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Boxe : Johann Duhaupas, le poids lourd du peuple

Adversaire de Tony Yoka ce vendredi soir en direct sur Canal +, Johann Duhaupas est à l’image du personnage de Rocky qui l’a inspiré : courageux, humble et travailleur.

 Boxeur méconnu, le Français Johann Duhaupas, surnommé le Reptile, affronte Tony Yoka, le 25 septembre.
Boxeur méconnu, le Français Johann Duhaupas, surnommé le Reptile, affronte Tony Yoka, le 25 septembre. AFP/Franck Fife

Vous connaissez ce boxeur héros d'une saga universelle brave, courageux, honnête, dur au mal et qui n'a peur de rien? Vous savez, cet homme qui s'entraîne avec trois bouts de ficelles à l'ancienne dans une salle qui suinte la sueur et la douleur et qu'on adore? Dans la vraie vie, il ne s'appelle pas Rocky mais… J ohann Duhaupas : « Les Américains m'appellent en effet le Rocky français et ça me va très bien, cela me correspond. J'ai commencé à faire de la boxe après avoir vu un de ses films », confie le natif d'Abbeville (Somme).

Cela fait plus de 20 ans que Johann Duhaupas traîne ainsi ses gants sur tous les rings de la planète. Comme son modèle à l'écran, il est un boxeur respecté par les siens. Il reste celui que Deontay Wilder n'a pas réussi à mettre KO, tenant 11 ronds face à la furie de l'ancien champion du monde des lourds.

Mais il est méconnu, ne sortant à la lumière qu'à l'occasion de son combat ce vendredi soir (en direct sur Canal +) à la Paris La Défense Arena contre Tony Yoka. A 39 ans, il était temps : « Pour mon malheur, j'ai fait l'essentiel de ma carrière à une époque où tout le monde se foutait de la boxe, regrette-t-il. Elle ne passait jamais à la télé, personne n'en parlait. Qui s'intéressait à Duhaupas? Personne. J'aurais préféré qu'on me connaisse avant comme un poids lourd de très haut niveau. J'ai dû faire le tour du monde pour faire mon palmarès. Si j'avais boxé à une autre époque, je serais devenu le premier poids lourd français champion du monde. J'en suis certain. »

Un Premier ministre a parlé un jour de « France d'en bas ». Duhaupas vient de là, de cette nation qui travaille et se lève tôt. Celle à qui la vie ne fait jamais de cadeau, mais qui bosse comme un forcené pour s'en sortir sans rien attendre en retour. Enfant d'une fratrie de quatre frères, d'un père cariste et d'une mère assistante maternelle, Johann Duhaupas a longtemps travaillé à l'usine comme tourneur dans une fabrique de plastique.

« Je n'étais pas un enfant qui avait confiance en lui, pas du tout même, confie le grand gaillard (1m95), taillé comme une statue grecque pour relever le défi Tony Yoka. Ado, je jouais à un jeu vidéo Mortal Kombat. Il y avait dedans un bonhomme auquel je m'identifiais : l e Reptile. Il était puissant, dangereux, prêt à défier à n'importe qui. Quand je m'endormais le soir, je me mettais dans la peau de ce personnage. J'ai adopté son surnom qui m'est resté. »

«J'ai voulu faire un break et Yoka m'a saoulé»

Il est facile de monter l'opposition Duhaupas-Yoka comme la confrontation entre le vieux lion téméraire et la nouvelle étoile pleine de talent.

Les deux hommes se connaissent depuis 10 ans. Ils se sont aidés mutuellement dans leurs préparations à une époque de leur carrière. Ils se respectent, se détestent et finiront un jour par devenir proches à force de se chauffer sur les réseaux sociaux et de ne pas s'affronter sur le ring. « J'ai une affaire à régler avec ce combat, glisse le Reptile. A un moment, j'ai voulu faire un break avec la boxe et m'occuper de ma femme qui attendait un bébé. Il faut savoir qu'avant sa naissance (en 2019), elle avait fait trois fausses couches. J'ai dit basta à la boxe pour m'occuper d'elle. Je l'ai dit et c'est à ce moment que Tony est venu me provoquer. Ça m'a saoulé. Jamais je n'ai eu peur de lui, jamais ! Maintenant, on va régler ça et se taper sur la gueule. »

L'assaut est prévu en 12 rounds, un format que Yoka va découvrir. Duhaupas est certain qu'il n'ira pas au bout : un des deux va finir au sol : « C'est un des derniers combats de ma carrière, j'en suis conscient et je ne veux pas décevoir », dit l'Abbevillois qui pense déjà à la suite. Il se lance dans le projet « WinWinSport » pour aider les licenciés de sport dans leur pouvoir d'achat. Une reconversion à l'image du personnage : attachant.