Cancer, Belmondo, Alaphilippe… «l’histoire folle» de Pierre-Maurice Courtade, patron du Tour de La Provence

La vie de Pierre-Maurice Courtade, l’organisateur du Tour de La Provence, est digne d’une étape de montagne avec ses ascensions compliquées et ses descentes périlleuses.

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 Pierre-Maurice Courtade est l’organisateur du Tour de La Provence avec comme directrice adjointe, l’ex-championne, Marion Rousse.
Pierre-Maurice Courtade est l’organisateur du Tour de La Provence avec comme directrice adjointe, l’ex-championne, Marion Rousse. DR

Dans le vélo, il y a des champions qui suscitent l'admiration du milieu sans être jamais montés sur une selle. Pierre-Maurice Courtade, 40 ans, organisateur du Tour de La Provence ou consultant pour le Grand Prix de France de Formule 1 au Castellet, est de ceux-là. Il ne s'est jamais brûlé les mollets à l'acide lactique ou fusillé les reins dans des ascensions trop ardues. Mais, dans son enfance, son destin l'a fait passer par des étapes où seuls des mots trop durs pour son âge comme chimiothérapie, métastases ou ganglions l'attendaient le long de son parcours.

« Son histoire est folle, admire Marion Rousse, la consultante de France Télévision pour le cyclisme et directrice adjointe du Tour de La Provence. C'est une belle personne comme j'en ai rencontré peu dans ma vie. Un passionné qui réussit tout ce qu'il entreprend. Il met ses tripes dans tous ses projets. Je suis admirative de son énergie. C'est un champion dans son domaine. »

Un cancer diagnostiqué à 12 ans

A 12 ans, on lui décèle un cancer du système lymphatique. « J'avais des métastases du nombril jusqu'au nez, raconte-t-il. J'ai dû arrêter l'école et suivre des séances régulières de chimiothérapie dans un hôpital de jour à Besançon. Dans mon état, je ne pouvais pas aller dans un hôpital pour enfants. Mes journées étaient longues et ennuyeuses. »

Quand on est un enfant malade, orphelin de père depuis ses huit ans, l'ennui est le péril le plus grand. « Mon papa était un passionné de vélo, alors, pour m'occuper, j'ai commencé à écrire aux coureurs cyclistes pour leur demander une photo dédicacée. Il fallait tenir moralement et cette passion m'a sauvé la vie. » Car ce ne sont pas des photos qui sont arrivées jusqu'au pied de son lit mais des maillots de champions. Des vrais. Les maillots comme les champions.

« Le premier est le maillot jaune de l'Irlandais Sean Kelly, lors du Tour de France 1983. Mes cheveux étaient tombés et j'étais ami avec le fils du Vicomte Jean de Gribaldy ( NDLR : célèbre patron d'équipes dans les années 70 et 80 ). Il m'a offert le maillot de Kelly. Quelques années plus tard, ce dernier m'a dit que c'était le maillot qu'on lui avait remis sur le podium et que l'autre, celui qu'il avait porté en course, lui avait été volé ensuite le jour de l'arrivée sur les Champs-Elysées. »

Une collection de près de 4000 maillots

Peu à peu, il va agrandir sa collection de maillots et de trophées, jusqu'à posséder près de 4 000 pièces. Et à mesure que ses armoires à souvenirs se remplissent, le cancer va s'éloigner pour enfin grimper dans la voiture-balai. Grâce au vélo et un peu à Jean-Paul Belmondo aussi. « Alors que Claude Lelouch tournait Les Misérables dans ma région, se souvient-il, ma mère lui avait parlé de mon état de santé. » Quelques jours plus tard, le petit Pierre-Maurice partageait un repas avec Lelouch, Jean Marais et Jean-Paul Belmondo. A la fin, Bébel s'était levé et lui avait proposé d'aller promener ses chiens avec lui. Histoire que Jean Valjean transmette un peu de force et de courage au petit Gavroche…

Dans le milieu du vélo, la passion de collectionneur de Pierre-Maurice Courtade est connue. Jean-François Pescheux, l'ancien directeur technique du Tour de France, lui permet notamment d'obtenir quelques pièces émouvantes comme le maillot porté par l'Italien Fabio Casartelli le jour de sa chute mortelle dans la descente du Portet-d'Aspet, le 18 juillet 1995. L'un de ses maillots préférés reste pourtant celui de Marc Madiot. « C'était mon idole absolue avec ses deux victoires dans Paris-Roubaix en 1985 et 1991. »

Alors quand Madiot monte en 1997 son équipe « La Française des Jeux », Courtade, au culot, se fait embaucher. « On voyait dans ses yeux que ce gamin aimait le vélo, se souvient Madiot. Je ne lui ai rien promis, sauf de commencer tout en bas. Et il s'en est bien sorti, je crois. Dans le vélo, on a besoin de mecs comme lui qui maintiennent la flamme ».

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Par ses relations avec l'équipe de Madiot, il va continuer d'enrichir sa collection en se liant notamment d'amitié avec Lucky Blondo, l'ex-rival de Johnny Hallyday dans les années 60. Le chanteur, fan de vélo, lui a notamment offert des trophées de vainqueurs d'épreuves organisées dans l'ancien Vél d'Hiv de Paris.

Le vélo le rattrape

Après quelques années dans l'équipe, Courtade décide pourtant de quitter le monde du vélo pour se lancer dans la gestion d'une station de ski à Risoul (Hautes-Alpes). « J'ai été vite rattrapé, sourit-il. Alberto Contador (vainqueur des Tours 2007 et 2009) voulait préparer le Tour dans la station et on lui a tout organisé. Et on a même obtenu une arrivée d'étape en 2014. ». L'année suivante, il va aussi s'occuper de l'organisation de l'arrivée de l'étape à Pra-Loup (Alpes-de-Haute-Provence). Le temps de devenir manager administratif du club de hockey sur glace de Briançon et le vélo va revenir définitivement dans sa vie.

« Pour l'arrivée de l'avant-dernière étape du Tour 2017 au pied du Stade-Vélodrome, la mairie de Marseille m'avait demandé d'exposer une partie de ma collection. Un an plus tard, le journal La Provence me demande d'organiser un audit de son épreuve, le Tour de La Provence, qui périclitait. » A cette occasion, il croise par hasard Marion Rousse et suit avec elle une étape dans la même voiture. Le coup de foudre amical est total. « Je me suis dit que cette fille valait dix fois plus que ce qu'on pensait d'elle. Sur un coup de tête, je lui ai proposé de reprendre l'épreuve. Une semaine après, c'était acté. »

Marion, elle, s'avoue bluffée de l'énergie de Courtade. « Il arrive à créer une atmosphère familiale, sourit-elle. Si c'était un cycliste, il pourrait mener le peloton et entraîner tous les autres dans son sillage. » S'il est ravi de compter Julian Alaphilippe parmi les participants du Tour de La Provence cette semaine, il est surtout fier des liens d'amitié qui le lient au champion du monde 2020. « L'homme est un vrai bon mec, pas une rock star mais un vrai gentil. »

En un an, le Tour de La Provence est passé de deux à neuf équipes World Tour (l'équivalent de la première division). Le duo Courtade-Rousse participera également en juin à l'organisation du Grand Prix de F1 au Castellet. « Mais le Tour de la Provence reste l'aboutissement de ma carrière, avoue Courtade. Pour une raison précise : le patron du journal La Provence, c'est Bernard Tapie. Son combat contre le cancer résonne beaucoup en moi. Tant qu'il sera là, le maillot de leader restera à plusieurs couleurs. Exactement comme le style Mondrian de son équipe cycliste La Vie Claire des années 80. Dans ce maillot, il y a beaucoup de ma vie aussi. »