Cyclisme : «J’ai roulé avec le champion de France… des curés !»

Notre journaliste a partagé une sortie cycliste avec Robert Leroy, 68 ans, prêtre dans le Loiret et triple champion de France du clergé.

 A 72 ans, le père Robert Leroy (à droite) tient la forme d’un cadet à vélo.
A 72 ans, le père Robert Leroy (à droite) tient la forme d’un cadet à vélo. LP/Stéphane Corby

C'était une sortie cycliste impromptue, organisée sur les routes de mon enfance avec le président de mon premier club, le Vélo Club Giennois (Loiret). A l'époque, j'étais un jeune cadet avide de bouquets, cette fois je me présente avec mon deux-roues équipé d'un guidon de triathlète, dans tout ce qu'il a de plus amateur. Pierre m'a promis un « petit 100 bornes » en Sologne avec un groupe de cyclos, coureurs du dimanche engagés « en GS (NDLR : grands sportifs) », la catégorie des plus de 65 ans.

J'ai enfilé ma tenue de champion du monde vintage, siglée Peugeot, recouverte d'un imperméable acheté au sommet de l'Alpe d'Huez. Le rendez-vous est fixé sur la place de l'église d'Ouzouer-sur-Loire. Cela aurait dû me mettre la puce à l'oreille. Quand les cloches sonnent 9 heures pétantes, le peloton est là, moins fourni qu'à l'accoutumée en raison de la fine pluie d'automne mais bien prêt à en découdre.

« Salut ! Moi, c'est Stéphane, triathlète tout heureux de partager votre sortie… » « Bonjour, moi, c'est Robert, 68 ans, et toujours sur le vélo pour essayer de gagner des courses ! » « Lui, c'est le champion de France des curés, Robert Leroy, tu vas voir, il a encore la patate », me renseigne Pierre. « Tu m'étonnes que je le connais Robert, ça fait des années qu'il écume les courses du coin. Dans le Journal de Gien de la semaine, j'ai encore vu qu'il avait fait 7e dimanche… » « Ils m'ont classé 7e, mais en fait j'ai terminé 12e ou 13e, me lance modestement l'intéressé. Sans doute que Dieu m'a filé un petit coup de main… » La discussion est lancée, la sortie aussi.

Dix kilomètres pour se mettre en jambes, et un premier village à l'horizon. Comme avec mes habituels camarades d'entraînements en vallée de Chevreuse (Yvelines), j'attaque à 200 mètres pour « faire la pancarte », la ligne imaginaire tracée à l'entrée de la commune. « Dis donc, le petit jeune, tu ne vas pas toutes nous les faire ? » Au village suivant, le message est passé. C'est Robert Leroy lui-même qui se dresse sur les pédales pour « claquer » sa pancarte ! Eclats de rires dans le peloton.

700 000 kilomètres au compteur depuis 1971

Il faut dire que l'abbé a de beaux restes. Quand il n'est pas dans une de ses 13 paroisses ou au contact des fidèles, l'ancien 1re catégorie pédale sur les routes de la région. Robert Leroy affiche quelque 700 000 kilomètres au compteur depuis ses débuts, en 1971.

A la sortie d'un petit bois, bordé d'un étang à canards, il me rappelle qu'il y a deux ans, il s'était « battu pour sauver le 19e Championnat de France de cyclisme du clergé » dont il est l'un des chefs d'orchestre. L'épreuve était menacée parce qu'un élu refusait de verser une subvention de 6000 euros pourtant promise. Epaulé par deux clubs cyclistes du coin, dont la Roue libre… bénédictine, le père Leroy avait dû pédaler sans compter pour boucler le financement de cette drôle d'épreuve rassemblant, chaque 1er mai, des curés, des diacres, des séminaristes et des bonnes sœurs, tous fans de Dieu et de vélo.

« Un socialiste a voulu nous mettre des bâtons dans les roues, mais on a trouvé une solution grâce à des appels aux dons », m'explique l'ecclésiastique de Sully-sur-Loire, qui a remporté trois fois le titre (2003, 2007 et 2013). Durant le confinement, l'homme de foi s'est par ailleurs familiarisé avec la vidéo « en donnant la messe via les réseaux sociaux. » Mais il n'a pas souscrit à l'envie de se filmer en train de pédaler sur son vélo d'intérieur. « Pour cela, je laisse la place aux vrais champions », conclut ce fan de Pierre Rolland (Vital Concept), le coureur pro originaire du Loiret avec qui il a parfois partagé ses sorties. Un honneur qui, cette fois, m'était réservé…