Cyclisme : du Tour de France à un road-trip au Portugal pour Jérôme Cousin

Pour oublier son abandon sur la Grande Boucle 2020, le coureur pro de Direct Energie s’est offert un parcours de 740 km jusqu’au Portugal sur un vélo à sacoches.

 Jérôme Cousin, son vélo et ses trois sacoches, pendant son périple au Portugal.
Jérôme Cousin, son vélo et ses trois sacoches, pendant son périple au Portugal. Instagram Jérôme Cousin

Pendant le Tour de France où les mesures sanitaires étaient de rigueur avant et après les étapes, il était déjà très facile de repérer Jérôme Cousin, 31 ans, le coureur de Direct Energie. Ses cheveux longs et sa barbe débordaient de son masque. Son style atypique, à mi-chemin entre le look baba cool et l'imitation christique, n'était pas pour lui une manière assumée de se singulariser. « Juste la flemme de me raser et comme je n'ai pas de tondeuse, j'attends », expliquait-il en souriant.

Mais Jérôme Cousin ne fait pas comme le reste du peloton. On l'avait quitté après son abandon (son premier en sept Grands Tours) lors de la Grande Boucle 2020 et son arrivée hors délai lors de la 16e étape à cause d'une douleur à un genou. Auparavant, il s'était mis en valeur en remportant notamment le Prix de la Combativité après la 3e étape. On l'a retrouvé au Portugal où il s'y est rendu en plusieurs jours avec son vélo et ses trois sacoches.

Pendant que ses coéquipiers poursuivaient leur saison, il a opté pour l'option « vélo tourisme ». « En fait, je n'étais pas aligné sur le Tour d'Espagne ni sur les Classiques de fin d'année, décrypte-t-il. Donc j'ai mis fin à ma saison. Ma copine ayant vendu sa maison au Portugal, il fallait qu'on aille là-bas en partant de La Rochelle. J'ai décidé que ce serait à vélo et je suis passé par la RN2 portugaise, très connue là-bas et qui est la plus longue route d'Europe. » Cousin a effectué, maillot Direct Energie sur le dos, un périple de 740 km et 10 000 m de dénivelé positif pour arriver à Faro.

«Je n'ai pas envie qu'on me prenne pour le Robinson Crusoé du vélo»

Une habitude pour lui qui, pendant le confinement, s'était déjà offert un long raid de 1150 km dans les mêmes conditions. « Le truc était simple, note-t-il. Je roulais à près de 30 km/h de moyenne tout en ralentissant dans les villages pour admirer bien des choses jusqu'à 16 heures avant de chercher où dormir. »

L'horaire n'est pas choisi au hasard. « Avec le logiciel Adams dans la lutte antidopage, je dois chaque jour dire, avant 17 heures, où je suis localisable pour un contrôle, précise-t-il. Une fois, je me suis fait peur car j'avais réservé un hôtel. Mais je m'étais trompé de route sur un rond-point. J'ai sprinté pour arriver à l'heure ! »

Même si, physiquement, son périple lui sert d'entraînement, Cousin le voit aussi comme une expérience humaine. « Même si ça fait baba cool et cela semble loin du monde du vélo pro, cela rapproche. Systématiquement, dès qu'on s'arrête dans un village, quelqu'un vient vous parler. Il y a même des gens qui m'ont reconnu dans un hall d'hôtel. Deux heures plus tard, des jeunes du village m'attendaient devant l'entrée. A la fin, le patron a même payé le restaurant. C'est une expérience qui va intéresser d'autres coureurs pros j'en suis certain. »

D'ici à son retour en France en novembre pour préparer la nouvelle saison, Cousin aura peut-être à nouveau changé de look. « Je ne calcule rien. Si ça se trouve, demain matin, je vais tout raser. Je n'ai pas envie qu'on me prenne pour le Robinson Crusoé du vélo. Ma liberté, c'est aussi ça. »