AbonnésSports

Coronavirus : la délicate préparation des marins pour le Vendée Globe

Confinés à terre, les navigateurs voient leur période d’entraînement perturbée à quelques mois du grand départ, programmé le 8 novembre.

 Clarisse Crémer, ici à la barre du monocoque Banque Populaire, aime à rappeler que la vie de marin est parfois proche d’un confinement.
Clarisse Crémer, ici à la barre du monocoque Banque Populaire, aime à rappeler que la vie de marin est parfois proche d’un confinement. DR

On a parfois pour réflexe de comparer notre vie de confiné avec celle des marins. Sans doute parce qu'on y associe l'idée d'être coincé entre « quatre murs » et celle de ne plus pouvoir côtoyer tous ses proches et ses amis. Mais la comparaison est à relativiser, la vie des skippers restant bien éloignée de la période que nous vivons aujourd'hui. « Déjà parce qu'elle est voulue », rappelle Clarisse Crémer, à la barre du monocoque Banque Populaire.

Aussi parce que le quotidien y est imprévisible, tempétueux. Elle explique : « Selon moi, ce qui est assez similaire finalement, c'est la mise à l'arrêt de nos plannings et de nos schémas de vie habituels. En mer, on n'a pas vraiment de notion du temps, ni de hiérarchie ».

En ces premiers jours d'avril, les bateaux en lice pour le Vendée Globe auraient dû avoir quitté les hangars. « La mise à l'eau était prévue la veille du début du confinement, le 16 mars », regrette la navigatrice, en piste pour son premier tour du monde en solitaire.

Deux transatlantiques annulées

Même constat pour Jérémie Beyou, troisième du dernier Vendée Globe : « Je devrais être sur l'eau cette semaine pour des tests et pour des entraînements ». La situation n'est évidemment pas idéale pour les skippers, contraints de rester à terre.

« Chaque semaine passée sur l'eau, c'est un peu plus d'expérience acquise, reconnaît Clarisse Crémer. A chaque session de navigation, je me sens un peu plus prête. Et, en ce moment, toute cette progression est à l'arrêt. » Une pratique nécessaire avant le grand départ : « Si je n'ai pas l'occasion de vraiment naviguer avant le 8 novembre, je ne partirai pas… mais une telle configuration témoignerait d'une conjoncture mondiale inquiétante, et le sport ne serait évidemment pas la priorité. »

L'avenir paraît bien flou pour les skippers. Pour la plupart, dont Clarisse, ils devaient s'aligner sur deux transatlantiques en solo, en guise d'entraînement. Les courses initialement prévues en mai et juin entre les Etats-Unis et la France, ont été annulées.

Pour ce« bizut », comme pour les plus expérimentés, l'adaptation reste le mot d'ordre de cette période de confinement. Mais tout n'est pas perdu, car, au-delà de la navigation, une réelle connaissance technique est à acquérir. « On travaille avec des logiciels de routage assez pointus, avec pas mal de réflexes à prendre, explique la skippeuse. Cette période, c'est l'occasion de les pratiquer ».

« Si on se laisse la liberté d'être optimistes... »

A ces nombreux réglages, viennent se greffer des formations, en visioconférences, autour de la météo, des vents et des courants, autant d'éléments à apprivoiser. Jérémie Beyou raconte : « L'idée c'est de recréer des situations de course sur différentes parties du globe, avec toute sorte de phénomènes météorologiques. »

Newsletter Un tour de l'actualité pour commencer la journée
L'essentiel du matin
Toutes les newsletters

Des journées de confinement studieuses et sportives pour celui qui est « suivi par un coach sportif pour tout le travail physique ». Objectif : anticiper au mieux les quelque trois mois qu'il s'apprête à vivre en autonomie totale. Autant d'aspects parfois moins développés au cours d'une préparation habituelle et qui pourraient finalement jouer en sa faveur.

Avec un départ programmé le 8 novembre, le Vendée Globe pourrait être l'un des seuls événements de sport d'envergure mondiale en 2020. « Si on se laisse la liberté d'être optimistes, la course pourrait être une belle parenthèse sportive, d'aventure, de voyage… sourit Clarisse. Mais il faut être réaliste et vigilant sur ce qu'il se passe. Il n'y aura pas que l'état de la France à observer. »

En attendant de pouvoir naviguer sur leurs « Imoca », les marins prennent leur mal en patience, le regard toujours fixé sur leur objectif. Mais les deux s'accordent sur un point : « Le plus vite sera le mieux ! »