, jeune trentenaire croisée lors de la 5e étape du Tour, à Privas. L'an dernier, il nous a fait rêver. Depuis j'avoue, j'ai un petit faible. Il est beau garçon, il est charmant avec son petit regard plein de malices. Il a l'air sympa. Il semble accessible, simple. Il donne l'impression d'être comme nous. Il a tout pour plaire. »

Par l'intermédiaire de son agent belge, le coureur a lancé au mois d'août sa propre marque de vêtements et accessoires baptisée « Julian Alaphilippe Collection ». Avec sa compagne Marion Rousse, ils ont eux-mêmes joué les mannequins pour présenter les produits. « Dès le début de ma carrière, mes supporters m'ont toujours énormément encouragé, aujourd'hui, je veux leur rendre quelque chose pour leur soutien », expliquait-il. Pour le moment, son image n'a pas été encore beaucoup utilisée par les marques, hormis Lidl, l'un des sponsors de son équipe. Il a néanmoins noué un partenariat personnel avec les montres suisses Richard Mille et portait sur le Tour un modèle qui coûte aux alentours de 150 000 euros.

« Passer de Festina à Richard Mille, ça semble un peu contradictoire, reconnaît Frank Hocquemiller, agent d'image fondateur de VIP Consulting. Mais ce n'est pas inintéressant pour une marque qui lance un modèle sportif mesurant la performance d'équiper le coureur cycliste numéro 1. Alaphilippe porte et incarne le vélo français. Mais avant lui, des coureurs aussi très appréciés du public comme Hinault, Virenque ou Voeckler ne croulaient pas sous les propositions commerciales. L'avantage du vélo, c'est son côté populaire, mais c'est aussi son désavantage : beaucoup de marques n'y vont pas à cause de ça. Mais Julian a une bonne tête, une belle image donc il fait partie des athlètes à fort potentiel. On a besoin de voir des Français qui gagnent, il va certainement bénéficier d'un élan supplémentaire après ce titre mondial. »