Cyclisme handisport : Pervis et Beaugillet, un tandem déjà en or

Sept fois champion du monde, le sprinteur sur piste François Pervis s’est associé avec le malvoyant Raphaël Beaugillet pour décrocher l’or aux JO paralympiques. Ce samedi, les deux hommes sont devenus champions de France du kilomètre et de la vitesse.

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 François Pervis, en maillot blanc, et Raphaël Beaugillet ont remporté deux titres de champions de France ce samedi avant d’espérer décrocher l’or paralympique cet été à Tokyo.
François Pervis, en maillot blanc, et Raphaël Beaugillet ont remporté deux titres de champions de France ce samedi avant d’espérer décrocher l’or paralympique cet été à Tokyo. LP/Icon Sport/Pierre Costabadie

Il a (presque) tout gagné mais il lui fallait un dernier challenge pour repousser l'âge de la retraite. Quadruple champion du monde du kilomètre, champion de monde de keirin et de vitesse, médaillé de bronze olympique à Rio , François Pervis est l'un des meilleurs pistards de la planète depuis le début de ce millénaire.

Mais il lui manque quelque chose : une médaille d'or olympique. Le Mayennais de 36 ans s'est mis en tête d'aller la chercher l'été prochain à Tokyo aux Jeux… paralympiques. Non sélectionné pour participer aux JO avec les valides, il s'est associé depuis un an avec Raphaël Beaugillet, déficient visuel, pour aller au Japon dans six mois et monter sur le podium du kilomètre en tandem.

Le tandem fonctionne depuis presque un an

Ce samedi sur la piste du vélodrome de Saint-Quentin-en-Yvelines, le binôme a remporté ses deux premiers titres de champion de France (kilomètre et vitesse) après un an de collaboration : « Je vais avoir 37 ans cette année et je prolonge ma carrière au-delà des statistiques, répond le sextuple champion du monde. Un sprinteur arrête de rouler vers 30-32 ans normalement, pas moi. Si je continue, c'est pour trois raisons : Raphaël, les JO et le Japon. »

C'est peut-être l'empire du Soleil levant qui est sa principale motivation. François Pervis est amoureux du Japon : « J'y ai passé beaucoup de temps quand je faisais du keirin, avoue-t-il. Je prends des cours de japonais toutes les semaines et ma fille porte un prénom japonais. Ce pays a fait celui que je suis. J'y étais au moment de la catastrophe de Fukushima il y a 10 ans. Cela m'a appris à tout relativiser. Moi qui pleurais de ne pas être sélectionné pour les JO de Londres en 2012, je parlais avec des Japonais qui avaient tout perdu et j'ai vu la vie autrement. »

Raphaël Beaugillet (à gauche) et François Pervis sont champions de France en attendant les JO./DR
Raphaël Beaugillet (à gauche) et François Pervis sont champions de France en attendant les JO./DR  

Dès son retour du Japon, il est devenu champion du monde à Minsk après douze années à courir après ce titre. « Il n'y a pas de hasard, pense-t-il, si les prochains Jeux avaient eu lieu à Los Angeles, je me serais aussi motivé pour les faire avec Raphaël, mais cela n'aurait pas été pareil. Je veux terminer et bien terminer au Japon. »

«Je vois encore un peu, mais c'est flou, comme si j'étais dans le brouillard»

Raphaël, c'est Raphaël Beaugillet son partenaire à l'arrière du tandem. Il a 31 ans et il souffre de déficience visuelle. Il a perdu la vue à l'âge 19 ans des suites d'une maladie dégénérative alors qu'il jouait au football en amateur et entamait une carrière professionnelle dans le bâtiment. Aujourd'hui, sa vue est réduite à 1/10e à chaque œil : « Je vois encore un peu, mais c'est flou, comme si j'étais dans le brouillard, dit-il. Quand ce handicap m'est tombé dessus, j'ai dû faire autre chose et, comme mon rêve était de faire du vélo en compétition, c'était donc l'occasion de me lancer là-dedans. »

Depuis son association avec Pervis, Raphaël Beaugillet est devenu un cycliste à temps plein, avec plusieurs séances programmées par semaine. Avec un partenaire aussi prestigieux mais très méticuleux, rien n'est laissé au hasard : « Ce n'est pas facile de devenir un athlète de haut niveau aussi rapidement, prévient François Pervis. Il faut accepter de se faire très mal sur son vélo parce que chaque coup de pédale est très important. Je demande beaucoup à Raphaël qui n'avait pas mon expérience ni ma force quand on a commencé. Nous avons encore beaucoup de travail pour réussir notre pari, mais on avance bien. C'est aussi un nouveau fonctionnement pour moi. Avant, j'étais un sprinteur qui n'avait à penser qu'à lui. Désormais, nous sommes deux. »

Rendez-vous sur le kilomètre le 29 août à Tokyo

Tout sourire à deux pas de là, son partenaire opine du chef : « Nous n'avions pas de concurrence sur ces Championnats de France, concède-t-il. C'est dommage parce que les gars se plaignent de ne pas avoir de compétition et, quand il y en a, ils ne viennent pas. Tant pis pour eux : nous avons deux titres de champion dans notre besace et c'est bien. » Des deux, ce n'est pas forcément Beaugillet le plus heureux… mais Pervis : « Non, il n'y avait pas de forte concurrence, mais je suis content car j'ai remis un dossard pour la première fois depuis 545 jours ! La dernière fois, c'était ici à Saint-Quentin, en 2019. Je n'avais plus refait une seule compétition depuis tout ce temps et cela me manquait. »

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Ces deux titres handisports n'ajouteront rien à son prestige sur la piste. mais ils préparent des lendemains qui chantent : « Evidemment, ce n'est pas l'objectif de notre année, poursuit Raphaël Beaugillet. Nous ne sommes pas là, François et moi, pour gagner un 13 février à Saint-Quentin. On veut gagner le 29 août sur le kilomètre à Tokyo et on travaille très dur pour ça. Et, moi, j'ai confiance dans le fait qu'on va y arriver. » Le rendez-vous est pris.