Aviron : championnats indoor en extérieur, comment la fédération s’est adaptée

Ce week-end, l’instance organise ses Championnats de France indoor. Mais crise sanitaire oblige, cette compétition se déroulera totalement à distance et de façon connectée. Et les clubs devront disposer les appareils à l’extérieur.

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 Hélène Lefebvre, la rameuse de Nogent-sur-Marne (ici à droite en février 2020) participera aux Championnats de France connectés avec ses partenaires de l’Insep à Joinville.
Hélène Lefebvre, la rameuse de Nogent-sur-Marne (ici à droite en février 2020) participera aux Championnats de France connectés avec ses partenaires de l’Insep à Joinville. DR

Avec la crise sanitaire, le sport a dû s'adapter. Ce week-end, la fédération française d'aviron a décidé de relever le défi d'une compétition totalement connectée avec ces Championnats de France indoor. « C'est très simple, c'était soit ça, soit on annulait tout », indique Juliette Duchemin, la chargée de développement de l'indoor à la Fédération.

Une compétition qui est déjà un succès populaire avec 2634 participants contre 2300 en 2019. « Franchement, on ne s'attendait pas à ça », reprend Juliette Duchemin. Ouverts à tous (le plus âgé à… 95 ans !), ces France indoor se tiendront à l'identique des précédents. « La seule différence, précise Juliette Duchemin, c'est qu'au lieu d'être tous réuni à Coubertin, les rameurs seront dans leur club, chez eux, ou chez des amis… »

Du champion olympique à Rio, Pierre Houin, en passant par la championne du monde 2018 sur l'eau et indoor l'an passé, Laura Tarantola, toute la famille de l'aviron sera réunie. « C'est un passage obligé, reconnaît Hélène Lefebvre de l'Encou à Nogent dont le bateau est qualifié pour les JO de Tokyo. C'est un rendez-vous important pour savoir où on en est à quelques mois des Jeux. » A 29 ans, la rameuse val-de-marnaise ne voit pas de différence entre cette première compétition française connectée de l'histoire de son sport et les mondiaux organisés il y a un an à Coubertin. « Je serai à Joinville avec mes partenaires de l'Insep, indique-t-elle. La seule différence, c'est qu'il n'y aura pas tout le côté festif autour de la compétition. »

Des championnats à vivre chez soi, dans son club ou chez des amis…

Pour l'international de Boulogne 92, Aurélie Morizot, c'est presque un avantage. « Je trouve la salle de Coubertin un peu oppressante. Là, je serai avec mes coéquipières de club. On verra si cela peut jouer sur mes performances. » Pour respecter les contraintes sanitaires, toutes les épreuves qui se tiendront dans les clubs devront se dérouler en extérieur. « Nous avons voulu faire une sorte de répétition, il y a quinze jours, reprend Aurélie Morizot. On avait mis les rameurs dehors et on a commencé à s'entraîner alors qu'il commençait à neiger. Pour ce week-end, on annonce de la pluie, nous avons prévu de mettre des tentes au cas où. »

Pour le bon déroulé de l'épreuve, les organisateurs croisent les doigts pour que la fée Internet ne joue pas les caprices. « C'est le gros risque, reconnaît Hélène Lefebvre. Lors du premier confinement, nous avions fait des entraînements à distance. J'avais mis deux heures à me connecter à cause de problèmes techniques. » Si les meilleurs rameurs français sont présents à ce rendez-vous annuel, qualificatif pour les Mondiaux fin février dans les mêmes conditions, il y aura aussi monsieur tout le monde. Comme ce rameur indépendant qui habite dans les Yvelines, Emmanuel Jacquemart (66 ans), sur la ligne de départ d'une catégorie au côté de 12 autres concurrents.

« Cela fait trois ans que je me suis mis à l'aviron indoor. Je fais ça tout seul chez moi mais en étant connecté à d'autres partenaires. Ainsi, je suis entraîné par un Polonais et j'ai un compagnon d'entraînement, un Américain qui habite en Californie. » Si Emmanuel Jacquemart s'est mis à l'indoor, c'est surtout pour éviter les aléas des sports en extérieur. « Quelle que soit la météo, je ne suis plus limité. De même, à la maison, nous n'avons plus de contraintes horaires imposées par les salles de sport. Enfin, lors de mes sorties à vélo, je me suis fait des frayeurs avec des automobilistes et même des chasseurs. »

Emmanuel Jacquemart participera ce week-end aux Championnats de France d’aviron indoor connecté de chez lui dans les Yvelines/DR
Emmanuel Jacquemart participera ce week-end aux Championnats de France d’aviron indoor connecté de chez lui dans les Yvelines/DR  

Pour participer à ces France, Emmanuel Jacquemart a besoin de son ergomètre (« Acheter 1100 euros avant le premier confinement et qui coûte aujourd'hui 1300 euros »), de son ordinateur avec une bonne connexion wi-fi et éventuellement d'une caméra pour se filmer. « Nous avons demandé aux participants de le faire s'il le souhaite pour rendre la compétition plus conviviale, admet Juliette Duchemin. La compétition est à suivre sur le site de fédération. Avec des écrans où chaque participant sera représenté par un bateau, on pourra suivre chaque course lors des 20 heures de live sur les deux jours. »

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Quant à une possible triche, Emmanuel Jacquemart a la meilleure réponse. « Il n'y a aucun intérêt à le faire. Il n'y a pas d'argent en jeu. Et puis on se connaît tous. Si on voit des temps bizarres, on comprendra vite. Tricher, c'est vraiment ridicule et c'est le risque d'être rejeté auprès des autres… » Pour les 108 champions de France sacrés ce week-end, il faudra attendre quelques jours avant de mettre sa médaille autour du cou. Le temps que la breloque arrive par voie postale…