Cyclisme : jets de bidons, position en descente… les mesures qui font grincer le peloton

A partir du 1er avril, les jets de bidons en pleine nature et les appuis sur le cadre pendant les descentes seront interdits dans les grandes courses. Ces dispositions annoncées récemment ne font pas l’unanimité chez les coureurs.

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 Tour de France 2020. Au 1er avril, les coureurs ne pourront plus jeter leur bidon dans la nature ni adopter certaines positions jugées dangereuses.
Tour de France 2020. Au 1er avril, les coureurs ne pourront plus jeter leur bidon dans la nature ni adopter certaines positions jugées dangereuses.  LP/Philippe de Poulpiquet

Dans le monde d'après, les coureurs portent toujours un masque et l'expression « bulle sanitaire » est entrée sans soucis dans les mœurs. En revanche, beaucoup dans le peloton grincent devant quelques mesures récemment annoncées par l'Union cycliste internationale (UCI), la fédération internationale, au nom pourtant de la sécurité et de l'écologie.

Ces dispositions devront être respectées à partir du 1er avril, lors des épreuves WorldTour, aux Mondiaux ou aux JO, sous peine d'amende, voire d'exclusion.

«Un bidon dans une forêt, ça faisait mal au cœur»

L'UCI veut des maillots verts partout et ne veut plus assister à ces images de coureurs se délestant en pleine nature de bidons en plastique. Sur le principe, tout le monde est d'accord. « Cette décision sur les bidons a du sens, souligne Julian Alaphilippe. Apercevoir un bidon dans une forêt, comme ça m'arrive parfois lors des entraînements, cela faisait mal au cœur. »

Mais beaucoup ne souhaitent pas une application rigoriste du règlement. « Il y a deux sortes de jets de bidon, souligne Thomas Voeckler, le sélectionneur de l'équipe de France. Quand on le lâche au ras du sol devant des enfants ou des spectateurs, cela fait rêver les gens. En revanche, encore récemment de ma moto de consultant, j'ai vu des types jeter leurs bidons dans les champs. En triathlon, si on fait ça, on est disqualifiés. »

Marc Madiot, le patron de Groupama-FDJ, abonde : « Gardons à l'esprit ce qu'est le vélo. Comment pourrait-on sanctionner un gars qui jette un bidon aux pieds d'un gosse, même si on est hors zone ? » Julien Jurdie, le directeur sportif AG2R-Citroën, réclame surtout une augmentation des zones de collecte. « Il faut avoir conscience que les coureurs boivent énormément et ont sans cesse besoin d'avoir un bidon plein avec eux. Si on met une collecte tous les 40 km, ce sera parfait. »

La sanction encourue − pouvant aller jusqu'à l'exclusion sur des courses d'un jour − pourrait dissuader les récalcitrants. Lors des épreuves à étapes, des pénalités en temps seront appliquées.

«Je n'ai jamais vu une chute à cause de cette position»

L'UCI a aussi interdit de s'asseoir sur le cadre lors des descentes ou de poser les avant-bras sur le guidon (sauf lors des contre-la-montre) afin de gagner en aérodynamisme. Une position popularisée par Chris Froome en 2016 lors du Tour de France. « Je ne comprends pas, note Alaphilippe. J'utilisais souvent cette position de m'asseoir sur le cadre. Je faisais très attention et je suis un peu déçu. »

Nans Peters, le coureur d'AG2R-Citroën vainqueur de l'étape de Loudenvielle sur le Tour 2020, est d'accord avec Alaphilippe « Je n'ai jamais vu une chute à cause de cette position. Je n'ai pas souvenir qu'il y ait eu un coureur qui s'est fait mal à cause de cela ».

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D'autres acteurs du vélo y sont, en revanche, favorables au nom de l'exemplarité. « Quand j'étais jeune, je faisais tout comme Luis Ocana, mon idole, explique Marc Madiot. Là, des gosses veulent faire comme les champions, mais c'est trop dangereux pour eux. Il faut toujours avoir les mains sur les freins et les fesses sur la selle ».

Thomas Voeckler ne dit pas autre chose. « Je n'étais pas un fan de cette position et je le faisais pour suivre les autres et parce qu'elle était hyper-efficace. On ne m'enlèvera pas de l'idée qu'avec cette mesure, on va empêcher beaucoup de gosses de s'exploser la figure sur la route. Si des gars hurlent au scandale, c'est parce qu'ils n'ont pas été consultés. »

«Il faut oser ouvrir sa bouche»

A l'image du Polonais Michał Kwiatkowski, qui annonce, ironique, la prochaine étape selon lui pour l'UCI. « Ils vont nous interdire de lever les bras pour célébrer une victoire ou mettront en place des limitations de vitesse… »

Mais l'ancien champion du monde Philippe Gilbert a rappelé que le CPA, l'association mondiale des coureurs, demande souvent à ses membres de participer à des réunions avec l'UCI sur la sécurité. « Seuls Matteo Trentin et moi avons dit oui, explique le Belge. Personne ne se montre. Si vous voulez changer quelque chose, il faut oser ouvrir sa bouche. »

Côté sanctions pour ces positions illicites, le coureur fautif s'exposera à partir du 1er avril sur les épreuves World Tour, aux Championnats du monde et ou aux JO, à une amende de 1000 francs suisse (environ 925 euros). Une disqualification sera aussi possible.