Covid-19 : le virtuel est-il l’avenir du sport ?

Tour de France, sports extrêmes et, bien sûr, Vendée Globe... La crise sanitaire a mis en avant les épreuves «à distance». Et ce n’est sans doute pas fini.

AbonnésCet article est réservé aux abonnés.
 Un million de personnes ont participé au dernier Vendée Globe… derrière leur écran, grâce au jeu vidéo Virtual Regatta, désormais un grand classique de l’e-sport.
Un million de personnes ont participé au dernier Vendée Globe… derrière leur écran, grâce au jeu vidéo Virtual Regatta, désormais un grand classique de l’e-sport. DR

Parmi les enseignements de la crise sanitaire, il est une évidence : difficile de faire rimer compétition et distanciation. Depuis un an, que ce soit sur le mode ludique ou sérieux, de nombreuses épreuves ont quitté le terrain du réel pour le champ virtuel.

Les rendez-vous sur simulateur ont permis aux pilotes de pallier l'absence de Grand Prix automobiles, le cyclisme a désormais deux champions du monde (féminin et masculin) officiels sacrés à sur leur home-trainer grâce à l'application Zwift, le Festival international des Sports extrêmes (Fise) a jugé les arabesques des rois du skateboard, roller ou BMX à travers l'envoi de vidéos et plus de 2 600 rameurs tricolores viennent de se disputer le titre hexagonal d'aviron assis dans leur club, leur garage ou leur salon…

Bref, le mouvement était déjà en marche avant l'arrivée du Covid-19 mais il faut désormais compter sur une nouvelle façon d'appréhender le sport. « Certaines fédérations ou disciplines ont amorcé la transition numérique depuis plusieurs années, observe Nicolas Besombes enseignant-chercheur et vice-président de France E-sport, qui regroupe les acteurs des sports électroniques. Et elles bénéficient clairement d'une forte visibilité aujourd'hui. La F 1, le Nascar, le cyclisme, la voile ou le foot ont fait le pari à la fois de l'e-sport et du jeu vidéo au sens large. Ils pouvaient être moqués ou susciter le scepticisme, mais le confinement et la crise ont montré que leur stratégie n'était pas idiote. Ils ont pu au moins proposer du contenu virtuel quand le traditionnel ne pouvait plus… »

Vers un calendrier mixte ?

Une tendance qui s'inscrit parmi les nouveaux modes de consommation. « Les courses virtuelles étaient extrêmement populaires pendant la période où les compétitions ont cessé, et nous croyons vraiment au potentiel de l'e-sport pour aider à accroître la pratique de notre sport », expliquait David Lappartient, président de l'Union Cycliste Internationale (UCI), avant de lancer les Mondiaux en ligne.

Durant la saison, amateurs et pros du peloton se sont affrontés par écrans interposés. « C'est une bonne solution d'attente même si cela ne vaudra jamais un bon Tour de France avec le folklore, l'ambiance, les émotions, observe Boris Pourreau, fondateur de Sport Heroes, spécialisée dans la création et l'animation de communautés de sportifs. Le virtuel ne va pas remplacer le physique, mais il y a un équilibre à trouver entre les deux. Je crois fortement à un calendrier mixte qui s'inscrirait en plus dans une problématique de développement durable. Pendant combien de temps va-t-on encore prendre l'avion tous les trois jours? »

Dans les mois ou les années à venir, il va falloir se réinventer. « Les fédérations ne peuvent plus appréhender les choses comme il y a 50 ans, poursuit Nicolas Besombes. Il faut proposer des alternatives pertinentes. On le voit par exemple avec le basket 3x3, la breakdance ou l'escalade de vitesse aux Jeux olympiques… Il faut aussi penser les sportifs lambda non plus comme des licenciés mais comme des pratiquants, des communautés dont l'existence est facilitée par les outils numériques. Il existe à la fois une évolution technologique et la nécessité d'adapter l'offre à la réalité de notre société. »

Newsletter L'essentiel du matin
Un tour de l'actualité pour commencer la journée
Toutes les newsletters

En voile, même si ça reste sur un mode ludique, cela fait quinze ans qu'il n'y a même plus besoin de se mouiller pour prendre la mer. Avec Virtual Regatta, la seule tempête est de renverser son verre sur son clavier. Six fédérations, dont la France, délivrent un titre national à l'issue d'un championnat se déroulant sur la simulation. Plus d'un million de skippers virtuels ont participé au récent Vendée Globe, où Tigrou26120 a mis quasiment douze jours de moins que le navigateur en chair et en eau Yannick Bestaven à rallier Les Sables-d'Olonne!

Avec la précision que confère la vitesse de transfert des données, on peut imaginer des épreuves mixtes réel/virtuel ou simultanées à échelle planétaire. Courir le marathon de Paris sur son tapis de course quand d'autres arpentent le bitume de la capitale ou nager la même compétition à Los Angeles et Shanghai. Pour tous, y compris les professionnels.

«On n'en est qu'au début des expériences digitales»

« On n'en est qu'au début des expériences digitales, souffle Boris Pourreau. Imaginez l'optimisation de la vie d'un athlète, dont le planning est un casse-tête. Ils pourraient ne s'infliger la contrainte des voyages que pour des Jeux ou des Mondiaux et économiser de la fatigue, se préparer de façon optimale en se confrontant à distance avec leurs rivaux le reste de l'année. »

S'il faut une preuve de l'essor du virtuel dans le sport… c'est que la triche y est présente aussi ! Au printemps dernier, un pilote de Formule E a été licencié par sa « vraie » écurie après s'être fait remplacer par un gamer professionnel lors d'une course virtuelle officielle. Il y a quelques jours, deux cyclistes ont été suspendues six mois par la plateforme Zwift pour dopage numérique, les deux femmes ayant soumis en compétition des valeurs de puissance bien plus élevées que celles enregistrées à l'origine…