Comité national olympique et sportif français : Emmanuelle Bonnet-Oulaldj, une candidate nouvelle vague

Féministe et humaniste, Emmanuelle Bonnet-Oulaldj vise la succession de Denis Masseglia à la tête du CNOSF. Sa candidature promet d’ouvrir le débat autour du sport pour tous.

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 « Le sport appartient à tout le monde », insiste Emmanuelle Bonnet-Oulaldj, qui rappelle que le CNOSF représente « le mouvement sportif dans son ensemble ».
« Le sport appartient à tout le monde », insiste Emmanuelle Bonnet-Oulaldj, qui rappelle que le CNOSF représente « le mouvement sportif dans son ensemble ». Twitter/@EOulaldj/Adeline Monnier

N'allez pas dire à Emmanuelle Bonnet-Oulaldj que ses chances d'être élue à la présidence du Comité national olympique et sportif français sont limitées, le système électoral ayant tendance à être cadenassé. L'intéressée explique qu'elle n'a rien à perdre. Et il en faudrait bien plus pour décourager cette humaniste de 42 ans. Dans cette maison du sport français, où on a tendance à choisir son successeur et à parfois s'arranger entre puissants, comprenez par là entre fédérations olympiques (en opposition aux fédérations non-olympiques qui ne participent pas aux JO), Bonnet-Ouladj détonne.

La co-présidente de la FSGT — la fédération sportive et gymnique du travail, créée dans les années 1930 dans la mouvance du Front Populaire — cultive sa différence. « Le sport appartient à tout le monde », insiste celle qui siège fidèlement au conseil d'administration et rappelle que le CNOSF représente « le mouvement sportif dans son ensemble ». Voilà qui a le mérite d'ouvrir le débat, et pas seulement au sein des Fédérations sportives, celles qui voteront en juin pour le président. « Le CNOSF doit s'ouvrir vers l'extérieur, parler aux clubs et au grand public, estime-t-elle. C'est crucial, notamment dans la crise actuelle. »

«Le sport se doit d'être connecté avec le monde d'aujourd'hui»

A partir de ce mercredi et d'ici les élections de juin, Emmanuelle Bonnet-Oulaldj proposera ainsi dix conférences, ouvertes à tous, sur la plate-forme BeSport ( NDLR : les conférences et le projet #NousLeSport2021 sont à retrouver sur Internet ). Il sera question de sport comme levier contre les inégalités, de modèle économique, d'écologie et de développement durable, de sport répondant aux besoins de la population, de lutte contre les violences et les discriminations, de démocratie ou encore d'héritage des Jeux olympiques de 2024.

Des questions modernes, récemment abordées lors des campagnes fédérales par des dirigeants « nouvelle génération » (comme Yohan Penel, élu à la tête de la fédération de badminton ou Anne de Sainte-Marie qui vise la présidence de l'équitation), qui tentent de dépoussiérer le sport tricolore via leur « appel citoyen ».

Comme eux, Emmanuelle Bonnet-Oulaldj revendique un projet participatif. « Les conférences, auxquelles prendront part également des intervenants non issus du milieu du sport (NDLR : le professeur Carré sera l'invité ce mercredi de la rencontre baptisée « le sport, besoin essentiel ») permettront de recevoir des contributions. Parce que le sport se doit d'être connecté avec le monde d'aujourd'hui », insiste-t-elle.

«Respecter toutes les fédérations dans leur diversité»

Ancienne gymnaste et amoureuse du sport scolaire, celle qui est salariée de la FSGT — « J'ai intégré cette fédération en tant que responsable des relations internationales » — est convaincue, à l'instar du message lancé par Paris 2024, que le sport « change des vies. » « En 2005, j'ai participé à un relais par équipes entre Hiroshima et Nagasaki, une expérience humaine qui m'a marquée à jamais. » Féministe, engagée, la dirigeante prône des valeurs de partage et d'égalité.

« Le mouvement sportif se doit de respecter toutes les fédérations dans leur diversité (NDLR : qu'elles soient ou non-olympiques) et ne plus être replié sur lui-même, insiste-t-elle. Le sport, c'est de la compétition, mais pas seulement. On doit aider les sportifs de haut niveau, et pas seulement l'élite, mais aussi répondre aux besoins des Français. Ceux qui pratiquent une activité physique, en club ou ailleurs, et ceux qui ne le font pas encore. On doit également parler écologie, car le sport a un impact sur la planète. Surtout, on doit gommer les inégalités, qui vont s'accentuer avec la crise que nous traversons. Et c'est pour moi, l'enjeu des JO de 2024. Ce sera une belle fête populaire, en phase avec les réalités actuelles, mais ces Jeux transformeront, je l'espère, notre société en permettant aux femmes, aux personnes en situation de handicap et aux précaires d'accéder au sport. »

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Jamais encore une femme n'a dirigé le Comité national olympique et sportif français. Maman d'une petite fille de 6 ans, elle est prête à relever le défi. A ce jour, Brigitte Henriques (football) et Patrice Martin (ski nautique) sont candidats. Thierry Rey (judo) et Nicolas Hénard (voile) devraient se déclarer dans les prochains jours ou semaines.